4 mars 2026. Les frappes aériennes déclenchées par les États-Unis et Israël sur l'Iran font oublier l'autre grande guerre du moment, qui se poursuit dans le Donbass depuis quatre ans, voire onze ans. La guerre contre l'Iran est susceptible de grandes répercussions au Moyen-Orient, mais elle pourrait aussi indirectement avoir des effets décisifs sur la guerre en Ukraine et, paradoxalement, renforcer le camp russe (accroissement des recettes pétrolières, rapprochement de la Chine et de l'Inde)...
Quatre ans ! La guerre en Ukraine, déclenchée par l’agression du 24 février 2022, a déjà duré plus longtemps que la Grande Guerre Patriotique livrée par l’URSS au IIIe Reich (21 juin 1941-8 mai 1945) et la guerre entre les empires allemand et russe (3 août 1914-3 mars 1918).
Son bilan humain est très lourd, heureusement très en-deçà des deux précédentes guerres.
• La Russie (146 millions d’habitants au début du conflit) compterait environ 300 000 tués.
• L’Ukraine (42 millions d’habitants au début du conflit) en déplorerait 100 000 à 140 000, à quoi s’ajoutent plusieurs milliers de civils.
Il faut encore compter avec les blessés et les mutilés, au nombre d’environ deux millions dans les deux camps réunis (source).
Au regard de sa population, l’Ukraine paie le tribut de loin le plus élevé d’autant que s’ajoutent aux pertes liées aux combats les dommages matériels et le départ en exil de beaucoup de femmes, filles et enfants de combattants. Six millions de personnes environ ont fui le pays. Il n’est pas sûr qu’elles reviennent en Ukraine après avoir refait leur vie dans un pays d’accueil autrement plus sûr et prospère...
Toute la rive gauche du Dniepr est à reconstruire sans compter de nombreux quartiers de Kiev et Kharkov. Pour ne rien arranger, l’Ukraine souffre encore d’une corruption importante dans les cercles dirigeants, jusque dans l’entourage du président Volodymyr Zelensky. Enfin, le jour où les combats s’arrêteront, une fracture est à craindre au sein de la société et jusqu’au sein des familles entre les hommes qui se sont engagés et ceux, apparemment nombreux, qui ont préféré se cacher pour échapper à la conscription.
Côté russe, la situation ne paraît guère plus brillante : le pays s’enfonce dans une économie de guerre de type nord-coréen. Le régime se brutalise et exige des sacrifices toujours plus grands de la population. Celle-ci semble pour l’heure s’y résigner avec le sentiment que tout vaut mieux qu’une défaite, laquelle signifierait l’effondrement et la désintégration de la « Mère Russie » ; un scénario à la libyenne mais à la puissance dix.
Tout ça pour ça
L’autre grande différence entre ce conflit et les deux précédents tient à la stabilité du front. En quatre ans, l’armée russe a seulement réussi à grignoter quelques pouces. Rien à voir avec la guerre de mouvement de 41-45 ni même avec la guerre de 14-18, qui s’est traduite par un effondrement du front russe.
Le président Vladimir Poutine, qui a pris l’initiative de l’agression, était loin d’imaginer pareil scénario. Le 24 février 2022, il n’avait engagé que 120 000 hommes et comptait sur une promenade militaire jusqu’à Kiev. Le président américain Joe Biden n’avait d’ailleurs pas attendu pour offrir une exfiltration à son homologue ukrainien. Le retournement est venu de celui-ci. Il méritera de rester dans l’Histoire avec ce mot fameux : « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi ».
La résistance héroïque et désespérée des Ukrainiens prend de court toutes les parties. Les gouvernants européens, qui se félicitaient d’avoir désarmé avec méthode pendant trois décennies, se réveillent avec la gueule de bois. Ils font aussitôt ce qu’ils savent faire de mieux : des déclarations lyriques et des promesses de dons.
Chacun oublie sa part de responsabilité dans l’enchaînement de causes qui a conduit à l’inéluctabilité de l’agression. L’essai historique que j’ai publié en mai 2024 sur Les Causes politiques de la guerre en Ukraine demeure de ce point de vue d’une frappante actualité.
Il éclaire les ressorts qui ont conduit à la guerre et, par voie de conséquence, dessine ses issues plus ou moins probables dont celle qui paraît s’imposer aujourd’hui : une guerre d’attrition de longue durée, épuisante pour la Russie, létale pour l’Ukraine et définitivement ruineuse pour l’Europe.
Une ruse de l’Histoire, et quelle ruse !
Se pourrait-il que nous échappions à ce scénario sombre ? Il y a un an, Donald Trump, à peine arrivé à la Maison Blanche, promit à tout va de mettre fin à la guerre en Ukraine en vingt-quatre heures. Il entama des discussions avec son homologue russe avant de constater qu’il avait trouvé plus roublard que lui ! Vladimir Poutine ne voulait pas d’un cessez-le-feu avant d’avoir atteint tous ses objectifs : l’intégrité du Donbass et pourquoi pas ? le port d’Odessa.
Avec un instinct quasi-animal, Donald Trump semble avoir changé de stratégie en troquant le poker pour le billard afin d’obliger le président russe à se montrer plus arrangeant !
Le premier coup fut pour le dictateur vénézuélien Nicolas Maduro, enlevé au saut du lit comme un vulgaire malfrat le 3 janvier 2026. Le Kremlin perdait avec lui son meilleur allié sur le continent américain.
Voilà maintenant la République islamique d’Iran frappée à la tête et de quelle façon ! Le Guide Suprême et ses principaux lieutenants tués d’un coup par une frappe aérienne le 1er mars 2026. Vu du Kremlin, les bombes qui explosent sur Téhéran constituent une nouvelle défaite de revers.
Sans qu’il y paraisse et sans qu’il y puisse quelque chose, Vladimir Poutine a vu sa stature internationale se dégrader très vite avec la perte de quatre, voire cinq alliés :
• Arménie : en septembre 2023, le dictateur de l’Azerbaïdjan profita de ce que les Russes étaient occupés en Ukraine pour liquider l’enclave arménienne du haut-Karabagh. Du coup, l’Arménie comprit qu’elle ne pouvait plus compter sur la Russie pour la protéger. Elle doit désormais s’en remettre à la bonne volonté de ses voisins et ennemis turcs et azéris.
• Syrie : en décembre 2024, le dictateur Bachar el-Assad est renversé par une rébellion islamiste de la mouvance al-Qaida. C’en est fini d’une alliance de soixante-dix ans entre Damas et Moscou, même si la Russie conserve deux bases militaires à Khmeimim et Tartous.
• Yémen : en 2015, l’Arabie saoudite et ses alliés occidentaux ont engagé la guerre contre les Houthis et leurs protecteurs iraniens ; dix ans plus tard, les Houthis ont dû convenir d’une pause avec les Américains et renoncer à la protection iranienne et russe.
• Venezuela : l’enlèvement de Maduro en janvier 2026 est aussi de nature à contrarier Moscou. C’est avant tout un coup dur pour Cuba, qui perd un partenaire vital par ses livraisons d’hydrocarbures et pourrait bien à son tour sombrer.
• Iran : la guerre livrée à la République islamique par Donald Trump est un coup très dur pour Moscou, tant du fait de leurs échanges (armements, nucléaire…) que de leurs relations diplomatiques.
L’issue de la guerre aérienne livrée par les États-Unis et Israël à l’Iran demeure incertaine et rien ne dit qu’elle aboutisse de façon rapide et sans trop de mal au renversement du régime islamique.
Qui plus est, en entraînant une flambée des cours du pétrole, cette guerre pourrait offrir un supplément de rentrées financières bienvenu à la Russie et l'encourager à poursuivre et intensifier ses propres efforts de guerre. La fermeture du détroit d'Ormuz, si elle dure, pourrait également rendre la Chine et l'Inde plus dépendante des hydrocarbures et donc renforcer la position diplomatique de Vladimir Poutine...
Mais si les Américains ne s’enlisent pas dans le conflit et ramènent à la normale les marchés pétroliers, ils auront fait la démonstration qu’une alliance avec le Kremlin ne vaut pas tripette. Dans ce cas, on peut penser que la Chine et l'Inde verront moins d'utilité à leur alliance avec la Russie. Le président russe éprouvera assez vite le poids de la solitude, avec tout au plus deux alliés sûrs, l’autocrate biélorusse et le dictateur nord-coréen (note). Peut-être songera-t-il alors à arrêter pour de bon les hostilités en Ukraine ? Il est permis de rêver.













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Nguyen Trai (07-03-2026 18:41:35)
Un petit rajout….le peu que je sais de l’économie Russe montre qu’elle est très loin d.un effondrement…la croissance est comparable à la Française, 1%, le chômage est minime, moins de 5%,... Lire la suite
Nguyen Trai (07-03-2026 18:34:02)
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Est ce que vous êtes certain de vos chiffres sur les pertes Russes et Ukrainiennes…..quand on voit les derniers chiffres du nombre de corps russes remis à la Russie, 48, et le nombre remis de corp... Lire la suite
Fran (05-03-2026 17:20:54)
JM KAËS, je partage entièrement ce que vous dites. Et cela fait quelque temps que je prends mes distance avec la "politique" d'Hérodote-net, privilégiant le côté "histoire" qu'il n'aurait jamais... Lire la suite
Patrick SEREYS (05-03-2026 11:43:14)
Je rajoute que Wikipédia n'est absolument pas une source fiable.
Patrick SEREYS (05-03-2026 11:41:11)
Bonjour, Le nombre de morts ukrainiens que vous citez est sous-évalué. Il est d'environ 800000. Quand au prétendu isolement de Vladimir Poutine, c'est une théorie occidentale complètement faus... Lire la suite
JM KAËS (04-03-2026 17:33:50)
Très déçu par cet article. Chiffres fantaisistes : selon les Ukrainiens eux-mêmes, l’armée ukrainienne aurait perdu 760.000 hommes au combat, bien au-dessus des chiffres que vous donnez. Les Ru... Lire la suite