Le Congo

Une zone de conflit au coeur de l'Afrique

Ancienne colonie belge, la République Démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) est le géant de l'Afrique des Grands Lacs mais figure parmi les pays les plus pauvres et les plus instables du monde.

Ses divisions tribales, la richesse potentielle de son sous-sol en minerais rares ou précieux et les convoitises de ses voisins sont cause d'une agitation chronique depuis son indépendance, en 1960.

Béatrice Roman-Amat et André Larané

Scène d'exode face à une rébellion locale dans le Kivu (2012, Est du Congo-Kinshasa), DR

Un pays continent

Le drapeau de la République Démocratique du CongoLa République Démocratique du Congo se fait aussi appeler Congo-Kinshasa, du nom de sa capitale, pour se distinguer du petit Congo voisin, ancienne colonie française, lui-même appelé Congo-Brazzaville

D'une superficie équivalente à quatre fois la France (2,4 millions de km2), la RDC est un immense rectangle de terres, à cheval sur l'Équateur. À l'Ouest, elle est reliée à l'Atlantique par l'étroit couloir du Bas-Congo. À l'Est, elle borde les Grands Lacs, comme ses voisins, petits mais belliqueux : Rwanda, Burundi et Ouganda.

Le pays occupe le bassin du puissant fleuve Congo, huitième du monde par sa longueur (4700 km) et deuxième après l'Amazone par son débit (80 000 m3/sec). Il dispose de terres fertiles et bien arrosées mais encore très peu cultivées. Sa forêt primaire est riche en bois précieux. Il dispose surtout d'un sous-sol truffé de minerais et de pierres précieuses - cuivre, cobalt, diamants, or, charbon, fer etc. Un « scandale géologique » de l'avis des experts !

Le Congo-Kinshasa compte environ 75 millions d'habitants (2016) avec un indice de fécondité de 6 à 7 enfants par femme et une croissance très rapide (17 millions d'habitants en 1970). La population est divisée en plusieurs centaines de groupes ethniques avec pour langue officielle le français.

Le noyau bantou

Au premier millénaire après J.-C., des agriculteurs bantous à peau noire, venus du Nigeria ou du Cameroun actuels, migrent vers le sud, à la recherche de zones plus fertiles. Dans le bassin du fleuve Congo, ils forment le « noyau bantou occidental » et, plus à l'Est, autour des Grands Lacs, le « noyau bantou oriental ».

Sur place, ils rencontrent des populations autochtones : Pygmées et Bushmen. Ces Aborigènes à peau cuivrée sont encore ignorants de l'agriculture et mènent une existence de survie en lisière des forêts. Débordés par l'arrivée de migrants à forte natalité, il sont exterminés ou repoussés au plus profond des forêts. C'est là que survivent misérablement leurs ultimes descendants.

Au XVe siècle, les Bantous constituent un royaume du Kongo à l'organisation politique et économique solides. Il couvre le quart sud-ouest de l'actuel Congo-Kinshasa. Sa survie va être mise à mal par l'arrivée des premiers Européens.

Christianisation et traite négrière

À la recherche d'une route maritime vers les Indes des épices, les navigateurs portugais atteignent en 1484 l'embouchure du fleuve Congo.

En 1482, l'explorateur Diogo Cão entre en contact avec le roi du Kongo Nzinga Nkuvu. Des membres de sa famille iront à Lisbonne et, de retour, convaincront le roi de se faire baptiser. Ce sera chose faite le 3 mai 1491. Il prendra le nom de Jean Ier (Dom João) en l'honneur de son homologue portugais, son épouse devenant Eléonor et son fils Alphonse (Afonso en portugais).

Entre-temps, les Portugais s'enhardissent jusqu'à remonter le fleuve Congo, au moins sur une centaine de kilomètres, jusqu'aux chutes puissantes qui barrent le cours supérieur et en interdisent l'accès aux navires de mer. Le roi autorise par traité les Portugais à s'installer sur les rives du fleuve.

Rapidement, des missionnaires commencent à parcourir le royaume en tout sens et des églises sortent de terre...

Mais non moins rapidement, le trafic d'esclaves se met en place, privant le royaume d'une partie de sa force vitale. Les marchands portugais achètent des esclaves afin d'alimenter en main-d'oeuvre les plantations sucrières de l'île de Sao Tomé. Des esclaves sont aussi vendus à Elmina, sur la Côte de l'Or (aujourd'hui le Ghana) à des chefs africains qui exploitent des mines d'or.

La tentative de résistance des rois du Kongo échoue, de même que celle de mouvements religieux d'inspiration messianique. Le 29 octobre 1665, le roi Antonio Ier est battu et décapité par des trafiquants portugais. C'est la fin du premier royaume chrétien d'Afrique noire.

Parallèlement, dans le quart sud-est du Congo-Kinshasa (province du Katanga), s'étend un autre royaume bantou, l'empire Luba. Fondé au XVe siècle, il va perdurer jusqu'à l'arrivée des Belges, au XIXe siècle.

En 1706, Ndona Béatrice Kimpa Vita, prophétesse d'un mouvement messianique, est condamnée pour hérésie et brûlée vive par les Portugais, ce qui lui vaut le surnom quelque peu abusif de « Jeanne d'Arc africaine ». Elle est la première représentante des Églises proprement africaines. La plus connue est l'Église de Jésus-Christ sur terre, fondée au XXe siècle par Simon Kimbangu. 

Explorateurs et exploitation

L'explorateur britannique Henry Morton Stanley, celui-là même qui a « retrouvé » le docteur Livingstone, mène dans les années 1880 des explorations pour le compte du roi des Belges Léopold II, qui souhaite créer un État sur les rives du Congo. Henry Morton Stanley installe toute une série de comptoirs commerciaux le long du fleuve.

En 1885, la conférence de Berlin réunit les chefs d'États européens qui souhaitent se partager le « gâteau » africain. Le roi Léopold II obtient que le Congo lui soit cédé, à titre privé. Ainsi naît « l'État indépendant du Congo », que le roi promet d'ouvrir à la civilisation, à la foi et au libre échange.

Les cataractes de Kintamo, sur le fleuve Congo, en aval de KinshasaParallèlement, la région explorée par le Français Pierre Savorgnan de Brazza devient le Congo, un des quatre États de l'Afrique Équatoriale française, et Brazzaville sa capitale.

Léopoldville (future Kinshasa), capitale du Congo belge,  a été fondée comme Brazzaville dans les années 1880. Les deux villes ont été implantées en amont de violents rapides (les « cataractes de Kintamo ») et à l'extrémité du pool Malebo (anciennement Stanley pool), un lac semé d'îles et formé par le fleuve. Elles sont séparées par la largeur du fleuve (quelques kilomètres à cet endroit).

Léopold II se donne pour objectif de « civiliser » à tout prix son territoire du Congo. Mais la mise en place des infrastructures permettant l'exploitation des richesses naturelles est extrêmement coûteuse. En dix ans, la quasi-totalité de sa fortune personnelle est dilapidée, l'obligeant à souscrire un prêt de 25 millions de francs auprès de l’État belge.

À la fin du XIXe siècle, enfin, l’exploitation du caoutchouc permet au Congo de devenir une affaire rentable. Mais c'est au prix de méthodes quasi-esclavagistes. Travail forcé, mauvais traitements et mutilations sont les méthodes employées dans les mines et les exploitations de caoutchouc comme dans la construction de chemins de fer par les agents des compagnies commerciales. En quelques années, des centaines de milliers d’indigènes meurent des suites des mauvais traitements.

Une campagne internationale est orchestrée par la presse britannique. En 1904, est fondée la Congo Reform Association pour défendre les droits des indigènes et révéler les épouvantables exactions dont ils sont victimes. Elle est soutenue par plusieurs écrivains célèbres tels Arthur Conan Doyle, Anatole France, Joseph Conrad ou Mark Twain.

Relayée par le leader socialiste Émile Vandervelde, la campagne rencontre un certain écho en Belgique. Sous la pression de l’opinion publique, Léopold II accepte de léguer le Congo à l'État belge. Mais la reprise de la colonie divise la classe politique. Les socialistes et une partie des libéraux y sont opposés en raison du coût de l’entreprise. Finalement, le 15 novembre 1908, la Chambre approuve par 90 voix contre 48 l'annexion du Congo à la Belgique. L’État indépendant du Congo devient officiellement le Congo belge et son nouveau tuteur adoucit quelque peu les méthodes de gestion.

Une indépendance compliquée

L'édifice colonial se craquelle après la Seconde Guerre mondiale. En 1959, des émeutes sanglantes secouent le Congo belge. Le Mouvement National Congolais, mené par Patrice Lumumba, réclame l'indépendance. Le gouvernement belge accède à sa demande sans se faire prier. Le Congo-Léopoldville naît le 30 juin 1960, quelques semaines avant le Congo-Brazzaville. Patrice Lumumba en devient le Premier ministre et son rival Joseph Kasavubu le président.

Cependant, le nouvel État sombre très vite dans l'anarchie car il manque cruellement d'élites et ses populations sont très divisées. La province minière du Katanga, au sud, fait sécession, avec la bénédiction d'hommes d'affaires belges. Progressiste et partisan d'un État centralisé, Patrice Lumumba est assassiné. Peu après, le secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies (ONU), le Suédois Dag Hammarskjold (56 ans), meurt dans un accident d'avion, vraisemblablement un attentat, alors qu'il tentait de résoudre le conflit civil... Au Katanga, Moïse Tshombé finit par renoncer à la sécession en 1963, sous la pression des casques bleus de l'ONU.

Mobutu, dictature et « zaïrisation »

En 1965, le chef d'état-major, le maréchal Joseph Mobutu, orchestre un coup d'État et s'empare du pouvoir. Il ne l'abandonnera qu'en 1997. Son parti unique, le Mouvement Populaire de la Révolution, accapare toutes les richesses du pays. Par crainte de voir basculer l'immense Congo dans le camp soviétique, les Occidentaux ferment les yeux sur ce régime autocratique corrompu.

Sous prétexte d'un retour à une « authenticité » précoloniale, Mobutu rebaptise la capitale Kinshasa en 1966 et le pays lui-même Zaïre en 1971 (ce nom serait celui que les habitants donnent à leur grand fleuve). Les prénoms chrétiens sont remplacés par des noms « zaïrois » et de nombreuses entreprises sont nationalisées. L'économie du pays s'effondre.

Le pire reste à venir. En 1994, le génocide du Rwanda, à la frontière orientale du pays, bouleverse la donne. Dans les montagnes du Kivu, à l'Est du Zaïre, se réfugient de nombreux Hutus du Rwanda, y compris des soldats de l'ancienne armée, fuyant l'arrivée des Tutsis. La guerre s'étend à l'ensemble de la région. Elle est le fait de soldatesques originaires de tous les pays limitrophes et désireux de faire main basse sur les richesses minières du Nord-Kivu (or, cobalt, coltran, pierres précieuses...).

Les troupes de Laurent-Désiré Kabila entrent à Kinshasa en mai 1997 (DR)

La région des Grands Lacs à feu et à sang

Cette « guerre des Grands Lacs », conséquence directe du génocide du Rwanda, va causer trois à quatre millions de morts en dix ans, essentiellement des civils obligés de fuir dans les forêts, victimes de tueries mais aussi de maladies et de malnutrition. Mutilations, viols et enrôlement d'enfants-soldats ajoutent au malheur de ces populations.

Un chef de guerre du nom de Laurent-Désiré Kabila, qui a fait ses armes trente ans plus tôt aux côtés de Che Guevara, en profite pour se soulever contre le régime de Mobutu avec le soutien tactique du Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi voisins.

Son Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL) avance vers Kinshasa sans rencontrer de grande résistance de la part de l'armée, surtout occupée à piller le pays. En mai 1997, Mobutu fuit au Maroc et Kabila prend le pouvoir. Le pays est rebaptisé République Démocratique du Congo (RDC).

La lune de miel avec le Rwanda et l'Ouganda est de courte durée. Ces pays apportent leur soutien à de nouveaux mouvements rebelles congolais et tentent de renverser le pouvoir de Kabila. Le Rwanda reproche à la RDC d'abriter des milices hutues « Interahamwe » responsables du génocide de 1994. Un premier cessez-le-feu est conclu en 1999 et des troupes des Nations Unies (la Monuc) sont envoyées dans les pays belligérants pour le faire respecter.

Néanmoins, la guerre continue. En 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné, dans son palais de marbre de Kinshasa. Son fils Joseph (29 ans) est désigné comme successeur.

En 2002, la RDC, le Rwanda et l'Ouganda signent des accords de paix, qui prévoient le retrait des troupes rwandaises et ougandaises du territoire congolais et la démobilisation et le rapatriement au Rwanda des milices Interahamwe. Une courte période d'espoir s'ouvre. Mais le Rwanda continue de soutenir la rébellion tutsie au Kivu et la RDC de protéger les milices hutus présentes sur son territoire (Forces démocratiques de libération du Rwanda, FDLR).

En 2004, le tutsi Laurent Nkunda, général déchu de l'armée congolaise, prend la tête de la rébellion contre le pouvoir de Kinshasa et relance la guerre. Il est arrêté le 22 janvier 2009, suite à un rapprochement entre le Rwanda et le Congo. Mais il faut attendre 2013 pour que cessent à peu près les exactions des bandes armées dans le Kivu. L'accalmie perdure.

Publié ou mis à jour le : 2019-04-29 22:21:19

 
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