La France et l'immigration

Une loi cache-misère

15 novembre 2023 : depuis le début de son mandat, le président Emmanuel Macron promettait une loi sur l'immigration comme il y en a déjà eu plus de vingt en quarante ans. Le Sénat a voté le texte... dans l'indifférence de l'opinion publique, tant il est vrai que les discours sur cet enjeu majeur ne convainquent personne, pas même ceux qui les prononcent.
Essayons de revenir à l'Histoire pour comprendre la réalité qui se cache derrière ces rideaux de fumée...

Constatons d'abord que le président de la République lui-même a très mal engagé l'épreuve. Le 8 août 2023, il déclarait au Figaro : « Nous avons toujours été un pays d'immigration et nous continuerons de l'être ». Aurait-il dit cela devant les habitants de Mayotte, de Guyane ou de Guadeloupe qui n'en peuvent plus de l'immigration sauvage qui ravage leur existence et ruine leurs espoirs de progression sociale ?

Leur exaspération est telle que, comme tous les départements d'outre-mer (à l'exception de Saint-Pierre-et-Miquelon !), ils ont voté massivement aux élections présidentielles de 2017 et 2022 contre le candidat Emmanuel Macron et pour sa rivale Marine Le Pen en dépit de tout le mal qu'on en dit en métropole (note).

Pour en revenir à la France historique, entre Pyrénées et Rhin, d'où le président tient-il qu'elle a « toujours été un pays d'immigration » ? Il s'agit d'un travestissement de l'Histoire qui vise à légitimer l'actuelle vague migratoire et couper court à tout débat sur le sujet. Mais s'il veut convaincre ses concitoyens du bien-fondé de ses choix politiques, il se doit de présenter des arguments objectifs et des faits réels, non de réinventer l'Histoire de notre pays et de l'Europe.

Mille ans de stabilité démographique

Nous renvoyons nos lecteurs à nos articles et dossiers qui attestent sans aucune équivoque du caractère tout à fait inédit des vagues migratoires apparues en 1974.

Les dernières grandes vagues d'immigration en Europe occidentale (entre l'Ebre, l'Elbe et le Tibre) sont antérieures à l'ère chrétienne, avec l'arrivée des Indo-européens (Celtes, Germains, etc.). Au premier millénaire de notre ère, quelques populations orientales comme les juifs de la diaspora se sont installées dans l'Occident romain en nombre limité ; les Huns et les Arabes n'ont fait que passer. Dans ce qui deviendra la France, le dernier changement substantiel attesté par la génétique remonte aux Vikings. C'était à la fin du premier millénaire, avant que naissent les États modernes...

Ensuite, durant le deuxième millénaire, notre pays lui-même a connu des mouvements de populations limités à l'aire de civilisation européenne, soit que ses ressortissants aient repeuplé la Castille au XIIe siècle, soit qu'il ait lui-même accueilli des travailleurs venus des pays limitrophes à la fin du XIXe siècle. Ces mouvements de populations n'ont guère suscité de tensions (si l'on met à part le fameux massacre d'Aigues-Mortes en 1893), pas plus en tout cas que les contacts au sein même de la nation : guerres civiles, Vendée, mépris des citadins pour les provinciaux et les paysans, etc.

La stabilité démographique de la France et de l'Europe occidentale au cours du deuxième millénaire est sans équivalent dans le reste du monde et, dans le droit fil des chroniqueurs arabes cités par l'écrivain Amin Maalouf (note), on peut lui attribuer les progrès quasi-continus de notre civilisation depuis l'An Mil

C'est seulement dans les années 1960, à l'issue des décolonisations, que la France mais aussi la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et même l'Allemagne ont connu de premières migrations de travailleurs issues des autres continents et des autres civilisations, sans lien avec la civilisation européenne.

En 1974, l'Europe occidentale a connu un double basculement décisif avec :

• Une immigration familiale importante et pour la première fois depuis au moins un millénaire, un solde migratoire positif (davantage d'immigrants que d'émigrants).
La France même reçoit depuis le début du XXIe siècle plus de deux cent mille immigrants par an, soit en proportion de la population installée, un flux très supérieur aux entrées dans l'empire romain finissant ou en Amérique du nord au XVIIe siècle. Il s'ensuit une croissance rapide de la population issue de l'immigration récente. Selon les chiffres de l'INSEE, la démographe Michèle Tribalat évalue en 2019-2020 aux environs de 21,6% la proportion d'habitants nés à l'étranger ou nés en France d'au moins un parent immigré.

• Une chute de l'indicateur de fécondité en-dessous du seuil de renouvellement des générations (moins de deux enfants par femme en moyenne) au point qu'aujourd'hui, le solde naturel des pays européens (différence entre naissances et décès) est négatif ou en voie de l'être. 
Ces dernières années, la chute de la fécondité dans les pays européens semble se poursuivre et même s'accélérer. En 2022, la France a connu un effondrement sans précédent du nombre de naissances et un solde naturel à peine positif (grâce aux naissances dans les foyers issus de l'immigration des cinquante dernières années).
Ainsi, en France, la fécondité était de 2,11 en 1974 ; elle a diminué légèrement avant de remonter jusqu'à 2,02 en 2010 et 1,97 en 2013. Depuis lors, elle est fortement descendue jusqu'à 1,76 en 2022 et pourrait à ce rythme, selon la démographe Michèle Tribalat, suivre l'Espagne qui est passée de 2,9 enfants par femme en 1971 à 1,19 en 2021. 

C'est la première fois dans l'Histoire que des États constitués voient leur population autochtone diminuer en nombre et ne maintiennent leurs effectifs que grâce à une immigration d'origine lointaine (notons qu'aux États-Unis, les premiers colons - britanniques et allemands - sont arrivés au compte-goutte mais ont très vite supplanté les Amérindiens du fait de leur très forte fécondité ; celle-ci s'est prolongée jusqu'au milieu du XXe siècle de sorte que la deuxième vague d'immigration - italienne et slave - n'a pas modifié substantiellement le fond étasunien originel).

Le double basculement démographique que connaît l'Europe en ce début du XXIe siècle (solde migratoire positif, solde naturel négatif) a entraîné un retournement de la classe politique elle-même...

Jusque dans les années 1990, les dirigeants européens, gauche comprise, évoquaient la nécessité de lutter contre l'immigration illégale et rejetaient d'une seule voix le « multiculturalisme ». Les syndicats tels que la CGT dénonçaient quant à eux la pression à la baisse sur les salaires exercée par l'afflux d'une main-d'oeuvre corvéable à merci. Ces réserves ont sauté en 2015 suite à l'afflux de réfugiés en provenance de Syrie. ONG occidentales et passeurs organisent de concert le transport à travers la Méditerranée des migrants principalement venus d'Afrique en attendant, pourquoi pas ? un pont aérien entre les différentes capitales africaines et leurs homologues d'Europe. Ce serait le seul moyen d'éviter les violences en Libye ou au Maghreb et les noyades en Méditerranée !

Questions sans réponse

Sur la base de ce préambule factuel, nous aimerions entendre notre classe politique débattre des seules questions qui vaillent : inédite par son caractère et par son ampleur, cette immigration est-elle inéluctable ? profite-t-elle aux pays de départ ? aux pays d'accueil ? aux migrants eux-mêmes ?

Ne négligeons pas aussi l'autre bouleversement démographique de ce demi-siècle : la chute de la fécondité dans tous les pays développés (Europe, Amérique du nord, Extrême-Orient). Interrogeons-nous sur un système économique qui ne laisse plus aux jeunes couples le loisir d'élever des enfants, ne sait plus fabriquer les médicaments indispensables à tout un chacun et, dans le même temps, recrute dans les pays les plus déshérités les médecins et cadres dont ces pays auraient le plus grand besoin ainsi que les manoeuvres nécessaires aux petits plaisirs de notre classe privilégiée des métropoles (comme se faire livrer une pizza à minuit).

Il y a d'autres questions qui mériteraient d'être examinées à la lumière de l'Histoire. Ainsi, en induisant chez nos décideurs et nos entrepreneurs le sentiment rassurant de disposer d'un réservoir de main-d'oeuvre sous-qualifiée et à bas coût, cette immigration ne décourage-t-elle pas tous les efforts d'innovation et de productivité qui ont permis à  nos sociétés d'effectuer de grands progrès en matière d'équité sociale dans les siècles précédents ? ne nous renvoie-t-elle pas à la situation caractéristique des empires esclavagistes de l'Antiquité ?

Nous nous sommes efforcés de défricher ces questions sans tabou. Et comme nous gardons l'espoir d'une sortie par le haut, nous avons tenté d'ébaucher un corpus de solutions satisfaisantes pour toutes les parties, en premier lieu nos concitoyens les plus modestes et nos concitoyens issus de l'immigration récente ainsi que pour les déshérités d'ailleurs qui seraient tentés par le mirage migratoire.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2023-11-20 21:05:22

Voir les 13 commentaires sur cet article

Bernard ROUX (28-11-2023 21:16:17)

BONSOIR, Je m'interroge. Depuis des temps reculés cette pointe d'un continent qu l'on appellera plus tard La France a fait lobjet d'invasions diverses : les Huns, les Normands,les Vandales, les Visi... Lire la suite

Bernard (18-11-2023 18:20:08)

La France importe l'équivalent d’une bande de Gaza par quinquennat (2 à 2,5 millions de personnes). A cette donnée quantitative, s’ajoute des données qualitatives : il s’agit du déversement... Lire la suite

mcae.fr (17-11-2023 18:03:14)

La crise migratoire fait partie des nombreuses crises des sociétés occidentales, comme celles de l'emploi, du logement, de la sécurité alimentaire, etc. Elles sont dues au modèle de l'accumulatio... Lire la suite

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