L'Europe médiévale - Sociétés et cultures urbaines (XIe-XIIIe siècles) - Herodote.net

L'Europe médiévale

Sociétés et cultures urbaines (XIe-XIIIe siècles)

Au Moyen Âge, la grande majorité de la population est constituée de paysans. Toutefois, à partir du XIe siècle, débute un essor urbain qui donne au réseau des villes européennes sa forme actuelle ou presque. Paris est l'un des exemples urbains les plus accomplis. Les nouvelles cultures et sociétés urbaines donnent naissance

Le « beau Moyen Âge »(XIe-XIIIe siècles) voit aussi apparaître des revendications d'autonomie et des républiques marchandes d'un type inédit, telle Venise.

Il suscite également une culture urbaine spécifique, qui rayonne largement sur la campagne aux alentours. C'est ce que reflète la fresque ci-dessous : Les effets du Bon gouvernement, exécutée par Ambrogio Lorenzetti de 1337 à 1339 (palais communal de Sienne, Italie).

L'essor urbain au Moyen Âge et sa diversité

L'écrasante majorité des grandes villes françaises ont été fondées à l'époque romaine, sur le modèle de Rome, avec forums, amphithéâtre, plan en croix (cardo et decumanus) etc. Il en va de même dans la plupart des pays qui ont fait partie de l'empire romain.

À la fin de l'empire romain, la population de ces villes a beaucoup diminué du fait de l'insécurité et de l'absence d'administration. Les bâtiments ont cessé d'être entretenus, ont été « squattés » ou sont devenus des carrières de pierres.

- l'Église dans la ville

Si l'administration civile a largement disparu des villes à la fin de l'Antiquité, les villes ont gardé leur importance dès lors qu'y résidait un évêque. De la fin de l'empire romain à l'An Mil, pendant un demi-millénaire, la cathédrale (l'église de l'évêque) et l'évêché constituent le principal pôle d'attraction de la ville. En effet, l'évêque et les chanoines qui composent sa suite disposent de revenus qu'ils dépensent sur place, attirant ainsi quelques marchands et artisans.

À l'écart de la ville se développent des monastères, parfois sur d'anciens cimetières romains... Lorsqu'un personnage considéré comme saint y avait été enterré, par exemple au VIe siècle, sa tombe devenait un lieu de pèlerinage. On y construisait une chapelle et parfois s'installait à proximité une communauté monastique.

À son tour, le monastère va attirer autour de lui des commerçants et créer ainsi un nouveau quartier, un bourg à l'écart de la ville ancienne. Souvent, le développement ultérieur de la ville se fait entre ces deux pôles, qui finissent par se rejoindre.

Dans les deux cas, ce sont bien les institutions ecclésiastiques qui donnent à la ville sa forme la font vivre. La ville médiévale est caractérisée par une très forte présence des églises et des monastères : à Paris, par exemple, tout l'actuel quartier de Saint-Germain des Prés appartient au Moyen Âge au monastère du même nom.

La reconstruction des cathédrales en style « gothique », aux XIIe et XIIIe siècles, renforce encore cette visibilité de l'Église dans la ville.

- la ville, refuge et lieu de pouvoir

La ville sert aussi de lieu de refuge. Les Romains avaient construit de nombreuses enceintes fortifiées autour de leurs villes, qui sont souvent réutilisées durant le Haut Moyen Âge et même après, comme par exemple au Mans.

Dans d'autres cas, on a construit des murailles pour s'y réfugier, par exemple lors des attaques vikings. Cependant, à partir du XIIe siècle, on assiste à une multiplication des murailles, de plus en plus vastes car elles intègrent les quartiers périphériques, à moins qu'ils ne soient eux-mêmes dotés de leur propre enceinte.

Les villes se développent aussi en tant que centres du pouvoir, autour des châteaux. Des commerçants s'y installent pour profiter de la clientèle que constitue le personnel du château, d'autres souhaitent pouvoir s'y réfugier en cas d'attaque. Les seigneurs encouragent souvent ce processus car ils profitent du développement urbain grâce aux divers impôts qu'ils prélèvent, en particulier sur les marchés.

- la ville et la campagne

L'Église comme le ou les seigneurs - car il y peut y avoir plusieurs seigneurs dans une même ville - contribuent à drainer vers la ville les surplus dégagés par les campagnes, à une époque de forte croissance agricole. Ces surplus sont aussi souvent commercialisés dans la ville, ou juste à l'extérieur, sur les marchés et lors des foires annuelles. La ville exerce ainsi une forte attraction sur la région qui l'entoure, où les citadins possèdent des domaines, d'où les paysans viennent vendre leur production, et d'où beaucoup d'habitants de la ville sont originaires.

Cette influence est encore plus forte en Italie, où les villes acquièrent progressivement un contrôle total, aussi bien économique qu'administratif, sur ce qu'on appelle leur contado, c'est à dire le territoire situé autour de la ville et qui contribue à la nourrir. En effet, la caractéristique principale de la ville est qu'elle ne produit pas elle-même ce qu'elle consomme. Plus exactement, la ville ne produit pas tout ce qu'elle consomme, car les villes médiévales comprennent souvent, surtout au nord de l'Europe (les villes du sud sont beaucoup plus denses et rejettent les vergers et jardins à l'extérieur), de vastes espaces avec des jardins, des potagers, voire des champs.

- le rôle du commerce et de l'artisanat dans l'essor urbain

Si les villes se développent fortement au Moyen Âge central, c'est avant tout grâce au commerce et à l'artisanat. Les nobles et ecclésiastiques, qui s'enrichissent grâce à l'augmentation des prélèvements agricoles, veulent pouvoir acheter des biens de plus en plus luxueux, en particulier des tissus de qualité.

Des innovations techniques permettent ainsi la fabrication en grande quantité de draps, c'est à dire de tissus, de grande qualité, en Flandres. Cette région devient ainsi, à partir du Xe siècle, l'un des pôles de croissance en Europe, et de très nombreuses villes s'y développent (Bruges, Gand, Lille, Douai...), grâce à la production et au commerce de ces textiles. L'autre région motrice est le nord de l'Italie, où des villes comme Milan, Gênes, Pise ou surtout Venise, mènent ce commerce.

Le développement des foires de Champagne illustre le rôle que peuvent jouer les seigneurs désireux de capter à leur profit les flux commerciaux originaires d'un de ces deux pôles, en l'occurrence d'Italie, à destination de l'Île de France et de la Normandie.

Ce sont en effet les comtes de Champagne Thibaud IV (1125-1152) et Henri le Libéral (1152-1181) qui décident d'attirer sur leur territoire les marchands qui passent plus à l'est. Ils le font en organisant des foires régulières dans leurs villes (Troyes, Provins, Bar-sur-Aube), en assurant la sécurité des axes de circulation, et en ne prélevant que des impôts peu élevés. Ce faisant, ils permettent l'enrichissement et le développement de ces villes, en même temps que le sien, grâce au commerce international.

L'essentiel de l'essor urbain est toutefois dû aux artisans. La construction de grandes églises et cathédrales attire ainsi de nombreux bâtisseurs dans les villes. Les nouveaux métiers à tisser qui se répandent à partir du XIe siècle entraînent une concentration de cette activité qui ne peut plus être pratiquée dans le cadre domestique, comme avant. On trouve aussi des bouchers, des boulangers, des cordonniers ou des orfèvres (...).

Publié ou mis à jour le : 2019-05-26 18:09:08

 
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