1328-1483

Naissance d'un État

En 1328, c'en est fini du « beau » Moyen Âge. La fin des Capétiens directs et l'avènement des Valois débouche sur un conflit à multiples rebondissements entre l'Angleterre et la France, plus grande et plus peuplée... Au XIXe siècle, les historiens désigneront cette longue période sous le nom de « guerre de Cent Ans » (1337-1453).

De cette période douloureuse, marquée par les guerres dynastiques et la Grande Peste, mais aussi par les jacqueries paysannes et les conflits sociaux, la France sort transformée.

Avec l'apparition des premiers canons, la chevalerie féodale cède le pas à l'infanterie et aux armées soldées. La guerre réclamant de plus en plus de ressources financières, les souverains développent la fiscalité et créent les premiers impôts permanents. Ils mettent en place une administration moderne, avec des fonctionnaires ou officiers dévoués.

L'épidémie de peste ayant réduit le nombre de bras disponibles, les survivants, dans les villes et les campagnes, en profitent pour exiger un allègement des droits seigneuriaux et de meilleurs salaires.

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Philippe VI de Valois (1328-1350) : une couronne contestée

À la disparition du dernier Capétien direct, Charles IV, dernier fils de Philippe le Bel, les barons du royaume confient la couronne à son cousin, Philippe de Valois. Prenant prétexte d'une loi salique qui interdit la succession par les femmes, ils rejettent les prétentions du roi d'Angleterre Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France.

Philippe de Valois est sacré à Reims sous le nom de Philippe VI.

La guerre de Cent Ans, 1ère partie (1337-1360)

Philippe VI confisque la région de Bordeaux appelée Guyenne à son cousin, le roi d'Angleterre Édouard III qui continue de revendiquer le trône de France. Les hostilités débutent avec la destruction de la flotte française dans le port flamand de l'Écluse, en aval de Bruges.

Le plus grave survient en 1346 à Crécy, près de la Somme lorsque les archers d'Édouard III mettent en déroute la chevalerie française, empêtrée dans ses armures et ses lances.

S'ensuit un siège sur le port français de Calais. Après onze mois, Calais capitule et sa population est remplacée par des Anglais. Les hostilités s'interrompent l'année suivante pour cause de… peste !

La Grande Peste

Accostant à Marseille le 1er novembre 1347, un navire génois venu de la mer Noire diffuse le terrible bacille dans toute l'Europe occidentale d'où il avait disparu depuis plus de sept siècles. La « Grande Peste » ou « Peste noire » va tuer en quelques mois jusqu'à 40% de la population de certaines régions, ressurgissant par épisodes ici ou là jusqu'au XVIIIe siècle ! Cette épidémie va paradoxalement soulager la pression démographique sur les terres. En raréfiant la main-d'oeuvre, elle entraîne une hausse des salaires et des niveaux de vie... mais pour un temps seulement !

Le comte du Dauphiné, qui porte aussi le titre de Dauphin du Viennois, vend ses États au petit-fils du roi de France, le futur Charles V. Tous les héritiers du royaume porteront dès lors le titre de « Dauphin »...

Jean II le Bon (1350-1364) : piètre souverain

Jean II le Bon (ou le Brave), fils et successeur de Philippe VI, se fâche avec le puissant roi de Navarre Charles le Mauvais, par ailleurs son gendre, qu'il finit par arrêter à Rouen en 1356.

Les Anglais, soutenus par les partisans du roi de Navarre, en profitent pour reprendre les hostilités. Le Prince Noir, fils du roi Édouard III, ainsi nommé à cause de la couleur de son armure, débarque à Bordeaux et se lance dans de violentes « chevauchées » à travers le pays.

Le roi de France se rend alors à la rencontre des Anglais. Le choc a lieu au nord de Poitiers en 1356. Bien que deux fois plus nombreuse, l'armée française est mise en déroute. Beaucoup de chevaliers se sauvent et le roi est capturé. C'est une première en France.

En l'absence de son père, le Dauphin Charles (18 ans) réunit les états généraux, autrement dit les représentants du clergé, de la noblesse et de la bourgeoisie.

Il leur demande l'autorisation de prélever de nouveaux subsides et feint d'en passer par leurs conditions mais cela ne leur suffit pas. Auparavant, les états généraux ne faisaient qu'approuver les décisions déjà prises par le roi, mais l'affaiblissement du pouvoir central leur donne désormais une plus grande marge de manoeuvre.

Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, s'associe à Charles le Mauvais, force la chambre du Dauphin et massacre deux de ses conseillers. Le Dauphin, humilié, fuit Paris.

Pour ne rien arranger, la même année (1358), des paysans aisés du Beauvaisis, excédés par l'indignité et l'arrogance des seigneurs, s'en prennent à leurs châteaux. Cette grande Jacquerie est durement réprimée par le roi de Navarre…

Finalement, des bourgeois rendus inquiets par l'anarchie ambiante massacrent Étienne Marcel. Le Dauphin peut regagner sa capitale sous les ovations.

Une longue « embellie »

Le roi Édouard III débarque en France pour reprendre la guerre mais craignant un désastre, il signe à Brétigny, près de Chartres, le 8 mai 1360, les préliminaires d'un traité de paix honorable. Presqu'un quart du territoire est cédé aux Anglais et le roi Jean le Bon est libéré... mais il retourne se constituer en otage dès 1364 avant de mourir à Londres la même année.

Charles V le Sage (1364-1380) : un roi bâtisseur et lettré

Le Dauphin succède enfin à son père avec le surnom amplement mérité de Charles V le Sage. Dès lors, il n'a de cesse de grignoter les possessions anglaises, ayant recours plus à la tactique qu'aux batailles rangées, avec l'aide de Bertrand Du Guesclin, un soldat breton entré à son service.

Pour occuper et détourner les compagnies de soldats réduites à l'inaction qui mettent les campagnes à feu et à sang, Du Guesclin les emmène combattre en Espagne, où sévit une guerre dynastique. Le roi l'en récompense avec le titre de connétable (l'équivalent de généralissime).

Quand, en 1380, meurent le connétable et son roi (tous deux enterrés à Saint-Denis), les Anglais ne tiennent plus que cinq ports et la France se remet lentement des pertes de la guerre et de la Grande Peste. C'est le début d'une longue « embellie » sociale et culturelle.

Charles VI le Fou (1380-1422) : fatale folie

Le règne de Charles VI de Valois, fils de Charles V, se présente sous les meilleurs auspices. Mais le nouveau roi ayant à peine 12 ans, ses oncles exercent la tutelle et en profitent pour piller le Trésor. En 1388, le jeune Charles VI reprend les choses en main. Il chasse ses oncles et rappelle les sages conseillers de son père.

Mais, contre toute attente, son règne, l'un des plus longs de l'Histoire de France, se terminera dans les pires calamités : il est frappé de folie lors d'une chevauchée dans la forêt du Mans, le 5 août 1392.

Charles VI devenu fou, ses oncles et son jeune frère Louis d'Orléans ainsi que sa femme Isabeau de Bavière reprennent le pouvoir mais ne tardent pas à se quereller.

Louis d'Orléans est assassiné par les sbires du duc de Bourgogne Jean sans Peur. Charles d'Orléans, le fils de la victime, reçoit le soutien de son beau-père, le comte d'Armagnac, contre les partisans du duc. C'est le début d'une guerre civile : la « querelle des Armagnacs et des Bourguignons ».

La guerre de Cent Ans, 2e partie (1415-1453)

Le roi d'Angleterre Henri V en profite pour reprendre la guerre en s'alliant avec Jean sans Peur. Le 25 octobre 1415, ses archers anéantissent la « fine fleur de la chevalerie française » pourtant beaucoup plus nombreuse, à Azincourt, au nord de la Somme. En 1419, c'est toute la Normandie qui appartient à l'Angleterre.

Le Dauphin Charles, qui s'est proclamé régent en raison de la folie de son père, veut poursuivre le combat contre les Anglais et d'abord se réconcilier avec le duc de Bourgogne. Mais Jean sans Peur est assassiné sous ses yeux sur le pont qui traverse l'Yonne à Montereau.

Philippe le Bon, fils et héritier du duc de Bourgogne, n'a plus qu'une envie : se venger. Pour cela, il fait alliance avec le vainqueur d'Azincourt. Par le traité de Troyes, en 1420, l'Anglais et le Bourguignon convainquent Charles VI et Isabeau de Bavière de déshériter leur fils Charles et de marier leur fille Catherine à Henri V, faisant de ce dernier l'héritier de la couronne. La France deviendrait ainsi une simple dépendance de la couronne anglaise !

Henri V et Charles VI étant morts l'un et l'autre en 1422, deux légitimités s'affrontent désormais : d'une part celle des Lancastre avec un roi de huit mois, Henri VI, et un régent, son oncle duc de Bedford, auxquels font allégeance les Parisiens et beaucoup de Français du nord ; d'autre part celle de Charles VII de Valois, le « petit roi de Bourges », dont les maigres soutiens sont au sud de la Loire.

Charles VII le Bien Servi (1422-1461) : la sortie du tunnel

L'héritier des Valois est au bord du désespoir quand il reçoit à Chinon une jeune paysanne de Lorraine, Jeanne Darc (on écrira plus tard d'Arc). Celle-ci se dit appelée par des voix célestes à restaurer le roi dans la plénitude de ses droits.

Jeanne d'Arc à l'étendard, croquis réalisé du vivant de l'héroïne, par Clément de Fauquembergue (musée Jeanne d'Arc, Rouen)Perspicace autant que pieuse, elle projette premièrement de délivrer Orléans, ville de première importance pour la sécurité de Charles VII mais qui est assiégée par les Anglais ; deuxièmement de faire sacrer le roi à Reims (aussi aux mains des Anglais) selon le vieux rite capétien.

Le roi, qui n'a rien à perdre, lui confie quelques troupes et le 8 mai 1429, elle lève le siège d'Orléans, puis fait sacrer Charles VII à Reims le 17 juillet. Ces coups d'éclat redonnent espoir au roi et à ses partisans. Jeanne Darc a accompli sa mission. Peu importe qu'ensuite, elle soit capturée devant Compiègne, jugée par un tribunal français aux ordres des Anglais et brûlée vive comme relapse et sorcière à Rouen en 1431 !

Charles VII, qui a repris foi en lui-même, vole de succès en succès, servi par des conseillers efficaces, souvent de simples roturiers (Jouvenel des Ursins, les frères Bureau ou encore Jacques Coeur) et une femme dont il fait la première maîtresse officielle d'un roi de France, Agnès Sorel. D'où son surnom : le « Bien Servi ».

En 1435, à Arras, il signe un traité avec le duc de Bourgogne et enterre ainsi la querelle des Armagnacs et des Bourguignons.

Le roi songe dès lors à consolider son pouvoir :
- il publie à Bourges la « Pragmatique Sanction » par laquelle il s'autorise à nommer lui-même les évêques et contrôler leurs activités ;
- il obtient aussi des états généraux le droit de lever un impôt chaque année pour la «taille des lances», autrement dit l'entretien de l'armée. C'est une première (auparavant, le roi devait solliciter les états généraux chaque fois qu'il voulait prélever de l'argent) !

Assuré de ressources régulières, Charles VII institue les compagnies d'ordonnance. Il s'agit d'une armée permanente au service exclusif du roi. Elle se substitue à l'armée féodale qui reposait sur le bon vouloir des vassaux.

Grâce à cette armée moderne, le roi peut en finir avec les Anglais. La « guerre de Cent Ans » se termine à Castillon, le 17 juillet 1453, où pour la première fois l'artillerie, modernisée par les inventions des frères Bureau, est utilisée à grande échelle. Les Anglais ne conservent plus que Calais sur le Continent.

Charles VII a mis fin à la « guerre de Cent Ans » dans les faits, mais aucun traité de paix n'est signé. De plus, la France est ruinée et dépeuplée. Le roi exempte d'impôts les Français qui reviendraient occuper leur terre et instaure les foires de Lyon pour redynamiser le commerce. Tout cela bénéficie plus à la bourgeoisie des villes en essor qu'à la petite noblesse appauvrie.

Louis XI le Prudent (1461-1483) : bigot et tortueux

La fin de vie de Charles VII est ternie par la révolte de son fils, impatient de gouverner. Quand enfin ce moment arrive, le nouveau roi, Louis XI (38 ans déjà), doit à son tour faire face à une révolte nobiliaire, la très mal nommée « Ligue du Bien public », qui prend fin en 1465 grâce au  traité de Conflans. Le roi accorde à ses adversaires de grands avantages territoriaux mais il ne va avoir de cesse de les reprendre par la ruse.

Son plus coriace ennemi mais aussi son ancien protecteur, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, reçoit Louis XI à Péronne pour discuter d'un accord de paix. C'est alors qu'il apprend que les agents royaux ont monté ses sujets de Liège contre lui. Il enferme le roi et lui impose un traité léonin (cession de la Champagne, de la Brie, des villes de la Somme).

S'ensuivent de nombreux combats qui ne s'achèvent qu'avec la mort tragique et solitaire, dans la neige, de Charles le Téméraire, « Grand Duc d'Occident », lors d'un combat contre la ville de Nancy.

Peu séduisant, tortueux, bigot, Louis XI n'en figure pas moins parmi les grands rois de France car il a poursuivi l'oeuvre de modernisation de son père et, surmontant ses multiples erreurs, il a repoussé les frontières du royaume.

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 11:29:26

 
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