Charles le Téméraire (1433 - 1477) - Le rêve avorté d'un royaume bourguignon - Herodote.net

Charles le Téméraire (1433 - 1477)

Le rêve avorté d'un royaume bourguignon

Fils unique du duc de Bourgogne Philippe le Bon et d'Isabelle de Portugal, Charles le Téméraire vise comme son père à créer un nouvel État entre la France et le Saint Empire romain germanique.

Ce rêve d'une nouvelle Lotharingie pourrait sembler réaliste quand Philippe le Bon, qui se fait surnommer « Grand-Duc du Ponant » (Grand Duc d'Occident), décède le 15 juin 1467. Ce troisième duc de la dynastie des Valois, cousin du roi de France Louis XI, a réussi en effet à faire de ses domaines bourguignons et flamands reçus par héritage ou mariage un hâvre de prospérité.

Mais il suffira d'à peine dix ans pour que Charles le Téméraire (ou Charles le Hardi) perde ce magnifique héritage, victime de ses maladresses face à ses voisins suisses et à son suzerain Louis XI.

Charles le Téméraire portant le collier de l'ordre de la Toison d'or - Rogier van der Weyden, vers 1462. Huile sur bois, Gemäldegalerie, Berlin

L'héritier du « Grand-Duc du Ponant »

Avant son avènement à la tête du duché à 33 ans, Charles se montre cultivé, amateur de poésie, épris de romans de chevalerie, ambitieux mais aussi entêté et emporté.

Dès 1465, il s'associe à la « Ligue du Bien public », une coalition de grands féodaux contre le roi de France Louis XI. Les deux hommes s'affrontent à la bataille de Montlhéry, au sud de Paris, le 16 juillet 1465. Cette bataille indécise conduit Louis XI à céder les villes de la Somme au Bourguignon.

En accédant à la tête du duché, il reçoit la Hollande et la Belgique actuelles, une partie du nord-est de la France (Abbeville et Amiens), la Bourgogne et la Franche-Comté. Il devient le vassal du roi de France pour le duché de Bourgogne, la Flandre, l’Artois et la Picardie mais il dépend du Saint Empire romain germanique pour la Franche-Comté, le Luxembourg et les Pays-Bas.

Ses territoires ont deux centres de gravité, la vieille Bourgogne où prédomine la noblesse féodale, les Pays-Bas urbanisés, prépondérants sur le plan économique avec des cités commerçantes et très riches grâce à leur savoir-faire dans le tissage de la laine. Il veut en faire un bloc territorial cohérent, acquérir une entière souveraineté et pourquoi pas ? ceindre une couronne royale.

La chance sourit au duc

Dans un premier temps, tout semble lui réussir. Charles réprime une première fois la révolte des bourgeois de Liège contre leur prince-évêque, encouragée en sous-main par le roi de France. Là-dessus, le duc, qui a perdu trois ans plus tôt son épouse bien-aimée Isabelle de Bourgogne, se remarie le 3 juillet 1468, à Bruges, avec Marguerite d'York, soeur du roi d'Angleterre.

Louis XI, roi de France - Portrait anonyme, XVe siècle, Brooklyn Museum, New YorkLouis XI, agacé par ce rapprochement anglo-bourguignon, s'applique à rompre l'alliance qui unit la Bretagne à l'Angleterre et la Bourgogne. Souriant et plein de bonnes manières, il rencontre le duc à Péronne et veut le dissuader de renouveler une alliance avec le roi d'Angleterre.

Mais l'entrevue dérape quand on vient dire au duc que les Liégeois se sont à nouveau rebellés. Des agents de Louis XI ont été formellement reconnus parmi les rebelles.

Pris au piège et menacé dans sa vie, le roi doit se rendre à Liège avec le duc et son armée et participer à la répression.

L'année suivante, nouvel exploit : le 9 mai 1469, à Saint-Omer, Charles conclut avec le duc d'Autriche Sigismond de Habsbourg, cousin de l'Empereur, un traité par lequel il reçoit en gage le landgraviat de Haute-Alsace et la Forêt-Noire en contrepartie d'un important prêt de 180 000 florins et d'une promesse d'assistance.

À ce succès sur le haut-Rhin s'en ajoute un autre sur le bas-Rhin où Charles le Téméraire met opportunément la main sur le duché de Gueldre et sa capitale Arnhem. 

Le Téméraire, le Rusé et les bouviers

Mais le vent tourne... Le duc tente de conclure contre Louis XI une alliance avec son beau-frère le roi d’Angleterre Édouard IV : il s'engage à lui fournir 10 000 hommes qui débarquerait de son côté à Calais avant le 1er juillet 1475, avec une force similaire. Puis ce serait la conquête en commun de la France.

Mais dans le même temps, le duc a cru bon de répondre à un appel à l'aide de l'évêque de Cologne Robert de Bavière, dépossédé de son diocèse par un rival. 

Accaparé par le siège interminable de Neuss, en Allemagne, le duc de Bourgogne se trouve dans l'incapacité de remplir ses obligations envers Édouard IV. Par le traité de Picquigny du 29 août 1475, ce dernier conclut donc avec Louis XI un accord financièrement avantageux pour l’Angleterre. Il met véritablement fin à la guerre de Cent Ans. L'essentiel pour Louis XI est que l'invasion anglaise a été étouffée dans l’œuf.

Charles le Téméraire n'a d'autre solution que de signer à son tour avec Louis XI une trêve de neuf ans. Il en profite pour occuper la Lorraine, trait d'union essentiel entre ses territoires. Il a désormais les mains libres pour régler leur compte aux Suisses, qu'il qualifie avec mépris de « peuple de bouviers » et qui ont eu le front d'attaquer la Franche-Comté et le pays de Vaud, une possession du duché de Savoie, son allié.

La Confédération suisse, qui compte alors huit cantons ou « lieux », s'est endurcie dans la guerre contre les Habsbourg. Plus sûre d'elle-même, elle se fait désormais conquérante et supporte mal l'ombre envahissante de la Bourgogne.

Pierre de Hagenbach devant ses juges - Grande chronique des guerres de Bourgogne, Diebold Schilling le Vieux, XVe siècleÀ l'instigation de Berne, , qui rêve d'en découdre avec le duc de Bourgogne, elle intervient en Haute-Alsace aux côtés des rebelles locaux et participe à l'exécution du gouverneur bourguignon Pierre de Hagenbach.

Par ailleurs, elle obtient de Louis XI une généreuse dotation pour équiper son armée.

Organisée pour la guerre, la Confédération est en mesure de très vite mobiliser pas moins de 70 000 paysans-soldats. Ces fantassins disposent de piques de six mètres et avancent lentement sur l'ennemi en rangs serrés, formant une carapace contre laquelle s'épuisent les cavaliers. Le mugissement assourdissant des cors de berger ajoute à l'effroi. 

Ces Suisses infligent aux Bourguignons une première défaite devant Héricourt, en Franche-Comté.

Passé l'hiver, les Bernois poursuivent leur avantage en envahissant le pays de Vaud. Pas de quartier. Les assaillants amènent avec eux leur bourreau et décapitent toutes les garnisons qui leur résistent. En avril 1475, ils poursuivent leur avantage en installant une garnison dans le château de Grandson, à l'extrémité occidentale du lac de Neuchâtel.

Il est plus que temps que le Téméraire arrive. Il traverse le Jura au col de Jougne enneigé en février 1476, en grand équipage avec 60 000 hommes, toute sa cour et toute sa administration. Il est accueilli en libérateur par les Vaudois cependant que les Confédérés, dans l'affolement, sonnent le rassemblement à Neuchâtel.

S'étant emparé du château de Grandson, il fait exécuter toute la garnison suisse, soit un total de quatre cents hommes.

L'affrontement se produit le 2 mars 1476 devant le château. Tandis que s'avancent les piquiers suisses, Charles le Téméraire veut les attirer dans la plaine pour mieux les battre et demande à son avant-garde de se déplacer. Les autres corps d'armée croient à une retraite. C'est la débandade générale, incontrôlée. Les Suisses, surpris par cette victoire sans coup férir, tombent sur le camp bourguignon et le mettent au pillage.

La petite cité de Morat, aujourd'hui, sur le lac de Morat (DR)Le duc, qui a réussi à s'enfuir, ne se démonte pas. Il reconstitue son armée et repart en campagne.

Le 22 juin 1476, tandis que Charles le Téméraire fait le siège de la cité fortifiée de Morat, à 70 km au nord de Lausanne, l'armée confédérée arrive au secours des assiégés. 

L'affaire se dénoue en une heure quand, par centaines et par milliers, les Suisses sortent par surprise de la forêt.  Il s'ensuit cinq heures d'épouvante au cours desquelles les vainqueurs tuent leurs prisonniers de toutes les façons possibles.

Cette fois, la fin est proche. Le duc, défait et malade, tente dans l'hiver de reprendre la ville de Nancy au duc de Lorraine. Face aux 15 000 hommes de René II, il ne dispose que d'à peine 2 000 soldats rescapés de la bataille de Morat.

Il disparaît dans la mêlée, le 5 janvier 1477.

C'est la fin de la Bourgogne ducale. L'héritage flamand de Charles le Téméraire va être transmis par sa fille Marie aux Habsbourg, le roi de France récupérant la Bourgogne et la Picardie.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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