63 à nos jours

Martyrs d'hier et d'aujourd'hui

Le mot martyr vient du grec martur qui signifie « témoin ». Les Églises chrétiennes désignent de cette façon les croyants qui témoignent de leurs convictions et proclament leur foi en Dieu, au risque d'être persécutés, torturés et mis à mort.

Les premiers martyrs remontent à l'époque romaine mais c'est au... XXe siècle que les Églises ont recensé le plus grand nombre de martyrs. Le siècle des génocides fut aussi le siècle des martyrs, la raison étant que les grandes idéologies totalitaires de ce siècle étaient fondées sur la haine des croyances en une autorité divine qui transcende l'être humain (et ses chefs).

Martyr chrétien livré aux fauves (mosaïque de El-Jem, Tunisie actuelle)

Premiers martyrs

Le premier martyr de l'Histoire chrétienne est Étienne, lapidé à Jérusalem en l'an 47 de notre ère, quelques années après la crucifixion de Jésus-Christ.

Le martyre de Sainte Blandine (estampe de la BN)Mais les premières persécutions de masse interviennent en l'an 64 à Rome, sous le règne de l'empereur Néron, lorsque les chrétiens sont, à tort, accusés d'avoir incendié la ville. Beaucoup d'autres suivront, pour la plupart localisées et entrecoupées de longues accalmies.

L'empereur Trajan, qui règne de 98 à 117, précise la position ordinaire des autorités romaines: les chrétiens ne seront poursuivis et persécutés que s'ils troublent l'ordre public. La première persécution importante a lieu sous le règne de Marc Aurèle, en 177.

La Gaule garde de cette persécution le souvenir de Blandine, du jeune Pontique et du vieux Pothin, livrés aux bêtes fauves ainsi que plusieurs dizaines de coreligionnaires dans les arènes de Lyon.

La « grande persécution »

La principale vague de persécutions survient sous les règnes de Dèce en 250, de Valérien en 257 et surtout de Dioclétien, entre 299 et 305. Ces empereurs énergiques, issus de l'armée et originaires d'Illyrie, voient dans le christianisme un facteur de corruption de l'État et le traquent avec une détermination croissante.

La « grande persécution » commence en 299 avec l'exclusion de l'armée des soldats baptisés, ces derniers refusant en effet de verser le sang ! Puis, de février 303 à février 304, quatre édits impériaux inspirés à Dioclétien par Galère ordonnent de brûler les livres saints et de raser les églises partout dans l'empire.

La persécution atteint son paroxysme avec un édit qui prescrit au début de 304 un sacrifice général dans tout l'Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcés dans les mines.

Martyre de l'évêque d'Antioche saint Ignace à Rome, sous le règne de Trajan (XIe siècle, bibliothèque Vaticane)

L'« ère des martyrs » en Égypte

L'Église copte d'Égypte, aujourd'hui encore, se distingue de ses consoeurs en datant les événements à partir, non de la naissance du Christ, mais de l'« ère des martyrs » qu'elle fait débuter en l'an 284 de la Nativité, au plus fort des persécutions. Bien entendu, ce calendrier n'est en usage que dans le domaine liturgique.

Premiers édits de tolérance

Les fonctionnaires locaux exécutent les édits avec un zèle mouvant et en 311, constatant l'échec de la répression, l'empereur Galien publie un premier édit de tolérance. Deux ans plus tard, les persécutions cessent définitivement avec un édit de tolérance de son successeur, l'empereur Constantin. Prenant acte du triomphe de la nouvelle religion, celui-ci choisit de s'appuyer sur elle pour renforcer l'unité de l'empire.

On peut noter que les grandes persécutions de l'époque romaine ont été souvent ordonnées par des empereurs de grand mérite (Marc Aurèle, Dioclétien). Elles étaient motivées par le souci d'apaiser les tensions à l'intérieur de l'empire. Les chrétiens, en 64 comme en 177 ou encore en 305, faisaient office de boucs émissaires et leur sacrifice préservait ou restaurait la cohésion de l'empire.

De la première persécution, sous Néron, aux dernières, sous Dioclétien, on évalue de 4 000 à quelques dizaines de milliers le nombre de chrétiens qui, dans l'empire romain, ont « témoigné » au sacrifice de leur vie (*).

Le 8 novembre 392, un édit de Théodose 1er le Grand entraîne un revirement complet en faisant de la religion chrétienne non plus seulement la religion officielle de l'Empire mais la seule religion autorisée. Dans les mois qui suivent, les rôles s'inversent et l'on assiste en certains endroits, comme à Alexandrie, en Égypte, à des massacres de païens par des foules chrétiennes déchaînées.

Le XXe siècle, un siècle de fer et de sang

Notons que le nombre de martyrs au temps des Romains n'a rien à voir avec les centaines de milliers de chrétiens morts au XXe siècle pour n'avoir pas voulu renier leur conscience sous le nazisme et le communisme ou encore sous les dictatures d'Amérique latine. En URSS (Russie) par exemple, 200 000 membres du clergé orthodoxe ont été éliminés, dont la moitié à la fin des années 1930.

Quelques figures émergent au milieu des anonymes : Maximilien Kolbe, un franciscain déporté à Auschwitz qui fit don de sa vie pour qu'un père de famille soit épargné, Mgr Oscar Romero, archevêque de San Salvador, assassiné en 1983 par les Escadrons de la mort alors qu'il célébrait la messe, le prêtre polonais Jerzy Popieluszko, jeté dans la Vistule en 1984 par des policiers, les moines trappistes de Tibéhirine enlevés et tués dans des conditions mystérieuses, don Puglisi, un curé de Palerme assassiné par la Mafia pour avoir voulu soustraire la jeunesse à son emprise...

« Au terme du IIe millénaire, l'Église est redevenue une Église de martyrs », a pu affirmer le pape Jean-Paul II sans risque d'être contredit (*).

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2020-02-26 10:27:51

 
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