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Les guerres de Yougoslavie

L'année où tombe le mur de Berlin et où se termine la guerre froide, des nationalistes serbes revendiquent la prééminence au sein de la Fédération yougoslave. Cette construction multinationale issue des deux guerres mondiales ne tenait jusque-là que grâce à un équilibre entre le camp occidental et le camp soviétique.

Très vite, les dissensions yougoslaves conduisent à une succession de conflits qui vont endeuiller l'Europe et renouer avec les mauvais souvenirs des deux guerres mondiales.

Alban Dignat
Les origines de la guerre

En 1986, un groupe d'académiciens de Belgrade publie un appel pour souhaiter que les Serbes retrouvent au sein de la Yougoslavie l'hégémonie auxquels ils auraient droit en vertu de leur rôle historique dans la résistance à l'occupant turc ou allemand.

Milosevic, chef du parti communiste de la République fédérative de Serbie, en voie de devenir le président de la République, enfourche les thèses nationalistes dès 1987 pour conquérir le coeur des foules, accéder au pouvoir absolu et le conserver.

La Serbie enterre la Fédération yougoslave

Le 23 mars 1989, Milosevic abolit unilatéralement l'autonomie dont jouissait la province serbe du Kosovo (ou Kossovo), à l'égal des Républiques fédératives yougoslaves (Croatie, Bosnie-Herzégovine, Slovénie, Macédoine, Monténégro, Serbie). Il abolit également l'autonomie de la Voïvodine, une autre province de la République fédérative de Serbie qui compte 300 000 Hongrois.

Le 28 juin 1989, à l'occasion du 600e anniversaire de la bataille du Champ du Merle, un million de Serbes, soit le cinquième de la population adulte (!), font un triomphe à Milosevic lorsqu'il annonce un programme de « reconquête » du Kosovo, où 200 000 Serbes s'inquiètent de leur marginalisation face à près de 2 millions de musulmans de langue albanaise.

Les autres républiques de la Fédération, plus ouvertes sur l'Occident, s'inquiètent de la dérive guerrière de la Serbie.

En mai 1991 se produisent de premiers incidents sanglants entre Serbes et Croates. Le 13 juin, l'armée yougoslave, que dominent les Serbes, entame les premiers tirs d'artillerie en Slavonie (Croatie), dans la région de Vukovar. C'est le début effectif de la guerre.

Le 25 juin 1991, les Croates et les Slovènes proclament leur « désassociation » de la Fédération yougoslave. Sur les instances de la Communauté européenne, ils acceptent de surseoir à leur indépendance pendant trois mois à condition que les Serbes reviennent à une conception équitable des rapports fédéraux.

Leurs attentes sont trahies dès le 1er juillet suivant quand, le Croate Stipe Mesic ayant été légalement porté à la présidence de la Fédération yougoslave, la Serbie refuse de reconnaître son autorité !

Miliciens serbes dans les rues de Vukovar (Croatie) en novembre 1991 (DR)

Slovénie et Croatie prennent le large

Le 3 juillet 1991, les Slovènes, qui habitent au nord du pays, se heurtent à l'armée fédérale et la chassent sans de difficulté de leur territoire. Ils deviennent de facto indépendants. Les Croates ont moins de chance. Ils doivent faire face à une invasion en règle par les Serbes de l'Armée populaire yougoslave, soutenus par les miliciens originaires de Krajina, une région de Croatie à population majoritairement serbe.

Les positions se radicalisent et Vukovar est copieusement bombardée dès le 30 août... Les Occidentaux ne s'en émeuvent pas outre-mesure car l'attention internationale est tournée vers Moscou où l'autorité de Gorbatchev a été réduite en miettes après une tentative de coup d'État de ses opposants. Pour se défendre, les Croates font appel à un homme énergique, le général Franjo Tudjman. Il s'agit d'un nationaliste croate qui fut en d'autres temps proche des extrémistes Oustachis.

Le 7 octobre, Mesic, vaincu par l'obstruction des Serbes, démissionne de la présidence yougoslave. De ce jour, la Fédération a cessé de vivre... Dans cette affaire, faut-il le rappeler ? Milosevic bénéficie d'une étonnante mansuétude de la part des Européens et en particulier du président français, François Mitterrand, lequel devient célèbre pour une phrase d'anthologie : « Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre ! ».


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• 28 juin 1989 : Milosevic enflamme les Serbes
Publié ou mis à jour le : 2019-06-21 15:47:06

 
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