1494-1559

Les guerres d'Italie

Pendant un demi-siècle, intoxiqués par l'aventure guerrière et les délices de la Renaissance italienne, les nobles français passent et repassent les Alpes sous un prétexte ou un autre, épuisant leurs forces dans les guerres d'Italie.

Stériles et ruineuses, elles s'étirent sur les règnes de Charles VIII, Louis XII, François Ier et Henri II. Entamées par le départ de Charles VIII pour Naples dont il veut ceindre la couronne, elles se terminent par le traité du Cateau-Cambrésis, le 3 avril 1559.

Fabienne Manière
Les guerres d'Italie, de 1494 à 1525

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Les guerres d'Italie, sous les règnes de Charles VIII, Louis XII, François Ier et également Henri II, opposent les Français à des coalitions variables et éphémères entre le pape, les autres princes de la péninsule, les Suisses et les Impériaux (troupes de l'empereur d'Allemagne)...

Une Italie morcelée et querelleuse

Quand débutent les guerres d'Italie, la péninsule est morcelée en une multitude d'États indépendants, querelleurs et généralement prospères.

La plaine du Pô est dominée par le duché de Milan. La famille des Visconti s'est faite dépossée du duché en 1450 par le condottiere (note), Francesco Sforza. À celui-ci a succédé en 1466 son fils aîné Galéas Marie. En 1494, c'est au tour de son deuxième fils Ludovic Sforza, surnommé Ludovic le More (parce que brun de peau), de s'approprier le duché...

Au nord-est, la république de Venise est une riche oligarchie d'armateurs et de négociants sur le déclin.

Au centre s'opposent des cités-États : Sienne, Pise et Florence, aux mains des Médicis. Plus au sud, les États pontificaux sont dirigés par un pape à poigne et sans scrupule, Alexandre VI Borgia.

Le royaume de Sicile est gouverné par Ferdinand II d'Aragon cependant que son cousin Ferrante règne sur le royaume de Naples, enlevé en 1442 à la famille d'Anjou.

Charles VIII à la conquête de Naples

Tout commence avec Charles VIII. Le fils et successeur de Louis XI est aussi peu séduisant que son père et beaucoup moins habile. D'une intelligence plus que médiocre, ce roi passionné par les romans de chevalerie décide, sitôt majeur, de faire valoir de vagues droits familiaux sur le royaume de Naples. Il prend prétexte pour cela de la mort de Ferrante, souverain de Naples, en janvier 1494.

Pour commencer, Charles VIII s'assure à prix d'or de la neutralité de ses voisins, le roi d'Angleterre, le roi d'Aragon et l'empereur d'Allemagne, puis il traverse les Alpes, le 25 janvier 1494, à la tête de 30 000 hommes. Le 12 mai 1495, fait une entrée triomphale à Naples, costumé en empereur byzantin ! Mais la menace d’une coalition l’oblige à un retour précipité.

Le 6 juillet 1495, il se heurte à Fornoue, près de Venise, à une armée beaucoup plus nombreuse que la sienne. Les Français arrivent malgré tout à dégager le passage, laissant à leurs ennemis le souvenir de la « furia francese ». Après un emprunt forcé sur les villes pour se rembourser de ses frais, le roi prépare une nouvelle expédition. Mais sa mort à 28 ans, le 7 avril 1498, l'empêche de la conduire à son terme.

Louis XII à la conquête de Milan

Charles VIII laisse la couronne au fils du poète Charles d’Orléans, son lointain cousin, qui devient Louis XII. Reprenant à son compte les chimères italiennes, ce dernier vise, non seulement Naples mais aussi Milan qu'il revendique au nom de sa grand-mère, Valentine Visconti, épouse de Louis d'Orléans !

Dès 1499, le roi entre à Milan à la tête de ses troupes, puis marche sur Naples, qu'il investit à la faveur d'un accord secret avec le roi Ferdinand d'Aragon, son rival.

Mais dès 1503, les Espagnols reprennent l'offensive sous la conduite de Gonzalve de Cordoue. Les Français subissent plusieurs défaites, à Cérignole et Garigliano, où s'illustre le chevalier Bayard. Ils doivent une nouvelle fois évacuer la péninsule.

La Ligue de Cambrai

Louis XII est peu après sollicité par le pape Jules II, en conflit avec la République de Venise pour le contrôle de l'Italie centrale. Le pape constitue à Cambrai une ligue dans laquelle Louis XII se fait un plaisir d'entrer. C'est ainsi que les Français écrasent les Vénitiens à Agnadel le 14 mai 1509. La République de Venise ne s’en relèvera pas.

La Sainte Ligue

Mais voilà que, par un retournement d’alliances, le Saint-Siège et Venise forment une Sainte Ligue contre les Français ! Ceux-ci l’emportent à Ravenne le 11 avril 1512, où Gaston de Foix, l'un des meilleurs généraux de son temps, trouve la mort. Ils sont néanmoins chassés d’Italie (pour la troisième fois !) et les Suisses installent à Milan un fils de l'ancien duc Ludovic Sforza.

La France est qui plus est envahie par les Anglais et les Impériaux, et même les Suisses, qui font le siège de Dijon. Louis XII achète à prix d’or la paix.

François Ier contre les Suisses

À la mort de Louis XII, le 1er janvier 1515, la couronne revient à son cousin, le comte d’Angoulême, un géant de 20 ans et de 2 mètres, qui prend le nom de François Ier.

Le nouveau roi n’a rien de plus pressé que de reprendre la guerre en Italie. Le 13 septembre 1515, il écrase les Suisses dans la plaine du Pô, à Marignan. Cette bataille se solde par 16 000 morts, ce qui fait d’elle la plus meurtrière depuis l’Antiquité.

Marignan a pour conséquence la signature le 29 novembre 1516 d’une « paix perpétuelle » entre le roi de France et les cantons suisses. Elle amène aussi le pape à conclure le 18 août 1516 le concordat de Bologne qui va régir les relations entre la France et le Saint-Siège jusqu'en 1790.

François Ier contre Charles Quint

Là-dessus - singulière idée -, le roi de France se porte candidat à l’empire d’Allemagne contre le petit-fils de Maximilien Ier de Habsbourg. Le Habsbourg l’emporte le 28 juin 1519, devenant pour la postérité l’empereur Charles-Quint.

La guerre ne tarde pas à éclater entre l’empereur et le roi de France.

L'un et l'autre rêvent d’asseoir leur domination sur l’Italie, riche, belle et divisée. L'empereur s'allie avec le roi d'Angleterre Henri VIII et le pape Léon X contre le roi de France.

La suite est une succession d’échecs pour celui-ci.

En août 1521, Prospero Colonna et Frédéric II de Mantoue font le siège de Parme, cédée à François 1er suite à sa victoire de Marignan. Ils s'en emparent avec leurs lansquenets allemands mais doivent s'en retirer presque aussitôt par crainte d'être à leur tour assiégés par l'armée de secours.

Le 29 avril 1522, les Français sont battus à La Bicoque (en italien Bicocca, d’où nous vient le mot bicoque).

Après cette défaite, Odet de Lautrec et les Français doivent évacuer le Milanais.

Leurs ennemis se regroupent dans une ligue qui réunit l'empereur Charles Quint, le pape Léon X, né Giovanni de Medici, et le roi d'Angleterre Henri VIII.

L'année suivante, pour ne rien arranger, le connétable de Bourbon, vexé de ne pas être récompensé par le roi à la hauteur de ses mérites, prend prétexte d'une querelle d'héritage et déserte au profit de l’empereur Charles Quint.

Il met à feu et à sang la Provence.

Bayard, l'illustre chevalier « sans peur et sans reproche », trouve une mort glorieuse à Abbiategrasso le 30 avril 1524, en protégeant la retraite de l'armée française.

Le pire survient le 24 février 1525, avec la capture du roi lui-même à la bataille de Pavie, près de Milan.

« De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur, et la vie qui est sauve », écrit François Ier à sa mère Louise de Savoie, qui va gouverner en son absence.

Il n’a d’autre choix que de signer le 14 janvier 1526 le traité de Madrid mais s'empressera d'en renier les clauses sitôt libéré.

Prise de Parme en 1521 par les lansquenets allemands, par Le Tintoret (détail, Pinacothèque de Munich)

[voir l’œuvre en grandes dimensions]

La Ligue de Cognac

La guerre reprend, le roi s’étant cette fois allié au pape et à Venise au sein de la Ligue de Cognac. Nouvel échec. Mais l’empereur, menacé d’être pris à revers par les Turcs, accepte de traiter. La paix est négociée à Cambrai le 3 août 1529 par sa tante Marguerite d’Autriche et la mère de François Ier. Elle est pour cela appelée « paix des Dames ».

Une ultime guerre avec l’empereur aboutit, après la victoire sans suite de Montluc à Cérisoles, en Italie, le 14 avril 1544, à une paix de compromis.

Par le traité de Crépy-en-Laonnois, le 18 septembre 1544, François Ier renonce à ses prétentions sur Naples et à sa suzeraineté sur le comté de Flandre et l'Artois, tandis que Charles Quint renonce au duché de Bourgogne.

Par ailleurs, Charles de France, dit Charles II d'Orléans, troisième fils de François Ier, doit épouser soit une fille de Charles Quint, avec en dot la Franche-Comté, soit une fille de son frère Ferdinand, avec en dot le Milanais ! Sa mort un an plus tard rend l'« alternative » caduque.

Henri II tourne le dos à l'Italie

Henri II, qui succède à François Ier le 31 mars 1547, met un terme aux guerres d’Italie avec la paix du Cateau-Cambrésis, le 3 avril 1559. Entre temps, les Français auront réussi à s’emparer des Trois-Evêchés de Metz, Toul et Verdun, en Lorraine, ainsi que de Calais, aux mains des Anglais depuis deux siècles.


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La Renaissance italienne
Publié ou mis à jour le : 2020-02-27 15:33:50

 
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