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19 septembre 1345

Jeanne de Naples soupçonnée du meurtre de son mari

Naples était à la fin du Moyen Âge la capitale d'un prospère royaume, objet de toutes les convoitises. Une dynastie dite angevine s'y maintint tant bien que mal depuis la fin du XIIIe siècle. Elle était issue de Charles d'Anjou, frère de Saint Louis. 

Malgré ce parfum de sainteté, elle sombra dans les dix ans qui suivent la mort du roi Robert Ier le Sage, le 20 janvier 1343. Au terme d'une incroyable tragédie à rebondissements, Naples fut alors réunie à la Sicile sous la tutelle du roi d'Aragon...

André Larané

Les deux Jeanne

N'ayant pas d'héritier mâle, le roi Robert laissa le trône à sa petite-fille Jeanne d'Anjou et de Sicile, toute juste âgée de 17 ans.  La nouvelle souveraine recueillit par la même occasion les comtés de Provence et de Forcalquier (au nord de la Provence). Belle et intelligente, mais de mœurs légères, elle épousa peu après son cousin André de Hongrie. Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1345, deux jours avant son couronnement, ce dernier fut retrouvé étranglé près de la chambre de la reine...

Narguant ceux qui la soupçonnaient du meurtre, Jeanne Ière se remaria avec un autre cousin, Louis de Tarente, sans doute impliqué dans le meurtre. Le roi Louis Ier de Hongrie, désireux de venger la mort de son frère, marche sur Naples avec son armée. Il  peignit sur son étendard l'image de son frère tombant sous les coups des assassins !

Les Hongrois s'emparèrent de Naples et Jeanne ne put rien faire d'autre que se réfugier auprès de ses sujets provençaux. Elle en profita pour se rendre à Avignon, auprès du pape Clément VI et obtint d'être disculpée du meurtre de son premier mari.

En contrepartie, car on n'a rien sans rien, Jeanne céda Avignon au pape à titre définitif pour la somme de 80 000 florins. Nous sommes dans la première phase de la guerre de Cent Ans mais tandis que la France du nord renoue avec les horreurs de la guerre, l'Italie découvre la Renaissance...

Jeanne put rentrer dans son beau royaume de Naples, dont la prospérité ne le cédait en rien aux autres États de la péninsule italienne.

À nouveau veuve, la reine se remaria avec le roi de Majorque Jacques III en 1363. Comme elle avait déjà 36 ans et aucun enfant, elle désigna son cousin Charles de Duras comme héritier. Et la voilà veuve une troisième fois ! Un condottiere, Othon de Brunswick, osa l'épouser malgré le sort qui s'acharnait sur ses maris. Il est vrai que la couronne de Naples méritait que l'on prenne des risques. C'est aussi ce que pensait Charles de Duras. Craignant que son héritage ne lui échappe, il s'allia avec le roi Louis Ier de Hongrie.

Tandis que le Grand Schisme divisait la papauté, avec un pape à Avignon et un autre à Rome, Charles de Duras gagna le soutien de ce dernier, Urbain VI, lequel déclara la reine Jeanne hérétique et schismatique. Rien que ça ! Le souverain pontife délia ses sujets de leur serment de fidélité et, le 1er juin 1381, donna le royaume à Charles de Duras. Celui-ci s'en empara avec une armée hongroise et, pour couronner son triomphe, fit étrangler la reine le 22 mai 1382.

Mais avant de mourir, Jeanne Ière céda ses droits au duc Louis Ier d'Anjou, fils du roi de France Jean II le Bon. Avec le soutien du pape d'Avignon, Clément VII, il se dressa contre Charles IV de Duras mais fut battu. Il tenta alors de se rattrapper en se faisant élire sur le trône de Hongrie, affaibli par la mort de Louis Ier le Grand (11 septembre 1382). Mais il fut assassiné sur ordre de la veuve de ce dernier le 27 février 1386.

La rivalité se poursuivit à la génération suivante. Charles IV de Duras légua le royaume de Naples à son fils Ladislas (ou Lancelot) de Duras, lequel dut à son tour combattre l'autre prétendant à la couronne, Louis II d'Anjou, fils du précédent !

Enfin maître du royaume, Ladislas poussa l'audace jusqu'à entrer dans Rome et songea à se faire couronner empereur du Saint Empire romain, mais il fut vaincu par la mort le 6 août 1414. Sa sœur Jeanne lui succéda sur le trône...

L'Aragon ramasse la mise

Cette deuxième Jeanne eut un destin aussi étourdissant que la première. Âgée de 33 ans à son avènement, elle traînait une réputation sulfureuse. Après la mort de son premier mari Guillaume de Habsbourg, duc d'Autriche, elle s'était acoquinée avec différents amants dont un certain Pandolfo Alopo. Sa couronne faisait d'elle, malgré cela, un parti convoité. Jacques II de Bourbon l'épousa mais fit aussitôt après décapiter Alopo et emprisonner la reine elle-même !

Jeanne II ne se tint pas pour battue. De sa prison, elle multiplia les contacts et chercha des soutiens extérieurs en reconnaissant successivement pour héritier Alphonse V d'Aragon, déjà roi de Sicile, puis Louis III d'Anjou, enfin le jeune frère de celui-ci, René Ier d'Anjou. C'est ainsi que le roi d'Aragon et de Sicile entra dans la course.

Après la mort de la reine, le 2 février 1435, Aragonais et Angevins se disputèrent la couronne napolitaine. Alphonse V l'emporta en 1442 et réunit dès lors ses royaumes de Naples et de Sicile sous le nom de royaume des Deux-Siciles. Ce nom quelque peu bizarre perdura jusqu'au XIXe siècle.

René d'Anjou conserva de son aventure napolitaine le surnom de « bon roi René » ! Mais son petit-fils René II céda le titre royal au roi de France Louis XI. Mauvaise idée : le fils de celui-ci, Charles VIII, eut l'idée saugrenue de de reprendre son royaume fictif et il s'ensuivit un demi-siècle de guerres d'Italie...

Publié ou mis à jour le : 2026-09-20 13:18:54

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