Afrique australe

Le royaume inaccessible des Zoulous

Les Zoulous, peuple d'Afrique australe réputé pour ses qualités guerrières, sont apparus il y a à peine deux siècles. Ils sont nés « par le fer et le sang » à l'initiative d'un chef mythique, Chaka.

Il a rassemblé autour de lui des hommes de toutes origines, en a fait une armée redoutable et a bâti avec eux un royaume craint dans toute la région, y compris des colons Boers et des Britanniques. Ces derniers gardent le souvenir amer d'une cruelle défaite, à Isandlawana en 1879.

Les Zoulous contre l'apartheid

L’Afrique du Sud compte en ce début du XXIe siècle un peu plus de 10 millions de Zoulous (soit un quart de la population totale). Opposés aux Boers puis aux Britanniques au XIXe siècle, ils vivent majoritairement à l’Est du pays, dans les provinces du KwaZulu-Natal et du Gauteng, et forment avec les Xhosa et les Sotho, l’un des trois plus importants peuples d’Afrique du Sud.

Dans les années 1920, Solomon kaDinuzulu, le petit-fils du dernier roi zoulou, a créé une organisation culturelle destinée à préserver la culture zouloue de la colonisation blanche. Baptisée Inkatha, du nom du traditionnel bandeau rouge zoulou, celle-ci a fini par rejoindre l’ANC, mouvement alors dominé par les Zoulous.

À la fin des années 1960, l’ANC entame une profonde mutation. L’influence de plus en plus importante de la doctrine marxiste, l’ouverture du parti aux non-noirs et la mainmise des Xhosa sur l’appareil détournent progressivement les Zoulous du mouvement (Nelson Mandela et Oliver Tambo sont eux-mêmes des Xhosa, comme Thabo Mbeki, successeur de Mandela à la présidence).

Mangosuthu Buthelezi (27 août 1928, Mahlabathini, Natal, Afrique du Sud)En mars 1975, Mangosuthu Buthelezi, neveu de Solomon kaDinuzulu, ancien membre de la Ligue de jeunesse de l’ANC et chef de l'autorité territoriale du bantoustan du KwaZulu, recrée l’Inkatha, désormais appelé Inkatha Freedom Party. S’il s’agit d’un mouvement de libération nationale anti-apartheid, celui-ci diffère cependant de l’ANC puisque son objectif est la constitution d’un royaume zoulou indépendant dans la région du Natal.

Cette position nationaliste fait de Buthelezi un interlocuteur privilégié dans la politique de développement séparé prônée par le pouvoir blanc. En 1977, lorsque le KwaZulu acquiert son autonomie, Buthelezi en est nommé ministre en chef.

De plus en plus considéré par les opposants au régime comme un organe de collaboration, l’Inkatha rompt alors avec l’ANC et devient son principal rival. Opposé à la lutte armée, anticommuniste et politiquement conservateur, Buthelezi cherche à apparaître aux yeux des occidentaux comme un leader noir beaucoup plus acceptable que Mandela.

Il s’oppose ainsi aux sanctions internationales qui frappent l’Afrique du Sud, tandis que l’Inkatha est accusé de servir de supplétif à la police sud-africaine dans la répression des révoltes des ghettos.

Les Zoulous contre les Xhosas

À partir de 1986, le KwaZulu est le théâtre d’une violente guerre civile opposant les partisans de l’ANC et ceux de l’Inkatha qui fera des milliers de victimes. Les nationalistes zoulous sont appuyés par le pouvoir blanc et armés par la Vlakplaas, l’unité de la police sud-africaine chargée de la contre-insurrection.

Entre 1990 et 1993, durant les négociations portant sur la constitution de la nouvelle Afrique du Sud, post-apartheid, l’Inkatha, opposé à un État unitaire et centralisé où les Zoulous demeureraient minoritaires, s’allie avec le Parti conservateur blanc, afin de faire échouer les pourparlers...

Finalement, après avoir obtenu l’institutionnalisation du rôle du roi, Goodwil Zwelithini, et le maintien d’Ulundi, ancienne capitale royale zoulou, comme capitale du KwaZulu, le parti de Buthelezi accepte de participer aux élections générales de 1994. L’Inkatha arrive à la troisième place avec 10,5% et 43 députés, très loin de l’ANC qui obtient plus de 62% des voix.

Il est en revanche en tête dans son fief du KwaZulu-Natal, où il dépasse les 50%. Bien que de nombreuses fraudes aient été constatées dans cette province, l’ANC décide de ne pas contester les résultats et obtient en échange la participation de l’Inkatha au gouvernement d’union nationale de Nelson Mandela.

Buthelezi est nommé ministre de l'Intérieur et malgré les critiques permanentes sur sa gestion et sa probité, il sera maintenu dans tous les gouvernements jusqu’en 2004.

L'espoir évanoui d'un royaume zoulou indépendant

Les élections générales de 1999 voient un tassement de l’Inkatha qui obtient 8,58% des voix au niveau national et ne recueille plus que 41,9 % des votes dans sa province. En 2004, l’Inkatha quitte la coalition qu’elle formait avec l’ANC pour s’allier avec l’Alliance Démocratique, parti libéral à l’électorat essentiellement blanc et métis. Mais lors des élections générales, le parti zoulou n’obtient plus que 6,97% des suffrages tandis que l’ANC s’empare du KwaZulu et transfère la capitale exécutive d'Ulundi à Pietermaritzburg.

En 2007, le zoulou Jacob Zuma, représentant de l’aile gauche de l’ANC, prend la tête du parti de Mandela.

En septembre 2008, à l’issue d’un putsch interne, il contraint Thabo Mbeki à démissionner de la présidence et l’année suivante, il devient le nouveau président du pays.

L’élection de Zuma, qui se définit lui-même comme « 100% Zulu boy », marque la fin de la prééminence historique des Xhosa sur l’appareil ANC, au profit des Zoulous. Depuis l’arrivée au pouvoir de Zuma, 70% des nouveaux adhérents de l’ANC sont des Zoulous et le parti compte aujourd’hui davantage de militants au Kwazulu-Natal que dans l’Eastern Cape, fief ethnique des Xhosa.

Cette mutation de l’ANC handicape lourdement l’Inkatha, une partie de ses électeurs préférant désormais voter pour le parti de Zuma. Lors des élections générales de 2009, il chute ainsi à 4,55% des voix au niveau national. Deux ans plus tard, le parti zoulou est victime d’une scission, lorsque la numéro deux, Zanele kaMagwaza-Msibi, quitte l’Inkatha, et fonde un nouveau parti nationaliste zoulou : le National Freedom Party.

Aux élections générales de 2014, l’Inkatha ne réalise plus que 2,40% des suffrages, tandis que le NFP en obtient 1,57%. Dans leur fief du Kwazulu, les deux partis zoulous totalisent à peine 18%, très loin derrière l’ANC et sont désormais talonnés par l’Alliance Démocratique, premier parti d’opposition.

Lors des élections municipales de 2016, profitant de la défection du NFP et de l’impopularité du président Zuma, l’Inkatha parvient à reconstituer légèrement sa base électorale en réalisant plus de 20% dans le Kwazulu. Mais avec 4,23% des voix au niveau national, l’Inkatha n’est plus que le quatrième parti du pays.

Avec le Zoulou Jacob Zuma à la tête de l’ANC et à la présidence de l'Afrique du Sud, l'Inkhata et ses thèses séparatistes ont du mal à séduire encore les nouvelles générations. Elles semblent reléguées dans le passé, tout comme le charismatique Buthelezi qui a enfin renoncé à l'action politique en octobre 2017, à 89 ans bien sonnés.

Julien Colliat
Publié ou mis à jour le : 2019-05-24 07:21:19

 
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