Le Maroc

Le renouveau du Maroc sous les Saadiens (1421-1659)

Au début du XVe siècle, alors que les Européens se lancent dans de grandes expéditions maritimes , le Maghreb musulman est encore structuré en trois sultanats fondés deux siècles plus tôt : celui des Mérinides centré sur Fès, des Zianides centré sur Tlemcen, et des Hafsides centré sur Tunis. Cependant l’autorité centrale tend partout à s’affaiblir au profit des chefferies locales et dans les faits, la région est de plus en plus fragmentée.

Le renouveau du Maroc sous les Saadiens (1421-1659)

Au Maroc, une bascule survient en 1421 lorsque la succession place un sultan d’un an sur le trône. La régence assurée par des vizirs de la dynastie wattasside tend encore à affaiblir le pouvoir central. En 1465, une révolte finit par renverser le sultan en place, mettant fin à la dynastie mérinide.

Il s’ensuit une période d’anarchie dont les Portugais vont profiter : en plus de Ceuta prise dès 1415, ils s’emparent de Tanger et Assilah en 1471.

L’année suivante, les Wattassides parviennent à récupérer le sultanat, mais leur autorité reste fragile, ce qui permet aux royaumes chrétiens de poursuivre leur expansion : tandis que les Espagnols prennent Melilla en 1497, les Portugais prennent Agadir en 1505, Safi en 1508 et Mazagan en 1514.

Ce péril encourage les princes de la dynastie saadienne à prendre les choses en main dans le sud : ils étendent leur autorité jusqu’à Marrakech en 1524 et rejettent la suzeraineté des Wattassides 4 ans plus tard.

Le reste du Maghreb est tout aussi mal en point : les Espagnols prennent Oran, Bejaia et Tripoli en 1509 et 1510. Face à l’impuissance des Zianides, les frères Barberousse fondent un sultanat indépendant à Alger en 1516, mais la menace espagnole les pousse finalement à demander la protection des Ottomans trois ans plus tard, ce qui marque les débuts de la Régence d’Alger. L’expansion maximale de l’Espagne est atteinte en 1535 avec la prise de Tunis tandis que la Régence d’Alger s’étend fortement à l’intérieur des terres.

Le Sultan Saâdien Ahmedal-Mansour dans les jardins du Palais El Badi à Marrakech, miniature ottomane, XVIIe siècle. Au Maroc, les Saadiens se montrent particulièrement efficaces. En 1541, ils parviennent à reprendre Agadir et Safi aux Portugais, puis ils s’emparent de Fès en 1549 aux dépens des Wattassides et récupèrent le titre de sultan.

Les Wattassides continuent toutefois de résister avec l’aide des régents d’Alger qui y voient une opportunité d’étendre leur influence dans le secteur, mais ils sont définitivement écrasés en 1554. Les Saadiens parviennent également à reprendre Assilah aux dépens des Portugais, et le Maroc retrouve enfin la puissance qu’il détenait deux siècles plus tôt.

L’empire ottoman constitue alors la principale menace. Tandis que la Régence d’Alger s’empare de Bejaia, les Ottomans prennent Tripoli dont ils font la capitale d’une nouvelle régence. Pour contrer cette menace, les premiers sultans saadiens font le choix de s’allier avec l’Espagne de Charles Quint et de Philippe II. Le Maroc parvient ainsi à conserver son indépendance vis-à-vis de l’empire ottoman qui achève son expansion avec la prise de Tunis en 1574.

Les trois régences instituées formeront les embryons des actuelles Algérie, Tunisie et Libye.

Cette même année, une lutte de succession éclate à la tête du Maroc. Le roi du Portugal décide d’en profiter pour reprendre l’offensive en soutenant le sultan déchu. La bataille décisive a lieu près de Ksar el-Kebir en 1578 : elle conduit à un désastre du côté portugais et voit la mort simultanée des trois rois. Cet événement va avoir pour effet de faire tomber le Portugal entre les mains du roi Philippe II d’Espagne deux ans plus tard. Malgré la mort des deux frères, la dynastie saadienne s’en trouve affermie au Maroc.

Le pays atteint alors un nouvel apogée et voit notamment l’embellissement de la capitale Marrakech. L’administration se calque sur celle des Ottomans et les sultans se dotent d’une troupe d’élite qui s’inspire du modèle des janissaires (dico).

Palais El Badi à Marrakech : ensemble architectural construit à la fin du XVIe siècle. Ancien palais, il fut édifié par le sultan saadien Ahmed al-Mansur ad-Dhahbî pour célébrer la victoire sur l'armée portugaise, en 1578, dans la bataille des Trois Rois. Agrandissement : Tombeaux saadiens à Marrakech.

Ils peuvent alors envisager de prendre le contrôle du commerce transsaharien qui permet notamment l’importation d’or, de sel et d’esclaves depuis l’empire songhaï en échange d’armes et de chevaux. En 1590, le sultan al-Mansur envoie une expédition militaire qui remporte une victoire décisive à Tondibi, près de la capitale Gao : elle entraîne l’effondrement brutal de l’empire songhaï au profit des Marocains.

Cette conquête a toutefois l’effet inverse de celui escompté puisqu’elle désorganise complètement le commerce de l’or et des esclaves qui provenaient des régions plus au sud. Finalement, le commerce transsaharien périclite et les sultans finissent par se désintéresser du secteur : à partir de 1612, le pacha de Tombouctou prend de facto son indépendance avec l’appui d’une aristocratie de chefs militaires appelés les Arma. Cet État s’affaiblit rapidement sous l’action des Touaregs qui regagnent du terrain.

Pendant ce temps-là au Maroc, la dynastie saadienne commence à s’affaiblir à partir de 1603 avec la lutte entre deux frères, ce qui tend à faire de Fès une capitale secondaire.

À partir de 1609, elle doit aussi gérer l’accueil des dizaines de milliers de Morisques expulsés d’Espagne par Philippe III. Il s’agit de descendants d’anciens musulmans convertis de force au christianisme et mal perçus par le reste de la population espagnole. Au Maroc, ils sont installés principalement autour de Salé où ils forment une véritable base de corsaires contre les navires européens.

En 1659, la rivalité entre les Saadiens de Marrakech et de Fès finit par provoquer l’extinction de la dynastie. Après plusieurs années de fragmentation, la dynastie alaouite finit par réunifier le pays en 1669. Cette dynastie restera au pouvoir jusqu’à aujourd’hui.


Publié ou mis à jour le : 2024-01-05 13:15:37

Aucune réaction disponible

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net