Argentine

Le plus latin des États américains

Le drapeau de l'Argentine, avec en son centre le soleil de Mai, qui rappelle la Révolution du 25 mai 1810À la pointe sud du continent américain, bordée à l'est par l'océan Atlantique et à l'ouest par la cordillère des Andes, l'Argentine est un État macrocéphale avec une population totale d'environ 45 millions d'habitants (2020), pour la plupart d'origine européenne, sur une superficie de 2 766 000 km2 (cinq fois la France).

Elle s'étire sur 3700 kilomètres, du tropique du Capricorne à la Terre de Feu, en région subpolaire. Sa capitale Buenos Aires regroupe à elle seule 13 millions d'habitants (les « Porteños »).

La République argentine fait remonter sa naissance à la « Revolución de Mayo » (25 mai 1810) par laquelle les bourgeois de Buenos Aires se sont émancipés de la couronne espagnole. Mais c'est seulement le 9 juillet 1816 que le pays est devenu pleinement indépendant sous le nom de Provincias Unidas en Sudamérica (« Provinces Unies en Amérique du Sud » ou « Provinces-Unies de la Plata »).

Une terre fertile mais longtemps négligée

C'est au printemps 1516 que le navigateur espagnol Diaz de Solis a découvert le Rio de la Plata, à la pointe sud du continent américain. Cinq ans plus tard, le navigateur portugais Magellan a reconnu le littoral atlantique, la Patagonie méridionale ainsi que le passage vers l'océan Pacifique, par le détroit qui porte son nom et sépare le continent sud-américain de la Terre de Feu. L'arrière-pays est couvert par la pampa, une forme de savane fertile qui s'étend jusqu'à la cordillère des Andes.

Une première tentative de colonisation est menée par Pedro de Mendoza qui fonde en 1536 la ville de Puerto de Santa Maria del Buen Aire (Buenos Aires) au fond de l'estuaire de la Plata. Mais elle est provisoirement abandonnée sous la pression des Indiens ! Il faut attendre 1580 pour que Juan de Garay, venant d'Asuncion (Paraguay actuel), réanime la ville. 

Madrid, il est vrai, délaisse cette région à peine peuplée de quelques Indiens et dépourvue de richesses minières. Elle est administrée de loin à partir de Lima, prestigieuse capitale de la vice-royauté espagnole du Pérou. Des colons s'établissent dans la pampa en vue de fournir de la laine, des cuirs et de la viande de mouton aux mineurs de l'Altiplano péruvien. 

En 1776, pour résister à la pression des Portugais venus du Brésil voisin, les Espagnols se décident à établir une vice-royauté à Buenos-Aires tout en persistant à freiner son développement économique. Ils lui imposent en particulier un « pacte colonial » qui interdit aux habitants de commercer avec quiconque ne viendrait pas de la métropole.

Ce Vice-royaume du Río de la Plata est vaste comme le tiers du continent sud-américain. Outre l'Argentine actuelle, il inclut les actuels territoires de la Bolivie, du Paraguay et de l’Uruguay, ainsi que le nord du Chili, le sud-est du Pérou et même une frange du sud du Brésil. À l'indépendance, au début du XIXe siècle, il est encore quasiment vide, seulement peuplé d'Amérindiens, de quelques centaines de milliers de descendants d'Espagnols et aussi de quelque 200 000 esclaves africains.

Vue générale de Buenos Aires et de la place de Toros, illustration pittoresque, 1820. Agrandissement : Place du Congrès à Buenos Aires et l'un des rares originaux survivants du Penseur de Rodin.

Construction d'une Nation

Sitôt l'indépendance acquise, les criollos ou « créoles » (blancs nés sur place) ne tardent pas à se déchirer entre unitariens (partisans d'un État centralisé autour de Buenos Aires) et fédéralistes. Les premiers l'emportent dans un premier temps. Ils entrent en guerre en 1826 avec le Brésil qui s'était approprié l'Uruguay, cependant que des nationalistes locaux avaient proclamé l'indépendance de ce territoire le 25 avril 1825. L'Uruguay voit finalement son indépendance confirmée par le traité de Montevideo du 28 août 1828.

Là-dessus, les fédéralistes relèvent la tête sous la conduite d'un grand propriétaire, Juan Manuel de Rosas. Il se fait octroyer des pouvoirs dictatoriaux en 1835 et va dès lors gouverner par la terreur avec une bande de tueurs à gages, la Mazorca, qui aurait tué vingt mille personnes. Il n'en favorise pas moins le développement économique du pays. Avec le concours des milieux d'affaires britanniques, il dépossède les Indiens de leurs terres et constitue de grands domaines usant de techniques pastorales modernes. 

À rebours de ses promesses, il centralise l'État autour de Buenos Aires. Ayant irrité au plus haut point tant ses concitoyens que le Brésil, l'Uruguay et les puissances européennes, il est vaincu par ses opposants à la bataille de Monte Caseros le 3 février 1852 et contraint à l'exil.

Le 25 mai 1853, quelques mois près le renversement du dictateur, un congrès se réunit à Santa Fé et donne à l'État une constitution fédérale.

En dépit de la guerre de la Triple-Alliance contre le malheureux Paraguay (1865-1870), le pays connaît dans cette période un développement rapide autour de sa capitale, point de passage obligé des exportations de céréales et de viande vers l'Europe, point d'arrivée aussi des immigrants. Entre 1870 et 1914, il accueille trois millions d'immigrants.

Le port de Buenos Aires en 1861

Un peuplement relativement homogène

Les esclaves africains constituaient à l'indépendance le tiers de la population de Buenos Aires ; ils étaient surtout affectés à des travaux domestiques. Mais dès 1813, le gouvernement argentin décréta la « liberté de ventre », de sorte que tous les enfants d'esclaves naquirent libres. Là-dessus, en 1815, San Martín fit exproprier tous les esclaves et les recruta comme soldats d'infanterie avec la promesse de les libérer sitôt la guerre finie. Aujourd'hui, du fait de leur nombre réduit et des métissages, leurs descendants se sont fondus dans la population générale. Il s'ensuit que les termes negro ou negra désignent simplement une personne basanée ou métissée d'Indien. Les termes negrito ou negrita désignent quant à eux affectueusement un enfant ou un amoureux, quoi qu'il en soit de sa couleur de peau…

Au nombre de sept millions, une deuxième vague d'immigration, du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe, est venue pour l'essentiel d'Italie mais aussi de Russie, d'Allemagne et des ghettos d'Europe orientale (notons une famille toulousaine arrivée en 1892 avec un enfant de 2 ans, Carlos Gardel, qui portera à son zénith le tango argentin).

Une plaisanterie locale, attribuée au chanteur de rock Litto Nebbia, le rappelle : « Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Brésiliens de la jungle et les Argentins des bateaux. » La population argentine quadruple de la sorte jusqu'à atteindre 8 millions d'habitants à la veille de la Grande Guerre.

Notons une troisième grande vague d'immigration au XXe siècle, constituée par des Syro-Libanais et des Arabes chrétiens ou musulmans surnommés « Turcos » car originaires de l'empire ottoman. Ils portent souvent comme patronyme un prénom castillan attribué d'autorité par l'officier d'immigration. « El Turco » le plus célèbre est l'ancien président Carlos Menem, au pouvoir de 1989 à 1999.

Amères désillusions

Neutre pendant le conflit, l'Argentine, dont toute l'économie est fondée sur les exportations agricoles, va s'enrichir considérablement en approvisionnant les alliés en céréales et viande. À la fin de la guerre, son revenu par habitant la place parmi les pays les plus riches de la planète, au niveau des pays européens.

Mais sous la présidence du radical Hippolito Irigoyen, le pays va beaucoup souffrir de la crise de 1929. En 1930, le président est renversé par les militaires qui portent au pouvoir le général Uriburu. Un nouveau putsch en juin 1943, en pleine guerre mondiale, ouvre une nouvelle période de désordre.

Il s'ensuit en 1945 l'arrivée au pouvoir du populiste Juan Perón, soutenu par sa charismatique épouse, Evita. Usant et abusant des crédits considérables accumulés par les exportations durant le deuxième conflit mondial, il va mener une politique sociale hardie tout en développant le clientélisme et une fonction publique pléthorique, les deux maux de l'Argentine moderne. Il est finalement renversé par le coup d'État du général Leopardi le 19 septembre 1955.

Dans les années 1970, l'Argentine est frappée par le terrorisme d'ultra-gauche comme bien d'autres pays occidentaux. Juan Domingo Perón, en exil en Espagne, encourage dans un premier temps le mouvement des Montoneros qui se réclame du péronisme de gauche. Le vieux leader (78 ans) est finalement réélu triomphalement à la présidence en septembre 1973 avec 62% des voix et se retourne alors contre les Montoneros. À sa mort, le 1er juillet 1974, sa troisième épouse, Isabelita, lui succède. Dépourvue de charisme et déboussolée par la dégradation de l'économie, elle appelle au ministère de l'Économie le libéral Celestino Rodrigo qui impose le 4 juin 1975 des mesures de rigueur extrême, le rodrigazo (dévaluation de 150%, doublement des prix des services publics et des transports, augmentation des salaires de 45%). Il s'ensuit une crise sociale qui débouche sur le coup d'État du général Videla le 29 mars 1976.

Commence l'ère sinistre de la dictature qui se soldera par environ vingt mille « disparus » victimes d'exécutions sommaires et la fuite de deux millions d'Argentins. Les militaires tombent à leur tour après leur défaite dans la guerre des Malouines en 1982.

Le 10 décembre 1983, les premières élections démocratiques après la chute de la dictature portent à la présidence le radical Raúl Alfonsín. Il mène une politique d'apaisement mais l'aggravation des difficultés économiques et une inflation à... 4 chiffres (3000% en 1989) l'obligent à se retirer au profit de Carlos Menem, élu le 14 mai 1989.

Le nouveau président, bien qu'il se réclame du péronisme, sabre les services publics et tente de libéraliser l'économie. Il crée une zone de libre-échange avec le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay en 1991 puis, l'année suivante, afin de lutter contre l'hyperinflation, aligne le cours du nouveau peso argentin sur le dollar étasunien.

La privatisation du secteur public se solde par de graves secousses sociales. Pour ne rien arranger, Carlos Menem s'attire la vindicte d'une partie de l'opinion suite à l'amnistie des responsables de la dictature militaire en 1990. Après dix ans de présidence, obligé de quitter le pouvoir sous de graves accusations de corruption, Carlos Menem laisse le pays une nouvelle fois au bord de la banqueroute en 2001...

Victime au XXIe siècle d'une terrible crise de langueur, le pays, qui se flattait après la Seconde Guerre mondiale d'être le plus riche d'Amérique latine, est aujourd'hui devancé par son grand rival brésilien et quelques autres. En 2023, à la veille d'élections présidentielles qui pourraient signer l'acte de décès du péronisme, la pauvreté frappe 40% des Argentins et l'on compterait deux millions d'indigents. Affectés par l'absence d'emploi stable et l'insécurité, la majorité des jeunes rêvent d'Europe. Un désastre d'autant plus incompréhensible qu'il touche un pays magnifique, doté par la nature de magnifiques atouts et qui se flattait il y a un siècle de compter parmi les nations les plus riches de la planète.

Claudia Peiro (Buenos Aires) avec la contribution d'André Larané
Publié ou mis à jour le : 2023-11-22 20:28:48
El porteño (19-11-2023 21:13:50)

Bonjour, ayant séjourné à quelques reprises en Argentine, j’ai toujours entendu le chiffre de 30 000 disparus lors de la dictature de Videla comme chiffre de référence, ce qui selon moi fait consensus... Lire la suite

uruguayenne (19-11-2023 13:58:06)

L'indépendance de l'Uruguay date du 25 aoùt 1825. Carlos Gardel est né à Tacuarembó, Uruguay. Ce sont les argentins qui, ne pouvant dire qu'il est argentin, et ne voulant reconnaître qu’il était uru... Lire la suite

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