Buckingham (1592 - 1628)

Le « plus bel homme du monde »

Georges Villiers, 1er duc de Buckingham (1592-1628), par Paul RubensGeorges Villiers a vingt ans à peine quand il entre à la cour d'Angleterre et obtient la charge d'échanson royal, avec mission de servir à boire au souverain.

Celui-ci, Jacques Ier, s'ennuie auprès de son épouse Anne de Danemark et lui préfère la compagnie des jeunes nobles. Parmi ceux-ci, Georges Villiers, réputé le « plus bel homme du monde », ne tarde pas à gagner l'affection du roi, jusqu'à devenir le favori en lieu et place de Robert Carr, comte de Somerset. Le roi, en deux ans, l'élève à la dignité de comte puis premier duc de Buckingham et lord amiral.

Le nouveau duc introduit à la Cour des moeurs dissolues et une mode exubérante, avec cheveux longs et dentelles, qui scandalisent la bourgeoisie puritaine. Plus grave, il s'enrichit de manière scandaleuse.

En mars 1623, il est envoyé incognito en Espagne avec le prince de Galles pour négocier le mariage de celui-ci avec l'infante Marie-Anne, fille du roi Philippe III. En chemin, il s'arrête à Paris et s'émeut de la beauté de la reine Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII...

À Madrid, les négociations tournent mal car les Espagnols souhaiteraient profiter du mariage pour ramener l'Angleterre à la foi catholique. Quant à Buckgingham, il déborde d'arrogance et manque de diplomatie. De retour à Londres, il convainc le roi d'Angleterre de marier plutôt son fils à Henriette de France, fille d'Henri IV et soeur cadette du roi de France... Ce faisant, il va provoquer une guerre avec l'Espagne.

Deux ans plus tard, le prince de Galles devient roi sous le nom de Charles Ier. En mai 1625, Buckingham repart donc vers le continent, en grand équipage cette fois, afin de conclure son mariage.

À Paris, au mépris des convenances, il fait montre d'assiduité auprès de la reine. Informé par ses espions, le cardinal de Richelieu s'arrange pour faire partir en catimini Henriette vers l'Angleterre, accompagnée de sa mère Marie de Médicis et de sa belle-soeur Anne d'Autriche. Mais Buckingham arrive à les rattrapper à Amiens et, là, perdant la tête, se jette sur la reine et tente de la séduire. L'incident est heureusement étouffé. 

Le duc ne va pas s'en tenir là. Il va encore réussir à entraîner le roi Jacques Ier dans une guerre contre la France et son beau-frère Louis XIII. Son échec de l'île de Ré, devant La Rochelle, en 1628, met le comble à son impopularité. 

Voici ce qu'on peut entendre à son propos cette année-là :
Who rules the Kingdom? The King.
Who rules the King? The Duke.
Who the Duke? The Devil.


« Qui dirige le royaume ? Le Roi.
Qui dirige le Roi ? Le Duc.
Qui dirige le Duc ? Le Diable. »

Le prétentieux Buckingham laisse complaisamment courir le bruit de ses bonnes fortunes avec l'infante Marie-Anne, qui deviendra finalement impératrice d'Allemagne par son mariage avec Ferdinand III, comme avec la reine Henriette de France et la reine Anne d'Autriche.

Le beau Villiers, que les Français appellent « Bouquincan », est poignardé par un officier puritain, Charles Felton, alors qu'il prépare à Portsmouth une nouvelle expédition sur La Rochelle. Ses restes sont inhumés à l'abbaye de Westminster, sous une pierre portant l'épitaphe équivoque « Enigma mundi ».

Dans ses Mémoires publiées en 1717, François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, écrit à son propos : « Buckingham disait qu'il avait aimé trois reines, et qu'il avait été obligé de les gourmer toutes trois ». Reprenant une invraisemblable histoire de ferrets que la reine Anne d'Autriche aurait offerts au duc, le romancier Alexandre Dumas s'est aussi fait l'écho, deux siècles plus tard, des turpitudes de Buckingham dans Les Trois Mousquetaires.

Alban Dignat

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Charles Ier Stuart
Publié ou mis à jour le : 2019-08-20 10:52:29

 
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