René Ier d'Anjou (1409 - 1480)

Le « bon roi René »

Seigneur fantasque et rêveur, politique malheureux, mécène avisé et diplomate affable, le duc René Ier d'Anjou, roi sans royaume, est le symbole attachant d'une France médiévale moribonde mais prospère et pleine de ressources.

Contemporain de Jeanne d'Arc, qu'il côtoie à Reims lors du sacre de Charles VII, René d'Anjou participe aux dernières opérations de la guerre de Cent Ans, fréquente Louis XI et voit la naissance de l'imprimerie. Il est aussi sans le vouloir à l'origine des guerres d'Italie et même du symbole le plus connu de la France gaullienne !

André Larané

Un héritier chanceux et bon vivant

Deuxième fils de Louis II d'Anjou et Yolande d'Aragon, René part pour la Lorraine afin d'être éduqué par son grand-oncle le cardinal Louis de Bar.

Ce mécène lui lègue le duché de Bar et arrange son mariage avec Isabelle de Lorraine. Il a onze ans, sa promise, environ vingt ans (certaines sources lui donnent dix ans au moment de son mariage). Le couple donnera le jour à neuf enfants.

En 1431, Isabelle hérite du duché de Lorraine mais un rival, Antoine de Vaudémont, revendique l'héritage. C'est le début des ennuis pour René d'Anjou qui est battu et capturé à Bulgnéville le 22 février 1431. Détenu à Dijon par le duc de Bourgogne, il ne sera libéré contre rançon qu'en 1437.

Entre temps, la mort de son frère aîné a ajouté à ses possessions le duché d'Anjou et le comté de Provence !

En dépit de ses déboires, le jeune duc devient l'un des plus puissants seigneurs du royaume. Il est par ailleurs le beau-frère et l'ami du roi de France Charles VII, lequel a épousé en 1422 sa soeur Marie d'Anjou et suit depuis lors avec tendresse les conseils de sa dévouée belle-mère, Yolande d'Aragon (8','','width=300,height=250'); return false;">*).

Chimère napolitaine

René Ier aurait pu en rester là mais voilà qu'une cousine, la reine de Naples Jeanne II, morte en 1435, lui lègue aussi son royaume, que se disputent différentes lignées européennes, avec le titre pompeux de « roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem » ! Le royaume de Naples, faut-il le préciser ? est à l'époque l'un des plus prospères d'Europe et sa capitale est une métropole culturelle riche et enviée.

Tandis qu'il se morfond dans sa geôle, sa femme Isabelle de Lorraine s'en va prendre possession du royaume que convoite également le roi d'Aragon, lequel a déjà repris la Sicile aux Angevins. Sitôt sorti de prison, René prend à son tour le chemin de Naples avec une troupe qu'ont dû financer ses braves sujets provençaux.

Les choses prennent mauvaise tournure. Battu en 1442 par le roi Alphonse V d'Aragon, René retourne en France sans pour autant renoncer officiellement à son titre royal. Il restera pour tous le « roi René ».

Marguerite et les deux Roses

À son corps défendant, le roi René va être impliqué dans la guerre des Deux Roses, en Angleterre, par le biais de sa deuxième fille Marguerite d'Anjou, née en 1422, l'année de ses 14 ans. Mariée au roi d'Angleterre Henri VI de Lancastre, Marguerite va être entraînée dans la furieuse guerre entre les Lancastre et les York.

Elle est emprisonnée à la tour de Londres cependant que son fils Édouard puis son mari sont assassinés. Louis XI négocie sa libération après avoir obtenu d'elle qu'elle renonce à ses droits sur l'Anjou et le Maine. Elle est recueillie par son père qui lui abandonne le manoir de Reculée, à Angers, et s'éteindra le 20 août 1482 au manoir de Morains, à Dampierre-sur-Loire.

Conseiller discret et bienveillant

Homme de la Renaissance, le roi René, qui parle cinq langues, est apprécié des Italiens comme des deux papes en concurrence au début du XVe siècle. Il contribue à la résolution du Grand Schisme d'Occident.

De retour à la cour de France, le duc et roi soutient également son beau-frère Charles VII dans l'administration du royaume capétien et prend une part active aux négociations franco-anglaises de Tours, en 1444, qui préparent la fin du très long conflit qui nous reste connu sous le nom de « guerre de Cent Ans ». Il est le seul des grands féodaux à rester fidèle au roi Louis XI, son neveu, lorsqu'éclate la rébellion de la « Ligue du Bien Public ».

Farniente provençal

Après la mort de sa femme, il doit renoncer au duché de Lorraine. Dégoûté de la guerre, qui ne lui a apporté que des déceptions, il se remarie en 1454 avec Jeanne de Laval (21 ans) et s'établit à Saumur, puis à Aix. Sur les bords de la Loire comme en Provence, il multiplie les jardins, les ménageries de bêtes sauvages et les résidences de plaisance ; il se passionne pour la chasse et les tournois dont il fixe les règles dans un célèbre traité, le Livre des tournois ; il se voue aussi à la poésie et à la peinture.

Le duc commande à des architectes italiens l'élégant manoir de Launay, dans le val de Loire. Pendant l'été 1446, il y donne 40 jours de fête. C'est le plus grand tournoi du siècle !

René coulera les dix dernières années de sa vie au milieu d'une cour raffinée, pleine d'artistes et de poètes, à Aix, dans son comté de Provence.

Le retable de la Vierge au buisson ardent

En Provence, René fait la fortune du peintre Nicolas Froment, lequel le représente avec son épouse sur le magnifique retable à trois panneaux de la Vierge au buisson ardent, que l'on peut admirer aujourd'hui dans la cathédrale d'Aix-en-Provence.

Legs fatal

Louis XI, fils et successeur de Charles VII, s'étant approprié les duchés de Bar et d'Anjou, René Ier obtient qu'ils lui soient rendus. Mais le roi lui impose en contrepartie de léguer la Provence à son neveu le comte Charles V du Maine, un prince maladif et sans enfant, plutôt qu'à son petit-fils René II de Lorraine. Grâce à quoi Louis XI réunira la Provence à la France dès 1482, après la mort de René et du comte du Maine !

Le roi de France héritera aussi du titre de roi de Naples, un legs symbolique mais lourd de conséquences... Dix ans plus tard, son fils et successeur Charles VIII reprendra en effet à son compte les revendications des Angevins sur le royaume de Naples. Il en découlera un demi-siècle de guerres d'Italie !

René Ier n'en a cure. Mort en 1480, il est inhumé dans la cathédrale d'Angers, à côté de sa mère, Yolande d'Aragon, et de sa première épouse, Isabelle de Lorraine.

Pour ses sujets provençaux, peu rancuniers en dépit des impôts dont il les a accablés et de leur indépendance qu'il a sacrifiée, René Ier d'Anjou restera à jamais le « Bon Roi René ». De célèbres et succulents calissons en cultivent le souvenir à Aix.

Les tribulations d'une croix

Par son premier mariage avec Isabelle de Lorraine, en 1420, René Ier d'Anjou a fait de l'emblème de son duché celui de la Lorraine.

Les armoiries du royaume de Hongrie sous la dynastie angevine (XIIIe siècle)Il s'agit d'une croix à deux barres horizontales inégales dont la plus courte rappelle l'écriteau fixé sur la croix du Christ.

Appelée croix archiépiscopale en héraldique, elle a connu une grande fortune en Europe centrale et figure encore parmi les armoiries de la Hongrie. 

Les Angevins l'ont adoptée quand Charles-Robert d'Anjou-Sicile a reçu la couronne hongroise en 1308.

Après la rétrocession par René Ier de la Lorraine à son petit-fils René II en 1477, la croix d'Anjou et de Lorraine n'a bientôt plus été appelée que « croix de Lorraine ».

Elle a connu une nouvelle notoriété lorsqu'à Londres, pendant la Seconde Guerre mondiale, le vice-amiral Émile Muselier en a fait le symbole de la France libre et du camp gaulliste en hommage à son père, de souche lorraine.


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Publié ou mis à jour le : 2020-01-13 12:44:52

 
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