Kubilaï Khan (1215 - 1294)

Le Mongol qui se fit empereur de Chine

Kubilaï Khan (忽必烈naît en 1215. L’année de sa naissance est aussi celle de la prise de Pékin par l’armée de son grand-père Gengis Khan. En prenant officiellement en 1276 la direction de l'immense empire chinois, il  fonde la première dynastie chinoise d'origine étrangère, la dynastie Yuan. Ce faisant, le guerrier mongol passe sans remords de la steppe d’Asie centrale aux riches métropoles des provinces maritimes et rejeté le nomadisme de ses ancêtres mongols au profit du sédentarisme chinois.

Aurélien Bellucci

De la Mongolie à la Chine

À vingt ans à peine, en 1236, son oncle Ogodeï – troisième fils et successeur de Gengis Khan – octroie à Kubilaï le gouvernement de Xingzhou, situé dans la région actuelle du Hebei, en Chine.

Le grand khan Koubilai Khan (23 septembre 1215 -18 février 1294)Pendant plusieurs années, Kubilaï demeure à l’écart des guerres de succession fratricides de son clan, s’adaptant aux mœurs chinoises et préparant sereinement son ascension. C’est dans son fief qu’il commence à s’entourer de fonctionnaires chinois, dont les compétences administratives sont fondamentales pour son règne, ses sujets mongols étant en revanche de meilleurs guerriers.

En 1251, Möngke succède à Ogodeï et devient Grand Khan. Avec cette élection, le destin de toute la branche cadette des successeurs de Gengis Khan – les fils de Tolui, c’est-à-dire Möngke et Kubilaï, mais aussi Hulagu et Arigh Bokë – est bouleversé.

Les quatre frères doivent alors consolider leur pouvoir en prouvant leurs qualités guerrières dans la tradition mongole.

Möngke envoie son frère étendre leurs possessions vers la Chine du Sud, où les représentants de l'ancienne dynastie Song résistent à la pénétration mongole. Leur détermination n’empêche pas Kubilaï de remporter de franches victoires, entre autres contre le royaume de Dali, en 1252, qui offre un accès à l’Annam.

Fort de son nouveau statut de frère du Grand Khan – et de potentiel successeur – Kubilaï entreprend la construction d’un « fastueux palais » qui fera encore rêver le poète anglais Coleridge cinq siècles plus tard.

Cette nouvelle capitale du nom de Shangdu n’a rien à envier à la vieille Karakorum, centre politique de l’empire mongol, ce qui n’est pas sans susciter quelques jalousies de la part de ses frère Möngke et Arigh Böke.

Ce dernier veille sur Karakorum car, comme le veut la tradition mongole, c’est le plus jeune frère qui s’occupe de la terre des ancêtres pendant que ses aînés guerroient aux quatre coins de l’empire, ce qui attise chez Arigh Böke une ambition concurrente de celle de Kubilaï.

Koubilai Khan à la chasse (manteau blanc, cheval noir), peinture chinoise classique (baidu)

La difficile succession du Grand Khan

Vaillant conquérant, Möngke menace sérieusement l’empire des Song du Sud. Il s’empare de villes importantes telles que Chengdu en 1258, sans toutefois réussir à défaire ses ennemis jurés. Le Grand Khan épuise son armée dans la province de Chongqing, échoue lors du siège de Hozhou et s’éteint à la fin de l’année 1259.

Arigh Bokë veut alors en découdre avec son frère Kubilaï pour prendre seul les rênes de l’empire mongol. La tradition veut que le Grand Khan soit élu. Or, l’élection doit avoir lieu sur les terres des ancêtres mongols, dans lesquelles Arigh Bokë est bien installé, au détriment de Kubilaï qui s’est exilé en terre chinoise. Les élections (khuriltai) se traduisent par la scission de l’empire en deux blocs politiques et se soldent par deux victoires !

Réunis dans la lointaine province de Kaiping, les partisans de Kubilaï Khan l’élisent Grand Khan le 5 mai 1260 ; ceux d’Arigh Bokë l’élisent aussi Grand Khan un mois plus tard, mais en terre mongole, avec une légitimité supérieure.

Féroce, la guerre entre les deux frères ennemis reprend et va s’apaiser seulement avec le trépas d’Arigh Bokë, en 1266. Kubilaï n'est pas sorti d'affaire pour autant. Il doit encore affronter les Song du Sud qui parviennent à organiser des trahisons dans sa haute administration chinoise : les proches conseillers Li Tan et Wang Wentong changent de camp et une grande révolte éclate en 1262.

La Chine au sud du fleuve Yangzi est de loin, comme aujourd’hui, la partie la plus riche et la plus prospère de la Chine : les Song du Sud sont riches, influents et comptent cinquante millions de sujets contre à peine dix millions au Nord. Leur capitale Hangzhou (Hang-Chéou), surnommée la « Venise chinoise », est selon Marco Polo, « la plus grande ville qui soit au monde et la plus noble ». 

Le démantèlement de l’empire mongol – conséquence des guerres de succession – conduit Kubilaï à se concentrer sur la Chine dès 1260. Cependant, en digne petit-fils de Gengis Khan, il doit sans cesse prouver sa légitimité guerrière à l’aristocratie mongole qui évalue le prestige du chef selon l’étendue de ses conquêtes ; de la même manière, le rayonnement du peuple chinois repose sur la gloire d’un empereur auquel les barbares doivent faire allégeance. C'est pourquoi il n'aura de cesse de poursuivre ses campagnes militaires.

L'empire chinois sous la dynastie mongole des Yuan (XIIIe siècle)

Pénible réunification de la Chine

Une dizaine d’années plus tard, Kubilaï déplace sa capitale à l’emplacement de la capitale contemporaine, Pékin : les Mongols la nomment alors « Khanbalik » (ville du Khan) – « Cambaluc », comme le rapporte Marco Polo – et les Chinois « Dadu » (grande capitale). Une nouvelle ère est proclamée en 1271 : celle des Yuan. Kubilaï devient dès lors empereur de Chine, mais la résistance opiniâtre des Song limite l’exercice de sa souveraineté.

En mettant en place un gouvernement constitué d’administrateurs chinois, mongols et autres étrangers compétents, tibétains ou turcs, il assoit son pouvoir tout en se disposant à donner l’estocade aux Song. Les combats sont d’une violence inouïe car la résistance est tenace. 

Le 11 février 1276, les Mongols entrent à Hangzhou. Le dernier empereur Song, qui n'est encore qu'un enfant, Gongdi, abdique. Kubilaï se contente de l'envoyer finir ses jours dans un monastère tibétain. Là-dessus, il reçoit le grand sceau de l'empire qui fait de lui le souverain légitime de toute la Chine. Néanmoins, il faudra encore de nouvelles campagnes avant que les derniers Song ne se soumettent en 1279.

Au nord, Kubilaï impose un tribut à la Corée en 1273 et lui octroie en retour une aide économique. Cette aide chinoise excède le tribut coréen, lequel a une valeur exclusivement symbolique : la Corée est dès lors vassale de la Chine. Le souverain coréen n’est pas déposé mais, outre le système tributaire, il doit accepter le stationnement de troupes mongoles sur son territoire et marier son fils à la fille de Kubilaï, ce qui permet à ce dernier d’avoir pour descendant le prince héritier de Corée.

L'empereur éprouve par ailleurs des échecs face au Japon, qu'il tente à deux reprises d'envahir en 1274 et 1281, et en Asie centrale où sa préférence pour la civilisation chinoise suscite des révoltes chez ses compatriotes mongols. Il échoue à soumettre la Cochinchine et la Birmanie et, en 1293, son expédition contre le royaume javanais de Majapahit tourne au désastre.

Retour de la prospérité

Kubilaï Khan rêve de souveraineté universelle mais, pragmatique et visionnaire, il concentre ses efforts en Chine et en Mongolie, terres d’un empire où il règne en maître incontesté dès 1279. Les longues années de conquêtes laissent cependant exsangues plusieurs provinces et les révoltes sont endémiques.

Kubilaï et son administration cosmopolite organisent de nombreuses réformes économiques et sociales. L’agriculture se développe avec l’abolition du fermage et l’installation d’une fiscalité régulière : les paysans acquièrent plus d'indépendance vis-à-vis des seigneurs locaux.

En protégeant les artisans et les marchands, Kubilaï s’écarte de ses prédécesseurs chinois – traditionnellement hostiles au commerce. De grands centres urbains apparaissent. Les matières précieuses sont convertibles en papier-monnaie dans tout l’empire, de sorte que les échanges sont grandement facilités.

L’économie chinoise prend un essor tel qu’une véritable paix sociale règne à l’intérieur des frontières. Quand Marco Polo arrive à Khanbalik, il est ébloui par les richesses de l’empereur qu’il qualifie de « plus puissant homme en gens, en terres et en trésors qui fut jamais au monde ».

L’empereur chinois, « Fils du Ciel », doit par ailleurs s’occuper des arts et des lettres ; Kubilaï s’en fait le protecteur jusqu’à sa mort, en 1294. Car si les Mongols accordent une grande importance à l’artisanat, les dynasties chinoises Tang et Song ont quant à elles mis les arts et les lettres au centre de leurs préoccupations. Grâce à Kubilaï, la peinture et le théâtre connaissent un nouvel Âge d’Or sous la dynastie des Yuan.

En abandonnant la tradition nomade de ses aïeux mongols et en s’attirant les faveurs de ses sujets chinois, Kubilaï Khan parvient à exercer sa souveraineté sur l’empire le plus peuplé, le plus vaste et le plus prospère de son époque.

L’étendue de son pouvoir est d’une démesure telle qu’il lui est cependant impossible de bâtir des fondations solides, de sorte que sa dynastie – comme celle de son grand-père – ne va pas durer cent ans, les Chinois reprenant rapidement le pouvoir que les Mongols leur ont confisqué : la dynastie Ming, proprement chinoise, succèdera à celle des Yuan en 1368.


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Histoire de la Chine
Publié ou mis à jour le : 2022-01-10 16:26:03

 
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