Le Grand Jeu - Officiers et espions en Asie centrale - Herodote.net

Le Grand Jeu

Officiers et espions en Asie centrale

Peter Hopkirk,  2011)

Le Grand Jeu

Le Grand Jeu, livre écrit en 1990 par le britannique Peter Hopkirk vient enfin d'être traduit en français, un peu à la va-vite d'ailleurs. Mais le manque de relecture de sa version française n'enlève rien à son intérêt.

Impossible de résumer en quelques lignes les nombreuses péripéties de la rivalité qui opposa les empires anglais et russe au XIXe siècle, et s'acheva avec la signature de la convention de Saint-Pétersbourg en 1907 lorsque les deux pays décidèrent de mettre fin à leurs différends coloniaux pour s'allier contre l'Allemagne.

Le Royaume-Uni redoutait que la Russie veuille envahir les Indes en passant soit par la voie maritime ou terrestre de la Perse, sur les traces d'Alexandre le Grand que Napoléon avait déjà envisagé de suivre après l'expédition d'Égypte, soit par les passes montagneuses d'Afghanistan ou du Pamir.

La Russie redoutait de son côté que le Royaume-Uni veuille assurer la protection de son empire indien en l'étendant au Nord jusqu'aux oasis de Boukhara, Samarkand et Khiva qui sont séparées de la Russie historique par des déserts.

Partage d'influence en Afghanistan

Aucune de ces deux craintes n'était totalement injustifiée : le Royaume-Uni voulait absolument contenir la Russie dans sa descente vers la Méditerranée par Constantinople et vers le Golfe persique par le Caucase, tandis qu'un général russe rappelait froidement que «sur 21 tentatives d'invasion des Indes, 18 avaient réussi» en passant la plupart du temps par la célèbre passe afghane de Khyber, ou demeurent les traces de leur séjour au Pakistan avec la religion musulmane.

Après de multiples d'incursions d'éclaireurs ou d'irréguliers chargés de cartographier les zones d'en face restées indécises et de négocier des accords plus ou moins équilibrés avec les potentats locaux, après les tentatives de chacun d'étendre sa zone d'influence par la conquête ou le protectorat, après 2 guerres anglo-afghanes, après l'annexion des khanats ouzbeks et turkmènes par la Russie, les deux protagonistes de cette guerre larvée finirent par s'entendre sur leurs zones d'influence respectives.

L'Afghanistan sous influence anglaise devint une zone-tampon qui se réduit à l'Est à une largeur de 15 kilomètres dans l'avancée du Wakhan, créée dans le massif du Pamir pour séparer les deux empires et assurer la jonction avec le territoire de la Chine.

Que retenir de toutes ces peines et tragédies, de tous ces exploits et désastres militaires successifs ? Le contour des pays en porte encore la trace, avec la remontée très loin au Nord dans les montagnes des territoires indien jusqu'à Gilgit et pakistanais jusqu'à Chitral, l'itinéraire de plus de 300 km qui les relie par des passes à plus de 3.000 m d'altitude ayant été le théâtre en 1895 d'«une des marches les plus mémorables de l'histoire», tandis que le tracé exact des frontières dans cette zone du haut Cachemire fait encore l'objet d'hostilités entre l'Inde, le Pakistan et la Chine.

Les noms de certains protagonistes demeurent dans la diplomatie d'aujourd'hui, comme celui de l'administrateur colonial anglais Durand (auteur du tracé de la frontière afghano-pakistanaise selon la «ligne Durand»), ou celui du vice-roi des Indes Lord Curzon (auteur ultérieur du tracé de la frontière russo-polonaise selon la «ligne Curzon»).

Erreurs à répétition

L'enseignement le plus clair de cette histoire compliquée est que l'Afghanistan est un pays facile à conquérir pour une armée européenne, mais impossible à occuper durablement par cette même armée contre laquelle la population et les chefs non ralliés finissent immanquablement par se retourner.

Malgré cette issue identique des 2 guerres anglo-afghanes du XIXe siècle et de la guerre russo-afghane de 1979, les Américains ont commis la même erreur en 2001 avec leurs alliés européens, en restant dans le pays au lieu de l'évacuer après y avoir renversé le pouvoir taliban.

On conseillera à ce propos la lecture d'un autre ouvrage récemment réédité, Le Royaume de l'insolence : l'Afghanistan 1504-2011 de l'Américain Michaël Barry , surprenante histoire d'un pays dans lequel la dynastie Durrani, fondée en 1747 après la mort de l'empereur perse Nadir Shah par un de ses généraux (à la manière des diadoques d'Alexandre le Grand), se maintint jusqu'en 1973 avec le roi Zaher Shah.

L'auteur y explique que l'Afghanistan est un pays montagneux trop pauvre pour vivre d'autre chose que d'activités douteuses comme la culture du pavot, le brigandage et le tribut versé par des pays étrangers.

Ces derniers, irrésistiblement attirés par sa position géographique au confluent des grands empires, permettent au pouvoir de rester en place tant qu'ils lui versent suffisamment d'argent à redistribuer, jusqu'à ce qu'il soit renversé par une nouvelle faction de brigands encore plus avides à satisfaire leur nouvelle clientèle.

Michel Psellos

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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