D'où venons-nous ?

La grande histoire génétique de l'humanité

Je vous propose une vidéo des grandes migrations de l’Homo Sapiens depuis son apparition en Afrique. Les cartes animées vont mettre en avant les évolutions des haplogroupes du chromosome Y transmis par le père (note). L’ADN autosomal et l’ADN mitochondrial (transmis par la mère) feront l’objet d’une étude à part.

Avant de commencer, je précise qu’il reste encore de grandes incertitudes sur ce sujet. En particulier, la chronologie proposée reste approximative, elle est juste là pour donner une idée. Par ailleurs les haplogroupes forment en réalité des mélanges complexes dans chaque région géographique et les cartes ne donnent qu’une idée de l’haplogroupe majoritaire. Aussi n'ai-je retenu que les migrations principales...

Vincent Boqueho
 

Tout commence  en Afrique

Cette histoire commence vers 275000 BP (avant le présent) : c’est dans les hautes terres au sud-ouest du Cameroun qu’apparaît le plus ancien haplogroupe Y de l’Homo Sapiens retrouvé à ce jour.

Outils en pierre provenant de Jebel Irhoud (Maroc) datés d'il y a 300 000 ans © Mohammed Kamal, MPI EVA Leipzig. Agrandissement : Mâchoire retrouvée à Djebel Irhoud datée d'il y a 300 000 ans © Jean-Jacques Hublin, MPI-EVA, Leipzig.Cet haplogroupe A se propage ensuite vers le Maghreb, ce qui est à peu près compatible avec les plus anciens restes archéologiques retrouvés à ce jour au Maroc qui remonteraient à presque 300 000 ans.

En parallèle, on observe une extension sur l’ensemble du Sahel, puis sur le reste de l’Afrique. Très vite, Homo Sapiens couvre l’ensemble du continent africain. Là encore, c’est à mettre en corrélation avec les premiers restes retrouvés en Afrique du Sud qui dateraient d’environ 260 000 ans.

- 100000 BP : apparition des plus anciens Africains ; Khoïsans et Pygmées

La situation évolue lentement par la suite : au nord, l’expansion de Sapiens est bloquée par Néandertal qui s’avère mieux adapté pour l’instant aux climats froids. Les évolutions génétiques finissent par donner naissance à l’haplogroupe B qui émerge il y a environ 100 00 ans vers l’actuel Ouganda. Les mouvements de population depuis cet endroit entraînent des brassages génétiques sur toute l’Afrique centrale, orientale et australe.

Ces haplogroupes originels se trouvent encore aujourd’hui chez de rares peuples comme les Pygmées de la forêt équatoriale et les Khoïsans des steppes d’Afrique Australe.

Pygmées de la forêt équatoriale. Agrandissement : San du Botswana.

- 70000 BP : nouvelles mutations et première sortie d'Afrique

C’est des plateaux d’Éthiopie que seront issus tous les autres haplogroupes à partir du A originel. C’est de là que se fait la première sortie visible d’Afrique par Homo Sapiens il y a environ 73 000 ans, sans doute par les détroits de Bab el Mandeb (au niveau de Djibouti). Il faut noter que des vestiges nettement plus anciens ont été retrouvés en Grèce et en Israël, mais ces premiers groupes d’Homo Sapiens n’ont laissé aucun héritage génétique.

Les mutations sont rapides à cette époque et entraînent l’apparition des groupes C, D, E et F. On constate une nouvelle migration de l’Éthiopie il y a environ 65 000 ans : cette fois elle se poursuit jusqu’à l’Asie Centrale en emportant le groupe C d’Iran avec elle. Ces Sapiens, au nombre de quelques centaines au maximum, croisent au Moyen-Orient le chemin de Néandertal, ce qui nous vaut d'hériter de quelques gènes de celui-ci. Ils rencontrent un peu plus loin son cousin, l’homme de Denisova ou Denisovien, qui domine l’Asie de l’Est.

- 60000 BP : Sapiens occupe l'Asie et se diversifie ; Dravidiens, etc.

La plus grande adaptabilité d’Homo Sapiens favorise son expansion rapide dans toute l’Asie il y a environ 60 000 ans : depuis les steppes du nord, les groupes C et D conquièrent le Japon, la Chine et toute l’Asie du sud-est. La progression vers l’Inde est plutôt due au groupe F implanté dans l’actuel Pakistan. C’est lui qui va engranger tous les haplogroupes suivants : le H en Inde qui deviendra caractéristique des Dravidiens, le G en Iran, et le IJK plus à l’ouest.

Peuples dravidiens et dravidiens mixtes de l'Inde, 1899, Augustus Henry Keane.Il est toutefois difficile de connaître les dates d'apparition des phénotypes actuels (blancs, noirs, jaunes, etc.) car les marqueurs utilisés (haplogroupes Y et ADN mitochondrial) ne donnent aucune information sur le phénotype qui peut évoluer de façon indépendante. On sait seulement que les Européens avaient la peau sombre et celle-ci s'est beaucoup éclaircie depuis 10000 ans alors même qu'ils portaient déjà l'haplogroupe I très présent aujourd'hui en Norvège. Par ailleurs, on a pu montrer que les populations d'Afrique du nord et d'Afrique subsaharienne avaient des ancêtres communs par la lignée masculine qui vivaient en Éthiopie il y a 20000 ans (haplogroupe E1b1 commun à ces deux groupes de population) : on peut donc imaginer que l'apparition du phénotype nigéro-congolais actuel s'est faite plus tard, mais sans certitude.

- 48000 BP : Australie et Japon sont atteints par des hommes venus d'Iran.

C’est vers 48 000 ans BP qu’a lieu une nouvelle vague de migrations remarquables depuis l’Asie Centrale qui concerne le groupe C. Au nord, le C1a gagne le Japon et toute l’Europe sans pour autant détrôner Néandertal. Au sud, le C1b marque le début de la présence humaine en Australie. Les premiers vestiges archéologiques semblent pour leur part remonter à près de 60 000 ans, ce qui n’est pas forcément incompatible au vu des incertitudes en jeu. L’Homo Sapiens vient alors de conquérir tout l’ancien monde habitable.

Aborigène australien. Agrandissement : Femme d'un chef en Papouasie-Nouvelle-Guinée.On remarque que l’Iran constitue alors un foyer majeur de migrations, sans doute parce que c’est par là que s’exerce la pression depuis le continent africain.

Il s'ensuit un nouveau flux, celui du groupe K2 qui s’impose en Asie Centrale et apporte une deuxième couche en Australie. Les Aborigènes actuels résultent de ce double héritage. L’éclatement du groupe K favorise ensuite son évolution en plusieurs haplogroupes distincts. En particulier, le bagage génétique des Papous de Nouvelle-Guinée date de cette époque.

D'autres populations issues du groupe C (hapologroupe C1a) s'établissent en Europe. Elles sont sans doute les auteurs de la plus ancienne œuvre d’art de l’humanité retrouvée, la grotte Chauvet, vers 35 000 ans BP.

- 30000 BP : peuplement de l'Europe et apparition des phénotypes actuels

Les scissions génétiques qui surviennent il y a 30 à 25 000 ans conduisent à l’apparition des derniers grands haplogroupes notés de L à T. La glaciation devient sévère à cette époque : le froid et l’aridité réduisent la démographie, ce qui facilite les remplacements génétiques. C’est notamment à cette époque que le groupe I s’impose en Europe. C’est aussi l’époque où le groupe O s’impose sur toute l’Asie de l’Est. Enfin le groupe Q gagne la Sibérie, ce qui va permettre la conquête d’un continent encore vierge : l’Amérique.

C'est dans cette période qu'apparaissent les différence de phénotypes actuelles (cheveux, couleur de peau, etc.).

- 24000 BP : peuplement de l'Amérique

Il y a environ 24 000 ans, la baisse du niveau des mers permet le franchissement à sec du détroit de Béring par le groupe Q qui va ensuite se retrouver longtemps bloqué par la calotte polaire. Par ailleurs, en cet âge froid et aride, les châteaux d’eau de l’Éthiopie et de l’Altaï se comportent comme des foyers majeurs de migrations.

Il y a 17 000 ans, le redoux postglaciaire devient suffisant pour faire fondre la calotte nord-américaine : c’est un boulevard qui s’ouvre pour le groupe Q qui conquiert en un instant tout le continent. Tous les Précolombiens d’Amérique centrale et australe conservent encore aujourd’hui l’héritage génétique de cette époque. Il faut noter que certains vestiges archéologiques semblent très antérieurs puisqu’ils remonteraient à plus de 33 000 ans : il est donc possible qu’une migration plus précoce ait eu lieu, mais elle n’a laissé aucune trace génétique.

Jeunes femmes mayas vêtues du vêtement traditionnel, département de Sacatepéquez, Guatemala Agrandissement : une famille réunie lors d'un fête chrétienne à Veraguas, Panama.

- 14000 BP : fin des glaciations et début du Néolithique

Il y a 14 000 ans, la glaciation est complètement achevée. Tandis que le groupe R originaire de l’Altaï gagne l’Europe, une nouvelle migration s’amorce depuis l’Éthiopie : celle des premiers Afro-asiatiques caractérisés par le groupe E1b1b. Ils redescendent le Nil avant de longer la côte jusqu’à l’Atlas.

Mais la période est surtout marquée par la révolution néolithique au Proche Orient. Le groupe G trouve un nouvel atout dans la maîtrise de l’agriculture tandis que le groupe J domine grâce à l’élevage. Ça favorise une expansion de ces populations.

Trois femmes Igbo en 1927 (ethnie du sud-est du Nigeria, Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale).  La langue igbo appartient à la famille nigéro-congolaise. Agrandissement : deux jeunes femmes appartenant  au groupe Les Esclaves, peuple autochtone des Premières Nations du groupe Déné, dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada.Vers 7000 av. J.-C., celle-ci se poursuit vers l’Europe par voie terrestre et maritime, puis vers l’Indus du côté est. En parallèle, l’optimum climatique permet le reverdissement du Sahara qui entraîne deux mouvements majeurs : d’une part les populations sémitiques associées au groupe J1 conquièrent toute la péninsule arabique. D’autre part les populations berbères qui portent le groupe E1b1b s’avancent jusqu’aux limites du Sahel. C’est peut-être ce qui pousse les Nigéro-Congolais du groupe E1b1a à entamer des migrations vers l’est.

Les bouleversements sont énormes, mais ce n’est pas fini : l’optimum climatique favorise aussi de nouvelles vagues vers l’Amérique. L’une d’elles correspond aux Paléo-Esquimaux qui conquièrent les régions arctiques jusqu’au Groenland. Une autre concerne les peuples dénés qui portent l’haplogroupe C2 et qui s’installent au nord-ouest du continent. Il faut aussi signaler que cette époque est marquée par la migration du groupe N depuis le nord de la Chine vers l’Altaï.

Cela nous amène en 3000 av. J.-C. qui marque le début de deux gigantesques épopées : d’abord celle des Indo-Européens du groupe R1b qui migrent vers l’Europe Occidentale, sans doute grâce à la domestication du cheval qui sera ensuite complétée par la métallurgie du bronze. Elle entraîne un flux plus méridional de l’Anatolie vers le sud de l’Italie qui concerne le groupe J2. D’autre part les Bantous du groupe E1b1a amorcent des migrations vers l’est, sans doute grâce à leur maîtrise de l’agriculture qui sera plus tard complétée par la métallurgie du fer.

- 2000 BP : migrations indo-européenes vers l'Europe

Femme atayal de Taïwan. Les Atayals parlent des langues du sous-groupe formosan des langues austronésiennes.Vers 2000 av. J.-C., la migration indo-européenne connaît un deuxième flux, cette fois associée au groupe R1a qui se répand jusqu’en Inde depuis la région des Pays baltes. Pour des raisons mal connues, le groupe N de l’Altaï amorce sa propre migration vers l’ouest jusqu’à atteindre la Finlande où il donne naissance aux Finno-Ougriens. Enfin, les Austronésiens exploitent leur grande maîtrise de la navigation pour s’implanter sur toutes les îles d’Indonésie depuis l’île de Taiwan.

Pendant ce temps-là, les Bantous poursuivent leur colonisation de toute l’Afrique orientale et australe. Au début de notre ère, la découverte de Madagascar par les Austronésiens entraîne une immigration massive depuis le continent. Mais le premier millénaire est surtout marqué par l’expansion des peuples turco-mongols notamment associés au groupe C2a. Ça finit par entraîner un nouveau mouvement de colonisation vers la Sibérie.

Femme kamtchadale (Extrême-Orient russe) avec ses enfans dans son habit ordinaire, Jean-Baptiste Tilliard, vers 1768. Agrandissement : Famille de l'ethnie selkoupe (Sibérie).Le bouleversement génétique le plus énorme se produit toutefois à partir de 1500 : il correspond à l’expansion européenne vers le reste du Monde. Tandis que l’ancienne population de l’Amérique et de l’Australie est décimée, les Russes se retrouvent peu à peu majoritaires dans toute la Sibérie.

C’est ainsi qu’on en arrive à la situation actuelle caractérisée par la domination de quatre principaux haplogroupes : le R essentiellement dû à l’expansion indo-européenne, le O qui est majoritaire dans toute l’Asie orientale, le E qui domine la quasi-totalité de l’Afrique, et le J qui domine le Proche et Moyen Orient.

Durée de résidence des peuples actuels

Parmi les peuples qui vivent présentement en Afrique, seule une poignée ont une installation qui remonte à plus de 70 000 ans : c’est le cas des Khoisans, des Pygmées et de certains peuples nilotiques. D'autre part, de toutes les populations issues de la première sortie d’Afrique, il n'y a plus guère que les Tibétains; les Birmans et les Dravidiens (Inde du sud) qui n'ont plus bougé depuis 60 000 ans.

Il y a 40 000 ans enfin,  les Aborigènes d’Australie et les Papous de Nouvelle-Guinée ont posé leur baluchon dans leur patrie actuelle sans connaître de flux majeurs par la suite.

À ces exceptions près, partout ailleurs, les migrations se sont poursuivies bien au-delà de cette date. Elles se font dorénavant en interne en Asie de l’Est, où le groupe O s’est imposé il y a 25 000 ans, et en Mongolie où s’est imposé le groupe C. En Europe, l'installation de certaines populations remonte aussi à cette époque. C'est le cas des Sardes, d' une partie des Scandinaves, et une partie des Serbo-Croates dont la langue slave est néanmoins beaucoup plus tardive.

La plupart des Américains d’ascendance précolombienne remontent à la grande migration postglaciaire d'il y a 17 000 ans. En Afrique du Nord ainsi qu'au Sénégal et au Mali voisins, c'est à la même époque que sont aussi installés les peuples actuels.

 Figurines d'animaux domestiques provenant de tombes de Kish (Mésopotamie), datées d'environ 2500-2300 av. J.-C. : de gauche à droite, une vache, un bélier et un porcin, Ashmolean Museum.

Après cela, de nouvelles migrations ont été induites par la domestication des animaux. Le peuplement de la Turquie et de l’Iran actuels date en grande partie de 7000 av. J.-C.. Le reverdissement du Sahara et de la péninsule arabique permet aussi leur repeuplement. C’est aussi l’époque où les Nigéro-Congolais gagnent toute l’Afrique Occidentale. Enfin de nouvelles migrations ont lieu vers l’Amérique du Nord.

La plus grande partie de la population d’Europe Occidentale remonte à 2000 av. J.-C., date d’expansion des Indo-Européens dans le secteur. Encore plus massive est la seconde vague indo-européenne, qui va de l'Europe orientale à l'Inde du Nord en passant par l’Ouzbékistan et l’Afghanistan. Les peuples actuels de ces régions en sont le fruit.

Berger Kazakh, son cheval et ses chiens. À la même époque, des populations venues de l’Altaï se fixent en Finlande et en Estonie cependant que les Bantous atteignent l’Ouganda. L'expansion bantoue va se poursuivre dans la majeure partie de l’Afrique centrale et australe vers 500 av. J.-C.

Le peuplement de Madagascar s’établit vers 500 après J.-C. et celui du Kazakhstan vers 1000. La Sibérie connaît un repeuplement peu après cette date d'où résultent les actuels peuples autochtones.

Enfin l’expansion européenne à partir de la Renaissance va définir la grande majorité du peuplement du continent américain, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, d’une petite partie de l’Afrique du Sud, et de la majeure partie de la Russie asiatique.


Publié ou mis à jour le : 2023-12-15 14:46:09
Osmane (26-03-2023 12:17:42)

très interessante etude mais qu'estce qu'un ha plogroupe? quelles en sont les caractéristiques? comment peut-on être certain que les hommes sont uniquement sortis d'Afrique? Peut-on faire des fouill... Lire la suite

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