France

La fête nationale du 14 juillet

Le 14 juillet est fête nationale et jour chômé en France, conformément à une tradition républicaine qui remonte à un peu plus d'un siècle, très précisément à juillet 1880.

C'est l'occasion d'un défilé militaire sur les Champs-Élysées en présence du président de la République et de tous les corps constitués ainsi que d'un feu d'artifice et de bals populaires dans toutes les villes (en certains lieux le 13 au soir, en d'autres le 14).

Fabienne Manière
Le 14 Juillet 1880, par Alfred Roll (esquisse à l'huile, 1881, Petit Palais, Paris)

Une difficile gestation

Tout commence le 14 juillet 1789 avec la prise de la Bastille, une manifestation qui a mal tourné. Des émeutiers parisiens, surexcités par l'hypothétique menace d'une attaque des troupes royales, vont chercher de la poudre et des munitions à la Bastille. Le gouverneur de la vieille forteresse, au lieu de résister comme il en a pleinement la possibilité, accepte de se rendre. Mal lui en prend. Ses hommes sont massacrés. Lui-même, blessé à l'épaule, traîné dans les rues, est achevé à coup de baïonnettes et sa tête plantée au bout d'une pique.

Malgré son caractère odieux, cette émeute prend aussitôt dans l'esprit des Parisiens figure de victoire sur le despotisme.  Un entrepreneur se hâte de détruire la Bastille sans en référer à quiconque et les pierres deviennent objet de collection et de culte...

Un an plus tard, les Français choisissent le premier anniversaire de ce jour pour célébrer le triomphe pacifique de la Révolution par une grande fête sur le Champ de Mars. Y participent dans l'enthousiasme 260 000 Parisiens ainsi que le roi, la reine et des délégués de tous les départements. Cette Fête de la Fédération consacre le succès éphémère de la monarchie constitutionnelle et l'union de tous les Français.

La célébration du 14 juillet est ensuite délaissée au profit de multiples commémorations révolutionnaires, par exemple l'anniversaire du 1er Vendémiaire An I de la République (22 septembre 1792). Sous l'Empire, on lui préfère la Saint Napoléon (15 août) ! Elle est enfin complètement  abandonnée sous la Restauration monarchique, de 1815 à 1848.

Le triomphe de la République

La rue Montorgueil le 30 juin 1878  (Claude Monet, musée d'Orsay, Paris)Sous la IIIe République, cependant, une nouvelle Chambre à majorité républicaine et non plus monarchiste est enfin élue en 1877. Le régime cherche dans la Révolution française une légitimité morale.

Il remet en vigueur les symboles de la Grande Révolution de 1789, en particulier la Marseillaise, hissée au rang d'hymne national, le Panthéon, nécropole des gloires républicaines, enfin la Fête nationale.

En 1878, le Président du Conseil Armand Dufaure organise une première célébration le 30 juin. Elle est immortalisée par le peintre Claude Monet (tableau ci-contre).

Enfin, le 6 juillet 1880, sur proposition de Benjamin Raspail, la Chambre des députés vote une loi ainsi libellée : « Article unique. - La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ».

Par prudence, le législateur ne fait pas plus référence à la prise sanglante de la Bastille qu'à la fête joyeuse de la Fédération, l'année suivante, apothéose de la monarchie constitutionnelle.

Henri Martin, le rapporteur de la loi au Sénat, ne se prive pas toutefois d'évoquer la fête de la Fédération qui, quatre-vingt-dix ans plus tôt, « a donné à la France conscience d’elle-même » selon ses propres mots.

Cette journée commémorative est préférée au 5 mai (1789, états généraux) comme au 20 juin (1789, serment du jeu de paume).

Dans les jours qui la précèdent, la Chambre des députés vote l'amnistie pour les condamnés de la Commune de Paris. Le député Victor Hugo déploie tout son talent oratoire au service de leur cause :

« Messieurs, le 14 juillet est une fête ; votre vote aujourd'hui touche à cette fête. Quelle est cette fête ? Cette fête est une fête populaire. Voyez la joie qui rayonne sur tous les visages, écoutez la rumeur qui sort de toutes les bouches. C'est plus qu'une fête populaire, c'est une fête nationale. Regardez ces bannières, entendez ces acclamations. C'est plus qu'une fête nationale, c'est une fête universelle. Constatez sur tous les fronts, anglais, espagnols, italiens, le même enthousiasme ; il n'y a plus d'étrangers. (...)

Eh bien, messieurs, ce jour-là, on vous demande de le célébrer de deux façons, toutes deux augustes. Vous n'y manquerez certainement pas. Vous donnerez à l'armée le drapeau, qui exprime à la fois la guerre glorieuse et la paix puissante, et vous donnerez à la nation l'amnistie, qui signifie concorde, oubli, conciliation, et qui, là-haut, dans la lumière, place au-dessus de la guerre civile la paix civile.

Messieurs, ce sera un double don de paix que vous ferez à ce grand pays : le drapeau, qui exprime la fraternité du peuple et de l'armée ; l'amnistie, qui exprime la fraternité de la France et de l'humanité. »

Lithographie évoquant la revue de Longchamp du 14 juillet 1880 (Centre historique des Archives nationales)

La revue de Longchamp

À l'occasion de cette première fête nationale, le 14 juillet 1880, le gouvernement prévoit un rituel similaire dans toutes les villes de France : concerts dans les jardins, décoration des places et des rues, feux d’artifice...

Mais la manifestation la plus spectaculaire se déroule sur l'hippodrome de Longchamp, près de Paris, devant pas moins de 300 000 spectateurs, avec une revue militaire et la remise de nouveaux drapeaux à l'armée par le président de la République Jules Grévy. C'est, notons-le, le premier président de conviction républicaine (après Louis-Napoléon Bonaparte, Adolphe Thiers et Patrice de Mac-Mahon) !

La lithographie ci-dessus montre ces festivités : le président Jules Grévy remet solennellement aux troupes les nouveaux emblèmes républicains qui sont encore les leurs. À ses côtés se tiennent le président du Sénat Léon Say (sous le dais), et le président de la Chambre Léon Gambetta (à droite du dais). Le voilier La Loire, en haut de l'image, évoque le retour de Nouvelle-Calédonie des amnistiés de la Commune. On reconnaît par ailleurs l'allégorie républicaine de Marianne à gauche et la Bastille à droite.

Un rituel patriotique et civique

Par le biais de l'instruction publique, année après année, les festivités du 14-Juillet et les autres rituels républicains ne tardent pas à s'ancrer dans l'imaginaire national, en concurrence avec les rituels religieux chrétiens.

Dans les campagnes et les petites villes, avant l'apparition de la télévision, on ne voit rien des défilés militaires de Longchamp et des grandes villes mais l'on retient du 14-Juillet le souvenir enchanté des bals populaires accessibles à tous, des feux d'artifice et des flonflons.

Quand survient la Grande Guerre, les festivités sont suspendues mais non les parades militaires. On s'en tient le 14 juillet 1915 au transfert des cendres de Joseph Rouget de Lisle aux Invalides. Le convoi militaire part pour la première fois de l'Arc de Triomphe de l'Étoile et descend les Champs-Élysées. L'année suivante, un défilé militaire rend hommage aux Invalides aux troupes étrangères venues combattre en France. Le 14 juillet 1917, alors que le moral chancelle et que des « mutineries » se font jour, un magnifique défilé militaire traverse la capitale et rend hommage aux poilus. Il a déjà presque un air de défilé de la Victoire... L'année suivante, il s'agit de célébrer l'arrivée des Sammies, les renforts américains. Et c'est enfin l'Armistice.

Le défilé de la Victoire, le 14 juillet 1919, à Paris (tableau de François Flameng, Musée de l'Armée, Paris)

Le comble de la ferveur patriotique est atteint le 14 juillet 1919, avec le défilé de la Victoire. Il n'est plus question comme précédemment de défiler à Longchamp. Les vainqueurs descendent solennellement les Champs-Élysées, de l'Arc de Triomphe à la Concorde. En tête du défilé viennent les « gueules cassées », sur des béquilles ou dans des chaises roulantes. Suivent les maréchaux à cheval...

Si les festivités du 14-Juillet reprennent dans toutes les communes de France, il n'en va pas de même du défilé militaire. Entre 1925 et 1928, il se réduit à une simple cérémonie place de l’Étoile. Puis l'on en revient à une parade militaire des Invalides à la Concorde. Les Champs-Élysées sont remis à l’honneur par le président Albert Lebrun en 1935 et de 1937 à 1939.

Pendant l'Occupation, de 1940 à 1944, les autorités de Vichy dédaignent de célébrer le 14-Juillet et c'est à Londres que se transporte le rituel républicain, sous l'égide du général de Gaulle. En France même, le 14 juillet 1942, à l'appel de la Résistance et de la BBC, plusieurs milliers de manifestants, en diverses villes de la « zone libre », conspuent le gouvernement de la Collaboration. Il s'ensuit des heurts avec la police. Deux femmes sont tuées à Marseille. L'année suivante, on signale des cortèges jusque dans les campagnes.

Les célébrations du 14 juillet 1944 à Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche)

Après la Libération et jusqu'à nos jours, le traditionnel défilé militaire va reprendre sur les Champs-Élysées, avec une brève interruption sous le mandat de Valéry Giscard d'Estaing qui, en 1974, décide de le déplacer dans les quartiers populaires de la capitale, entre les places de la République et de la Bastille.

Publié ou mis à jour le : 2019-07-30 09:18:46

 
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