La bataille des trois empires - Lépante, 1571 - Herodote.net

La bataille des trois empires

Lépante, 1571

Alessandro Barbero (Flammarion, 688 pages, 29 euros,  2012)

La bataille des trois empires

Né à Turin en 1959, l'historien Alessandro Barbero est un passionné d'histoire militaire mais aussi un grand conteur et un érudit incomparable.

Dans ce volumineux ouvrage, il nous raconte la bataille navale de Lépante, qui vit la défaite de la flotte ottomane face aux Vénitiens et aux Espagnols, à la manière d'une épopée. On pourrait y voir même quelques réminiscences de Guerre et Paix (Tolstoï).

Le récit débute par une page consacrée à la liste des protagonistes, comme dans une pièce de théâtre. Les chapitres débutent par une incise plus romanesque qu’universitaire ! Exemple avec le chapitre 25 : « Où don Juan arrive à Messine, l’escadre de Candie se fait attendre, mais arrive finalement elle aussi. Gian Andrea Doria se rend au rendez-vous en pensant à tout autre chose, et se rassemble enfin une flotte qui, de l’avis général, est bien plus puissante que celle du Turc ».

Chaque chapitre permet à l'auteur d'éclairer un côté obscur de l'Histoire. Dans le premier, par exemple, il nous fait vivre le trouble de l’ambassadeur de Venise Marcantonio Barbaro auprès de la Sublime Porte, le gouvernement du sultan Selim II.

Alors qu’on est encore en paix, en 1569, l’ambassadeur a l’impression que les Ottomans projettent de réarmer leur flotte mais il n’en a pas la preuve absolue et s’interroge sur les motifs éventuels de ce réarmement : aller au secours des morisques (musulmans) d’Espagne ou s’emparer de Chypre, possession vénitienne ?

Ses interlocuteurs le mènent en bateau (c’est le cas de le dire) jusqu’au moment où il ne fait plus de doute que l’arsenal de Constantinople, qui rivalise par ses dimensions industrielles, avec celui de Venise, est en pleine réactivation. Les Ottomans sont en train de reconstruire leur flotte de galères à rames, très vraisemblablement pour attaquer Chypre.

L’ambassadeur en avertir son gouvernement et la course au réarmement est relancée. Le gouvernement de la Sérénissime République s’en désole car Venise est un partenaire commercial avisé de l’empire ottoman comme auparavant de l’empire byzantin et il paraît peu croyable que le sultan, amoureux des plaisirs, des femmes et du vin, puisse se lancer dans une nouvelle guerre.

C’est néanmoins la réalité. D’un chapitre au suivant, Alessandro Barbero nous fait vivre la montée de la tension à travers les différents protagonistes. Le 28 mars 1570, le sultan somme Venise de lui livrer Chypre. C’est la guerre.

Le roi d’Espagne Philippe II, qui se présente comme un ardent défenseur de la chrétienté, est beaucoup plus que les Vénitiens prêt à la guerre. Il dispose d’une flotte de galères commandée par son demi-frère don Juan d’Autriche et de la flotte alliée de l’amiral génois Gian Andrea Doria.

C’est finalement le pape Pie V qui va décider les deux grandes puissances catholiques de la Méditerranée à unir leurs efforts contre le Turc dans une nouvelle croisade. De celle-ci se désintéressent les autres puissances européennes qui ont bien d’autres préoccupations avec les guerres de religion entre catholiques et protestants.

Enfin a lieu la bataille… Alessandro Barbero clô son récit de chair, d’émotions, de sueur et de sang sur les lendemains de la bataille, sans trop s’attarder à analyser ses conséquences géopolitiques.

On regrette que cette approche épique (et néanmoins rigoureuse) de l’Histoire ne soit pas accompagnée par des illustrations et des cartes (une seule carte en début d’ouvrage, représentant l’ensemble du bassin méditerranéen). Son prix (29 euros) l’eut pour le moins justifié.

André Larané

Voir : La flotte turque est détruite à Lépante

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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