Thucydide (460 av. J.-C. - 395 av. J.-C.)

L'inventeur de la guerre du Péloponnèse

Thucydide (465 à 395 av. J.-C. environ)Thucydide est un Athénien de l'époque classique, qui a entamé une belle carrière politique au service de sa cité, comme stratège. Un revers militaire lui ayant valu une condamnation à l'exil, il en a profité pour raconter les événements auxquels il a participé ou dont il a été le spectateur.

Il en a résulté un ouvrage magistral : La Guerre du Péloponnèse qui, pour la première fois, analyse la vie politique de façon rationelle et analytique, sans référence aux dieux ou à quoi que ce soit d'autre.

En cela, Thucydide peut être considéré comme le premier véritable historien, même si son objet d'étude se rapporte à une actualité brûlante et non au passé...

André Larané

Un regard perçant sur la démocratie athénienne

Né vers 465 av. J.-C., dans une riche famille de l'aristocratie athénienne, Thucydide appartient à la génération qui suit celle de Sophocle. Il assiste dans sa jeunesse à l'épanouissement d'Athènes sous la direction de Périclès, de 30 ans son aîné.

À la suite des guerres médiques, la cité est devenue une puissance impériale et domine le monde grec par sa flotte, ses ressources financières mais aussi le prestige de ses artistes, penseurs, et poètes. Pas moins de deux cents cités lui font allégeance et lui versent tribut au titre de leur appartenance à la Ligue de Délos.

La modernité athénienne attire des professeurs itinérants qu'Aristote désignera plus tard sous le nom de sophistes (de sophia, « sagesse »). Leur chef de file est Protagoras. Ils enseignent les vertus attendues d'un homme politique : savoir analyser une situation et savoir faire entendre raison à leurs concitoyens ; l'intelligence plus l'éloquence. Platon, plus tard, leur reprochera de s'en tenir aux moyens et d'ignorer les fins de l'action. 

Statue de Thucydide par Friedrich von Gärtner devant le portail d'entrée de la bibliothèque d'État de Bavière.Naturellement désireux de faire carrière en politique, le jeune Thucydide est sans nul doute sensible à l'enseignement des sophistes. Mais peut-être prête-t-il aussi l'oreille à l'enseignement de Socrate, de dix ans son aîné. En tout cas, il est pétri d'admiration pour le stratège Périclés, dont l'intelligence analytique et l'éloquence sont incontestables, et qui manifeste aussi une vision très claire de la destinée de sa cité. 

Mais les meilleures choses ont une fin. En 431 av. J.-C. éclate une grande guerre entre les cités grecques, les unes coalisées autour d'Athènes, les autres autour de Sparte (ou Lacédémone). Qui plus est, une épidémie de typhus ravage la cité (elle va emporter Périclès lui-même). Thucydide s'engage dans la guerre aux côté de Périclès.

Élu stratège en 424 du fait de ses attaches en Thrace où sa famille possède d'importants domaines, Thucydide est chargé de conduire une première campagne militaire mais celle-ci finit très mal : il ne peut empêcher la prise d'Amphipolis par les Spartiates et se voit condamné à l'exil.

Un vrai historien, attentif à la qualité des sources

Contraint à l'inaction en Thrace, jusqu'à son retour à Athènes en 404, il entreprend de faire le récit des grands événéments qui bouleversent le monde grec. Ce sera La Guerre du Péloponnèse. Il ne s'agit pas à proprement parler de journalisme car, s'il a le souci des faits et use de sa fortune pour voyager et rencontrer les protagonistes de la guerre, il a plus encore la volonté d'en saisir le sens caché et la cohérence.

Cela le conduit à trier les faits et les ordonner avec la plus extrême rigueur. Tout le contraire de wikipedia par exemple ! Afin de faire saisir au lecteur les intentions des protagonistes, il place dans la bouche de ceux-ci des discours fictifs par lesquels il leur fait dire ce qu'ils devaient penser et auraient pu dire, mais qu'ils n'ont jamais dit pour de vrai : « En ce qui concerne les discours que les uns et les autres ont prononcé à la veille de la rupture ou au cours des hostilités, il était difficile d'en donner le texte exact, aussi bien pour moi, lorsque je les avais personnellement entendus, que pour ceux qui me les rapportaient de telle ou telle provenance. J'ai prêté aux orateurs les paroles qui me paraissaient les mieux appropriées aux diverses situations où ils se trouvaient, tout en m'attachant à respecter autant que possible l'esprit des propos qu'ils ont réellement tenus » (traduction de Denis Roussel, édition La Pléiade, 1964).

Buste de Périclès portant un caque corinthien. Copie romaine en marbre d'après un original grec, Vatican, musée Chiaramonti.Tel discours, prêté à Périclès et par lequel l'homme d'État définit la démocratie, fait encore référence dans les cercles politiques européens : « L'État démocratique doit s'appliquer à servir le plus grand nombre ; procurer l'égalité de tous devant la loi ; faire découler la liberté des citoyens de la liberté publique. Il doit venir en aide à la faiblesse et appeler au premier rang le mérite. L'harmonieux équilibre entre l'intérêt de l'État et les intérêts des individus qui le composent assure l'essor politique, économique, intellectuel et artistique de la cité, en protégeant l'État contre l'égoïsme individuel et l'individu, grâce à la Constitution, contre l'arbitraire de l'État ».

Dès les premières pages de son oeuvre, Thucydide expose sa méthode, que ne renierait aucun historien contemporain : « Quant aux actions accomplies au cours de cette guerre, j'ai évité de prendre mes informations du premier venu et de me fier à mes impressions personnelles. Tant au sujet des faits dont j'ai moi-même été témoin que pour ceux qui m'ont été rapportés par autrui, j'ai procédé chaque fois à des vérifications aussi scrupuleuses que possible. Ce ne fut pas un travail facile, car il se trouvait dans chaque cas que les témoins d'un même événement en donnaient des relations discordantes, variant selon les sympathies qu'ils éprouvaient pour l'un ou l'autre camp ou selon leur mémoire ».

Cette capacité de synthèse vaut à Thucydide d'être considéré comme le premier historien digne de ce nom, son aîné Hérodote faisant plutôt figure de voyageur et géographe même s'il nous a légué le mot Histoire. Mais cette réputation lui est venue très tardivement ! Il a été dédaigné par les Grecs eux-mêmes, qui, d'ailleurs, n'ont jamais, comme lui, perçu les événements de 431 à 404 av. J.-C. comme relevant d'un seul et même conflit (Thucydide est dans la situation d'un contemporain qui aurait raconté les événements de 1914 à 1945 sous l'intitulé La Guerre mondiale). Les Romains de l'époque classique tel Cicéron et les Européens de la Renaissance l'ont eux-mêmes ignoré car il flétrissait l'image immaculée qu'ils se faisaient d'Athènes et de ses héros. C'est par les Anglo-Saxons, en premier lieu le penseur politique David Hume (1711-1776), qu'il a été redécouvert et hissé à sa juste place.

Louvre (Paris). Aile Lemercier, Le Fronton de la Loi. Le fronton curviligne « La Loi » se trouve à gauche de l’aile Lemercier. On retrouve de part et d’autre les bustes de Thucydide et Hérodote réalisés par Jean-Guillaume Moitte, XVIIIe siècle..

La guerre du Péloponnèse, une « invention » de Thucydide

Thucydide montre comment Athènes, puissance hégémonique, est conduite à faire la guerre aux cités rivales, conduites par Sparte et qu'inquiètent son hubris (démesure). C'est ce que le politologue Graham Allison a appelé « piège de Thucydide » (note). Son récit s'interrompt brutalement au milieu de la vingt-unième année, 410), peut-être du fait de sa mort. La suite nous est connue par le récit complémentaire d'un témoin indirect, non moins illustre, Xénophon. Celui-ci, après avoir conduit l'expédition des Dix Mille au coeur de la Perse, a écrit différents ouvrages dont les Helléiniques qui relatent l'histoire grecque durant le demi-siècle qui suit le récit de Thucydide, de 411 à 362 av. J.-C. 

Publié ou mis à jour le : 2021-01-21 10:52:24

 
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