Des Tang aux premiers Qing (618-1796)

L'Empire chinois dans toute sa puissance

Dans le monde chinois, la période de troubles et d'invasions entamée avec la chute des Han en 221 prend fin avec la réunification de l'espace chinois en 589 sous l'égide de la dynastie Sui, établie à Chang'an, actuelle Xi'an.

L'empire va dès lors connaître pendant douze siècles une lente mais irrésistible progression, seulement altérée par quelques jacqueries et les invasions mongoles et mandchoues. Le réveil sera brutal quand se présentera à la cour de Pékin une ambassade anglaise qui aura le front de réclamer la liberté de commerce et négligera de se prosterner devant le « Fils du Ciel » (surnom des empereurs chinois)...

La Chine classique, des Shang aux Tang

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À la haute Antiquité de la Chine, avec les Shang, succède l'époque féodale des « royaumes combattants » puis les empires de l'époque classique, des Han aux Tang...

Le renouveau Tang (618 à 907)

L'empereur Sui Yangdi, qui monte sur le trône en 605, tente de renouer avec la politique ambitieuse des Han. En Asie centrale, il réussit à soumettre les oasis du Tarim et développe les relations commerciales avec la Perse et l'Inde. Il transfère aussi la capitale de Chang'an à Luoyang, sur le Fleuve Jaune, et dans le même temps prolonge le Grand Canal, un projet pharaonique entamé mille ans plus tôt et destiné à établir une voie fluviale à vocation militaire (aujourd'hui long de 1800 kilomètres, il est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et sert avant tout au transport de marchandises).

Mais l'effort demandé aux Chinois s'avère trop pesant. Une fiscalité trop lourde, un échec militaire en Corée, une classe dirigeante corrompue ont raison de la faveur accordée au « Fils du Ciel ». En 618, un jeune ambitieux du nom de Li Shimin ouvre les hostilités avec le concours de quelques affidés turco-mongols. Le pâle successeur de Yangdi est mis à mort par ses propres subordonnés et le 4 septembre 626, Li Shimin peut monter sur le trône sous le nom de Taizong

Bodhisattva montrant la voie à une femme qui tient un brûle parfum dans sa droite et dans sa gauche une fleur de lotus, grotte de Dunhuang. Agrandissement : Apprêt de la soie par les dames de la cour, VIIIe s.,Boston, Museum of Fine Arts.Sous son règne et celui de ses successeurs, l'État se renforce. Il devient le seul émetteur de monnaie. L'empereur lance une réforme agraire au détriment des grands domaines monastiques bouddhistes, dont les terres échappaient jusqu'alors à l'impôt. Le système des examens impériaux permet de recruter le personnel administratif en se fondant sur des concours impartiaux et non sur la fortune ou la naissance, en adéquation avec le confucianisme, redevenu doctrine officielle de l'État. Le bouddhisme continue néanmoins de prospérer et de nouvelles religions comme le nestorianisme, le manichéisme et l'islam pénètrent en Chine sans toutefois faire beaucoup d'adeptes. 

Les arts et les lettres fleurissent. Les Chinois inventent aussi une forme d'imprimerie, à base de planches de bois gravées en relief, grâce à laquelle ils édite en 932-953 les Classiques confucéens. Le raffinement de la cour des Tang permet à la Chine d'exercer un ascendant culture et politique très fort sur le Japon et la Corée.

L'empereur Tang Xiazong (8 septembre 685, Luoyang ; 3 mai 762) L'empereur Taizong consolide par ailleurs les frontières en étendant son autorité jusqu'au Turkestan et en rattachant à l'empire l'ancien khanat des Turcs orientaux (l'actuelle Mongolie). La situation se dégrade après sa mort, sous le règne de sa favorite Wu Zetian. Celle-ci doit faire face à une révolte des Turcs orientaux cependant que les barbares tibétains se ruent sur le bassin du Tarim et enlèvent en 670 les « Quatre garnisons » stratégiques (Koutcha, Kachgar...). 

La dynastie atteint son apogée sous le règne de Xuanzong, qui monte sur le trône le 8 septembre 712 et va régner pendant quatre décennies. Il réussit à refouler les barbares des frontières mais son armée est défaite sur les bords de la rivière Talas (Kirghizie actuelle) en juillet 751 par une armée arabe alliée à des contingents tibétains. Pour les Arabes abbassides, Talas représente le point ultime de leur expansion vers l'Orient. À la même époque, en 732, leurs coreligionnaires occidentaux arrivaient à Poitiers au point ultime de leur expansion. On suppose que c'est à la suite de cette bataille que des Chinois, capturés par les Arabes, ont divulgué le secret de la fabrication du papier (dico).

L'empereur Xuanzong va connaître une fin dramatique suite à la rébellion d'un officier d'origine turque, An Lushan. En 755, celui-ci se proclame empereur et marche sur la capitale Chang'an. Il oblige l'empereur Xuanzong à s'enfuir puis abdiquer le 12 août 756. An Lushan lui-même est un peu plus tard tué par son propre fils et les Tang reprennent l'initiative en 763 avec le concours des barbares Ouïgours. Mais tout a changé. La révolte a entraîné l'empire dans la ruine et l'anarchie, occasionnant des millions de morts. Après le recensement de 754, qui évaluait la population de la Chine à 52 millions d'habitants, celui de 834 n'en relève plus que 30 millions.

Au début du Xe siècle, la dynastie Tang s'effondre, en butte aux révoltes populaires et surtout aux poussées de ses voisins, les nomades turcs et ouïgours. La période de chaos qui s'ensuit, surnommée période des Cinq dynasties et des Dix États, prend fin grâce au charisme d'un guerrier, qui devient empereur sous le nom de Song Taizu et fonde la dynastie des Song.

La rébellion An Lushan (755-763)

Les Song et le retour à la tradition (960 à 1276)

La Chine des Song donne naissance à une civilisation florissante qui utilise l'imprimerie et le papier-monnaie, invente la poudre et valorise la littérature et la peinture. Cependant, les Song ne dominent pas l'intégralité de l'empire des Tang. Ils gouvernent la Chine au sud du Fleuve Jaune à partir de leur capitale, Hangzhou, au sud du delta du Yangzi Jiang, le Fleuve Bleu, tandis que deux autres États occupent le Nord et l'Ouest de la Chine.

C'est donc à une Chine tricéphale que s'attaque le terrible Gengis Khan au début du XIIIe siècle. Dans un premier temps, les Mongols dévastent Pékin, la capitale du Nord, mais se gardent d'attaquer le Sud, encore trop  gros. L'empire Song est en effet bien plus riche et plus peuplé que le Nord, avec cinquante millions de sujets contre dix millions au nord du Houang He.

C'est au petit-fils du conquérant, Kubilaï Khan, qu'il reviendra d'achever la conquête. Il s'empare de Hangzhou, la prestigieuse capitale des Song et le 11 février 1276, la dernière impératrice Song lui remet le grand sceau de l'empire qui confirme sa nouvelle légitimité.

Exit les Song, donc, remplacés par la dynastie mongole Yuan.

Les Yuan, plus chinois que mongols (1260 à 1368)

L'empereur mongol Kubilaï Khan réunifie la Chine et installe sa capitale à Pékin qu'il fait renaître de ses cendres. Bien qu'il soit le premier étranger à régner sur la Chine, il respecte ses coutumes, tout en valorisant le bouddhisme plus que les autres philosophies. La Chine s'ouvre à nouveau aux échanges avec l'Occident. Marco Polo y est reçu très courtoisement.

Néanmoins, la fierté chinoise s'accommode mal d'un souverain étranger...

Li Xian ou Li Tieguai, l'un des huit Immortels, dynastie Yuan, Ya Hui (ou Yan Hui rouleau mural), Taipei, musée national du Palais. Agrandissement : la Cité pourpre interdite, époque Ming, XVe siècle.La dynastie des Yuan est emportée en une quinzaine d'années suite à l'action souterraine d'une secte bouddhiste, le Lotus blanc, dans la région méridionale de Canton. Cette secte millénariste annonce la venue du Messie bouddhiste, le Meitreya, qui délivrerait la Chine des Mongols.

Parmi les chefs de bande qui se sont soulevés à son appel, le plus habile est Zhu Yuanzhang. Cet ancien bonze, fils de laboureur, l'emporte sur ses rivaux et soumet la Chine centrale. Il installe sa capitale à Nankin. Enfin, il monte sur Pékin à la tête de ses troupes et en chasse les Yuan.

Zhu Yuanzhang prend le nom de règne Hongwu et fonde la prestigieuse dynastie des Ming (ce nom veut dire « Lumière » en chinois mandarin ; c'est une référence à l'origine mystico-religieuse de la rébellion). Cette dynastie se veut proprement chinoise et non d'origine étrangère comme la précédente.

Pendant les trente années qui lui restent à vivre, Hongwu s'applique à restaurer les valeurs de la Chine traditionnelle et faire oublier l'intermède mongol. Il s'entoure de conseillers bouddhistes mais flatte les lettrés confucéens qui prônent une morale de la tempérance. Comme sa propre tempérance a des limites, il lui arrive à l'occasion de faire exécuter quelques-uns de ces conseillers ou lettrés.

Après l'éphémère règne de son fils aîné, c'est à son cadet, Zhu Di, qu'il revient de porter à son apogée la dynastie Ming et l'empire chinois sous le nom de règne Yongle.

Grandeur et décadence des Ming (1368 à 1644)

Né en 1360, Yongle accède au trône en 1403 aux dépens de son neveu. En vingt-et-un ans de règne, il porte la Chine à une dimension qu'elle avait rarement atteinte auparavant. C'est ainsi que le nouveau « Fils du Ciel » rétablit pour quelques années l'hégémonie de la Chine sur l'Annam (Viêt-nam actuel). Il prélève même un tribut sur le Japon.

L'empereur Ming Yongle (Zhu Di de son vrai nom) (2 mai 1360, Nankin ; 12 août 1424, Hailar, Hulunbuir)Dans son souci de mieux surveiller les frontières septentrionales et la Mongolie, il transfère sa capitale, en 1421, de Nankin à Pékin. Cette grande ville du nord était au siècle précédent la résidence des empereurs mongols.

Dans sa nouvelle capitale, Yongle entreprend de grands travaux. Il embellit l'ancienne résidence impériale, concevant une succession de palais et de jardins somptueux. Cet ensemble monumental prend le nom de « Cité violet-pourpre interdite » (en chinois Tseu-kin-tcheng). Son nom fait allusion à la couleur théorique de l'étoile polaire qui est au centre du monde céleste comme la Cité interdite est au centre du monde terrestre (d'après l'historien René Grousset, Histoire de la Chine).

En matière culturelle, l'empereur, bouddhiste lui-même, ordonne de compiler tous les textes de l'école néo-confucéenne. En 1416, il décide que ceux-ci constitueraient désormais la base de l'enseignement.

Yongle ne s'en tient pas là. Pour consolider son empire, développer le commerce avec les autres pays et faire reconnaître sa dynastie par un maximum de souverains étrangers, il organise d'extraordinaires expéditions maritimes qui, malheureusement, resteront sans lendemain.

Le conservatisme néoconfucéen reprend le dessus dans l'administration chinoise cependant qu'à la cour de Pékin, les successeurs de Yongle s'amollissent et se laissent chambrer par la camarilla des eunuques.

Cavalier mongol, miniature du XVe-XVIe siècle, dynastie Ming, Londres, Victoria and Albert Museum.En Mongolie, le khan Yésen se montre de plus en plus revendicatif et réclame la main d'une infante chinoise. Ne l'obtenant pas, il commence à ravager les régions frontalières. L'empereur Yingson marche à sa rencontre avec son armée.

L'affrontement, le 8 septembre 1449, se solde par une lourde défaite. Cent mille cadavres chinois, dit-on, pourrissent dans les gorges de Tumu et l'empereur lui-même est capturé. Le khan assiège Pékin mais, ne parvenant pas à prendre la ville, se résout à traiter avec les Chinois. Il libère l'empereur et fait la paix en 1453...

Un siècle plus tard, nouvelle alerte. Un autre chef mongol, Altan, arrive aux portes de Pékin. Dans le même temps, les Ming voient émerger un nouveau péril avec l'irruption sur leurs côtes des pirates japonais ! Certains remontent même le Yangzi Jiang jusqu'à Nankin en pillant les alentours.

Portrait de l'empereur Manli, dynastie Ming.L'empereur Wanli, au pouvoir de 1572 à 1620, doit même faire face à une tentative d'invasion par le Japon lui-même, alors dirigé par l'énergique Hideyoshi. Ce dernier, informé de l'état de déliquescence de la Chine, débarque une armée de 200 000 hommes en Corée, entre à Séoul le 12 juin 1592 et se dirige vers la Mandchourie. Mais la résistance coréenne laisse aux Chinois le temps de se ressaisir et les Japonais finissent par rembarquer... Ils patienteront trois siècles avant de renouveler la tentative, avec plus de succès !

Survient enfin une nouvelle menace avec l'irruption des Portugais. En 1511, l'amiral Albuquerque s'était emparé de Malacca, porte d'entrée sur l'Extrême-Orient. Les commerçants portugais, en quête d'épices, obtiennent en 1557 de s'installer à Macao, à l'entrée de la rivière de Canton, la rivière des Perles (Yue Jiang). Dans leur foulée arrivent les missionnaires jésuites.

L'armée de Guyuan (région du Níngxià), vers 1575.

Le 4 janvier 1601, le jésuite italien Matteo Ricci est autorisé à entrer à Pékin et il écrit à l'empereur Wanli en faisant valoir son expertise, car d'ores et déjà, l'Europe a pris le dessus sur la Chine et le reste du monde en matière scientifique : « Votre humble sujet connaît parfaitement la sphère céleste, la géographie, la géométrie et le calcul. À l'aide d'instruments, il observe les astres et sait faire usage du gnomon ». 

La Chine prend alors conscience qu'elle n'est plus isolée au centre du monde. Mais rien n'y fait. Incapable de se réformer, la société Ming reste attachée à ses traditions et à son académisme, brillant il est vrai. 

Les meilleures choses ont une fin. Le 3 avril 1644, le dernier empereur de la dynastie Ming, Tchouang-lie-ti (ou Chongzhen), se pend dans la Cité interdite de Pékin tandis qu'un chef de brigands entre dans la capitale chinoise. Les farouches Mandchous du nord arrivent à leur tour sous le prétexte de secourir les armées impériales. Ils en profitent pour éliminer les Ming et fonder leur propre dynastie sous le nom de Qing. Elle durera jusqu'à la fondation de la République chinoise.

L'Académie Hanlin, 1744-1745, Paris, musée Cernushi. Peinture monumentale créée pour commémorer le banquet donné par l’empereur Qianlong en 1744, à l’occasion de la rénovation architecturale de l’Académie Hanlin, l’une des institutions fondamentales de la Chine impériale.

Les premiers Qing, des barbares de bon aloi (1644 à 1796)

Très vite, la dynastie Qing consolide son assise et l'empereur Kangxi, son plus  illustre représentant, va porter la Chine à sa plus grande extension. Contemporain de notre Roi-Soleil, il règne en personne de 1667 à 1722. Par ses campagnes militaires, il soumet le Tibet et la Mongolie intérieure ; il récupère l'île de Formose (Taiwan) ; il impose à la Mongolie extérieure un serment de fidélité, à défaut d'une complète soumission (c'est pourquoi cette région constitue encore aujourd'hui un État indépendant, sous le nom de Mongolie). Il contient aussi les Russes, en voie d'expansion, au-delà du fleuve Amour.

L'empereur Yongzheng et son fils Hongli, vers 1736, Pékin, musée du Palais. Agrandissement : l'empereur Qianlong en costume de lama, vers 1758, Pékin, musée du Palais.Après le règne falot de son fils Yongzhen, le trône mandchou est relevé par son petit-fils Qianlong (1735-1796). L'empereur assure la sécurité de la Chine en vassalisant tous les pays voisins, y compris la Birmanie. Il met fin à l'intérieur à l'accaparement des terres par les princes, les courtisans et les fonctionnaires et opère une vaste redistribution de ces terres ainsi que des propriétés impériales aux fermiers qui les exploitent.

Ces mesures, conjuguées à un léger réchauffement climatique et de meilleures récoltes, entraînent une hausse rapide de la population, signe évident de prospérité : d'après les recensements officiels, la population chinoise passe de 60 millions en 1578 à 105 millions en 1661, 182 millions en 1766 et 330 millions en 1872.

L'empereur, comme son grand-père, apprécie la compagnie des jésuites mais, irrité par l'attitude du Saint-Siège relativement à la « Querelle des rites », il n'en interdit pas moins le christianisme par l'édit du 24 avril 1736.

À l'autre extrémité du monde, les Européens des Lumières ne s'y trompent pas. Ils se prennent de passion pour cet empire policé, riche et puissant, qui ne doit rien au christianisme et semble fondé sur la raison et le droit naturel (Jacques Gernet). Ils raffolent aussi des « chinoiseries » : soieries, porcelaines, laques, etc. Les Anglais, quant à eux, découvrent le thé et en deviennent de fervents consommateurs...

Las, le thé est acheté en Chine à prix d'argent sans que les Anglais puissent offrir aux Chinois une contrepartie commerciale attractive ! Jusqu'au jour où certains commerçants peu scrupuleux de la Compagnie des Indes occidentales ont l'idée d'expédier en Chine l'opium cultivé en Inde. C'est un succès. Voilà qui pourrait compenser les achats de thé. Reste à convaincre la Chine d'ouvrir ses ports aux navires anglais. Ce sera l'objet de l'ambassade Macartney en 1793. Du fait de l'arrogance anglaise, elle se soldera sur un énorme malentendu et c'en sera fini de la « sinomania » européenne.

Au siècle suivant, la Chine apparaîtra comme un État rétrograde et arriéré qu'il importera de « civiliser » et convertir aux vertus du libre-échange. Les successeurs de Qianlong, faute d'armements et d'industries, seront incapables de relever l'affront et, de fait, la Chine deviendra un État rétrograde et arriéré. Il faudra attendre la toute fin du XXe siècle pour que change le regard des Occidentaux et des Chinois eux-mêmes sur le « pays du Milieu ».       

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-01-12 18:16:13

 
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