17 avril 1895

La Chine s'incline devant le Japon à Shimonoseki

Le 17 avril 1895, après une guerre rapide, les Chinois s'inclinent devant le Japon par le traité de Shimonoseki (en chinois : traité de Maguan).

Ce traité sème la consternation parmi les élites chinoises. Il révèle le profond retard du « pays du Milieu » (en mandarin, Tchoung Kouo, nom que donnent les Chinois à leur pays).

Béatrice Roman-Amat
Le traité de Shimonoseki ou traité de Maguan ('17 avril 1895)
L'impérialisme japonais à l'oeuvre

Un an plus tôt, le roi de Corée a été victime d'une émeute populaire encouragée en sous-main par les Japonais et dirigée contre les Chinois, protecteurs officiels du « pays du Matin calme » (Chôsen en coréen, nom officiel du pays).

Sous le prétexte de ramener l'ordre, l'empereur japonais Mutsuhito envoie des troupes sur le continent. Il dépose le souverain coréen et convainc son successeur d'entrer en guerre contre la Chine à ses côtés.

Face à l'offensive nippo-coréenne, les troupes chinoises se défendent avec ardeur. Mais les Japonais n'en font qu'une bouchée grâce à leur artillerie moderne. Les provinces de Mandchourie et du Chan-tong ainsi que l'île de Taïwan sont rapidement occupées. La route de Pékin est ouverte aux envahisseurs.

La Chine se résigne à la paix. Elle reconnaît l'indépendance de la Corée et la dissolution du lien vassalique entre son souverain et l'empereur mandchou.

Par le traité signé à Shimonoseki, au Japon, elle verse une indemnité de guerre au vainqueur. Elle renonce aussi à l'île de Taïwan et au petit archipel des Pescadores, ainsi qu'à la presqu'île du Leao-tong, au sud de la Mandchourie et à l'est de Pékin.

Mais l'affaire ne laisse pas les Européens indifférents. Le tsar Nicolas II, qui a des visées sur la région, envoie un « conseil amical » à l'empereur Mutsuhito par lequel il lui impose de rétrocéder le Leao-tong aux Chinois. Sa démarche est soutenue par les Français et les Allemands.

Dès l'année suivante, par l'accord Lobanov-Yagamata du 9 juin 1896, la Russie impose au Japon de partager avec elle un condominium de fait sur la Corée.

Les prédateurs se disputent

Les Occidentaux profitent de l'affaiblissement de la dynastie mandchoue pour dépecer la Chine et s'y tailler des zones d'influence, sans craindre d'humilier les Chinois et d'agacer les Japonais. Beaucoup de conflits du siècle suivant vont prendre naissance dans ces basses manoeuvres.

1- La Russie de Nicolas II inaugure ces manoeuvres en créant une banque russo-chinoise. Là-dessus, elle entre dans une manoeuvre acrobatique en prenant le parti de la Chine contre le Japon pour mieux abuser du vieil empire mandchou. 

C'est ainsi que le tsar conclut une alliance défensive avec la dynastie mandchoue contre le Japon et obtient en contrepartie le droit de construire un chemin de fer à travers la Mandchourie pour relier la ville sibérienne d'Irkoutsk au port de Vladivostok (Extrême-Orient russe).

2- L'Allemagne de Guillaume II, qui aspire à une base navale en Extrême-Orient, prend prétexte de l'assassinat de deux missionnaires allemands pour s'emparer du port de Kiao Tcheou, sur la presqu'île du Chan-tong, en décembre 1897.

La Russie relève le défi. Le 27 mars 1898, sans avoir eu besoin de livrer une guerre, elle contraint la Chine à lui céder le Leao-tong, en face du Chan-tong (les deux presqu'îles ferment le golfe de Petchili). Elle y construit une puissante base navale, sous le nom de Port-Arthur. Ainsi dispose-t-elle désormais en Extrême-Orient d'un port libre de glaces toute l'année.

3- Quatrième prédateur à entrer en scène, après le Japon, la Russie et l'Allemagne, l'Angleterre se fait céder à son tour un port sur le Chan-tong, face à Port-Arthur : Weï Hai Weï.

4- Enfin, la France, qui ne saurait demeurer à l'écart, occupe le port de Kouang-Tchéou, à l'extrémité sud de la Chine, pour couvrir ses possessions d'Indochine.

Échec des « Cent Jours »

Dans un ultime sursaut, le jeune empereur Kuang-hsu (24 ans) signe du 11 juin au 21 septembre 1898, une quarantaine de décrets destinés à moderniser son pays. Mais cette « période de Cent Jours » n'aura pas de suite car le souverain est bientôt séquestré par sa propre tante Cixi qui rend le pouvoir aux conservateurs. Faute d'avoir pu se réformer à temps, la Chine sombre dans la tragédie. C'est bientôt la révolte des Boxeurs.

Dans le même temps, le Japon, qui n'a pas digéré le « conseil amical » des Occidentaux et l'abandon de Port-Arthur, se dispose à attaquer la Russie. Tout se met en place en Asie pour les grandes guerres du XXe siècle.

Publié ou mis à jour le : 2019-04-30 08:44:15

 
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