15 mai 2018 - Iran-Occident : vers un nouveau rendez-vous manqué ? - Herodote.net

15 mai 2018

Iran-Occident : vers un nouveau rendez-vous manqué ?

Une nouvelle fois, Washington menace d'enflammer le Moyen-Orient en reniant son engagement dans les accords de Genève laborieusement conclus en 2013...

Depuis le « Grand Jeu » et la découverte du pétrole au début du XXe siècle, l'Iran (ou Perse) fait l'objet d'un partage d'influence entre les Anglo-Saxons et les Russes, au détriment des Iraniens eux-mêmes. Ceux-ci l'ont éprouvé avec le renversement du Premier ministre réformiste Mossadegh par la CIA en 1953. 

Les relations entre les États-Unis et l’Iran se sont tendues après la révolution islamique de 1979. Washington n'a pas craint de soutenir l'agression de Saddam Hussein contre son voisin, lequel n'avait alors comme allié qu'Israël ! La tension est remontée en 2002 lorsque l'Iran a été accusé de développer son programme nucléaire à des fins militaires et non pas seulement civiles, en violation du traité de non-prolifération nucléaire de 1968 qu'il avait signé.

Les accords de Genève ont laissé espérer un retour du pays dans le concert des nations, Téhéran s'engageant à ne plus développer le nucléaire pour un usage autre que civil et Washington à lever les sanctions économiques.

Mais en accusant l'Iran de ne pas respecter les accords, sans préciser sur quels points exactement, le président Donald Trump menace de retirer la signature des États-Unis. Il doit rendre sa décision d'ici le 12 mai 2018. L’Iran a officiellement répondu qu’il n’accepterait aucune modification du traité. Les Européens, de leur côté, souhaiteraient préserver l’accord, et même, selon le président Macron, « préparer une négociation plus large ». Allons-nous vers un nouveau rendez-vous manqué de l'Iran avec l'Occident ? Une nouvelle catastrophe n'est plus à exclure.

Avec 80 millions d'habitants et un rayonnement sur tout l'arc chiite qui va du Liban aux marges du Pakistan, en passant par la Syrie, l'Irak et Bahrein, l'Iran est un acteur incontournable du Moyen-Orient et, depuis mille ans, un rival de la Turquie et des Arabes sunnites.

Mais depuis le « pacte qu Quincy »  conclu par Roosevelt et Ibn Séoud en 1945 (armes contre pétrole), Washington a fait le choix de soutenir vaille que vaille ces derniers. Un choix aberrant d'un point de vue géopolitique... et moral. 

L'Arabie séoudite est l'un des États les plus archaïques de la planète. Elle finance généreusement depuis quarante ans les mouvements islamistes et le terrorisme. Elle s'est engagée dans une guerre d'agression contre le Yémen voisin, loin des caméras occidentales mais avec des armes fournies par les Européens (avions français, chars allemands).

À l'opposé, l'Iran, en dépit de la poussée de fièvre islamiste de 1978-1979, se présente comme la société la plus « moderne » du Moyen-Orient, Turquie comprise au regard de tous les indicateurs pertinents : éducation, statut des femmes, indice de fécondité, rapport à la laïcité...

Certes, le régime policier issu de la prise de pouvoir islamiste est encore très présent avec son lot d'arbitraire mais il est efficacement contrebalancé par de multiples contrepouvoirs, des élections régulières et une opinion publique très émancipée, y compris à l'égard de la religion.

Craignons que la politique agressive de Washington réveille la fibre patriotique des Iraniens et renforce les radicaux islamistes, comme cela s'est déjà produit en 1980 (agression de Saddam Hussein, alors allié des Occidentaux) et en 2005 (l'Iran dénoncé comme l'axe du Mal) !  

Au vu de ses choix contre nature, la « diplomatie » de Washington demeure un mystère insondable.

André Larané et Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2018-05-28 12:54:59

 
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