Guerre dAlgrie

Des mmoires douloureuses

Après une véritable politique de « l’oubli » c’est une réelle opposition des mémoires qui perdure depuis la reconnaissance officielle de l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962. 

Pourquoi les mémoires de la guerre d’Algérie apparaissent-elles encore aujourd’hui si conflictuelles ? Quelles contributions peuvent apporter les historiens face aux mémoires encore douloureuses qui s’expriment des deux côtés de la Méditerranée ?

La guerre d’Algérie, une « guerre sans nom »

- Une guerre cachée par la France

• L’État français n’a reconnu que très tardivement la situation de guerre sur le territoire algérien. L’Algérie était en effet une colonie au statut très particulier, elle faisait partie intégrante de la France puisque composée de trois départements : Oran, Alger et Constantine. Parler de guerre à propos des attentats qui sont déclenchés le 1er novembre 1954, c’était reconnaître une situation de guerre civile sur le sol français. Au lendemain de la « Toussaint rouge », le ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand qui s’exprime dans les journaux est très clair : « L’Algérie c’est la France ! »

• Les gouvernements qui se succèdent parlent donc d’ « événements », d’ « opérations de pacification », même si certains médias osent évoquer dès 1955 la « sale guerre », au risque d’être censurés et saisis. Mais face à quelques journalistes courageux, c’est le discours officiel qui prévaut largement, l’objectif étant d’abord de ne pas inquiéter les populations.

- Un oubli des deux côtés de la Méditerranée

• La guerre s’achève en 1962 par la signature des accords d’Évian, le 19 mars. S’ouvre alors une période où les deux États vont devoir gérer les mémoires de cet épisode de leur histoire nationale.

• Côté français, les dirigeants qui sont en place, Charles de Gaulle est président de la République depuis 1958, souhaitent rapidement tourner la page du drame algérien. L’oubli est ainsi organisé par toute une série de lois qui entre 1962 et 1982 amnistient les auteurs d’exactions, d’actes de torture et même les généraux qui firent le coup d’État avorté de 1961 sont amnistiés en 1968. Il y a là une volonté claire d’occulter une période durant laquelle les Français furent largement divisés. Entre les partisans de l’Algérie française qui vont jusqu’à l’action violente comme l’O.A.S. (Organisation armée secrète) qui attente à la vie du général de Gaulle en 1961, les défenseurs d’une Algérie algérienne, l’unité nationale avait été largement mise à mal. Ne pas parler de cette guerre pouvait sembler un moyen d’évacuer des traumatismes dont les acteurs restaient encore très présents, y compris dans les sphères politiques.

• En Algérie même, le discours officiel sur ce qu’il s’est passé fait l’objet d’une véritable confiscation par le pouvoir. L’expression de « guerre de Libération » est employée comme celle de « révolution nationale » pour forger un mythe unitaire. Le FLN (Front de Libération Nationale) avec son bras armé, l’ALN (Armée de libération nationale) apparaît comme la source unique du nationalisme algérien. C’est une façon de masquer les divisions qui existaient au sein des mouvements nationalistes algériens.

Les mouvements rivaux du FLN comme celui de Messali Hadj, le Mouvement Nationaliste Algérien (MNA) sont « oubliés », les horreurs des attentats du FLN sont tues, le nombre des victimes algériennes souvent surévaluées de manière à rejeter toutes les fautes sur les Français. Même des héros de la guerre d’indépendance, comme Ben Bella, chef historique du FLN et premier président de l’Algérie, vont être jetés en prison après s’être montrés hostile au nouveau pouvoir de Boumediene qui s’installe dès 1963 après un coup d’État. De même, la part active de la Kabylie dans cette guerre d’indépendance est largement occultée par l’État, pire, elle est reléguée au rang d’ « ennemi interne » face au discours officiel qui vante les mérites d’un peuple algérien uniquement arabo-musulman.

Ces façons de procéder traduisent très mal la complexité de la réalité du drame algérien. Celle-ci transparaît d’abord à travers la multiplicité des victimes.

- Une nécessaire reconnaissance des victimes

• Les pieds-noirs : entre mars et juillet 1962, presque un million de Français quittent l’Algérie, laissant derrière eux leurs biens – la formule « la valise ou le cercueil ? » résume brutalement quels étaient pour eux au sortir de la guerre les enjeux- - pour venir s’installer en France, en Corse, dans le sud-ouest et sur la côte d’Azur notamment. Cette population diversement accueillie réclame des indemnisations pour leurs pertes et la reconnaissance de leur statut de victimes. Surtout, elle représente une forme de culture soucieuse d’entretenir le souvenir de la terre perdue, une « nostalgérie » que l’on retrouve dans quelques chansons de Gaston Ghrenassia.

« Adieu mon pays »

Chanteur français né à Constantine en 1938, il quitte l’Algérie en 1961 et devient rapidement une célébrité sous le nom d’Enrico Macias. Il est aussi un des représentants de la condition pied-noire en France.

Extrait de « Adieu mon pays », chanson d’Enrico Macias de 1962 :

« J’ai quitté mon pays
J’ai quitté ma maison
Ma vie, ma triste vie
Se traîne sans raison
J’ai quitté mon soleil
J’ai quitté ma mer bleue
Leurs souvenirs se réveillent
Bien après mon adieu
Soleil ! Soleil de mon pays perdu
Des villes blanches que j’aimais
Des filles que j’ai jadis connues
(…) Mais du bord du bateau
Qui m’éloignait du quai
Une chaîne dans l’eau
A claqué comme un fouet. »

• Les harkis constituent les anciens combattants algériens pour la cause française. À l’issue de la guerre, seule une minorité, 40 000 environ sur 300 000 réussissent à gagner le territoire métropolitain français. Ceux qui restent, abandonnés par l’armée et les autorités françaises, connaissent un sort tragique, ils sont le plus souvent massacrés. Considérés comme des « collaborateurs » par les nationalistes algériens, oubliés voire méprisés par les pouvoirs publics français lorsqu’ils arrivent en métropole, ils n’ont eu aucune place pendant très longtemps dans les cérémonies de commémorations en France. Ils rejettent la date du 19 mars 1962 comme commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, car pour eux cette date marque le début de massacres sanglants.

Les harkis l'cole algrienne

Voici comment le pouvoir algrien prsente les harkis aux coliers, dans un manuel de 9e rdig au dbut des annes 2000 :
« Des groupes de personnes ont prfr se vendre l'ennemi et combattre leurs propres frres, dj lors des premires rvoltes au XIXe sicle, en change d'argent, de biens, de titres. Ces groupes de harkis ont t responsables des pires rpressions contre les civils algriens. Ce sont eux qui ont t chargs de brler les villages, des interrogatoires, de la torture, soit de la sale besogne de l'arme franaise ».

• Les militaires, appelés et engagés. Les soldats français engagés dans le conflit sont d’abord des engagés. Ils sont rejoints à partir de 1956 par les appelés du contingent, venus de métropole, avec peut-être une autre perception du conflit. En France, la « guerre d’Algérie » devient plus concrète dans la mesure où plusieurs foyers sont désormais concernés directement. A leur retour, les expériences personnelles sont multiples et diverses ainsi que les sentiments. Ce groupe transmet aussi sa mémoire, ses mémoires en dépit des silences et des non-dits.

Face à autant de groupes, autant de mémoires restées longtemps silencieuses, il faut essayer de comprendre comment ont-elles pu progressivement s’exprimer ? Comment et pourquoi, les discours officiels qui avaient été à l’issue du conflit systématiquement avancés ont-ils évolué ?

Construction et politique mémorielles à la fin du XXe siècle

On peut considérer qu’environ une génération après la fin de la guerre, lorsque les enfants de l’immigration algérienne en France des années 1950-1960 sont devenus adultes, les mémoires de la guerre d’Algérie se sont réveillées.

Des contextes politiques pesants

La montée des débats autour de la question du racisme en France dans les années 1980 est corrélée à la montée dans les scrutins du Front national, parti politique d’extrême-droite qui fait de l’immigration un des maux de la France d’alors. En 1983, une marche contre le racisme réunit 100.000 personnes. En 1991, des enfants de harkis se révoltent pour souligner l’humiliation qui a été faite à leurs parents et les conditions de vie très dures qui leur ont été infligées sans aucune reconnaissance des sacrifices consentis pour la France.

En Algérie, la décennie 1980-1990 est inaugurée par le printemps berbère, le mythe de l’unité nationale vole en éclat. Le président Bendjedid réhabilite certains opposants et le contrôle sur les publications d’histoire diminue : l’aspect hétérogène de la population opposée à la puissance coloniale est mieux rendue avec notamment un regard porté sur l’identité kabyle.

Lors de la décennie suivante, la guerre civile entre islamistes et État algérien redonne à la guerre d’Algérie une importance symbolique très forte. S’il n’est guère possible de défendre la thèse de l’unanimisme du peuple algérien, à un moment où celui-ci est en proie à une guerre civile, le président Abdelaziz Bouteflika rejette la totalité des crimes sur la France.

Les enjeux mémoriels en France et en Algérie

1) En France

• L’historien Benjamin Stora évoque une « accélération mémorielle » qui démarre une vingtaine d’années après la fin de la guerre d’Algérie. Des commémorations locales, concernant une catégorie ciblée des acteurs, donnent parfois lieu à polémique. Les pieds-noirs entretiennent ainsi le souvenir de leur traumatisme par des retrouvailles (cf. le document en fin de cours), des pèlerinages, la publication de nombreux témoignages pour la reconnaissance de leur situation.

• Des associations travaillent aussi à l’entretien de cette mémoire et à son intégration dans l’histoire nationale. La FNACA (Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie) pousse à son enseignement dans les écoles, la guerre d’Algérie entre dans les programmes scolaires des lycées en 1983.

• Certains faits sont aussi portés sur la scène médiatique au nom de la lutte contre l’oubli. Lors du procès Papon en 1997, des associations militantes rappellent que celui qui est alors poursuivi pour son action durant la Seconde Guerre mondiale était aussi préfet de Paris en 1961. Le 17 octobre de cette année, de nombreux Algériens sont tués par une répression sanglante des forces de l’ordre contre leur manifestation.

• Même si la volonté d’apaiser les tensions semble prévaloir au début des années 1980, l’hymne national du FLN est joué pur la première fois à Paris lors de la visite du président algérien, les approches mémorielles demeurent assez différentes des deux côtés de la Méditerranée.

2) En Algérie

Alors que le FLN se lance dans la collecte des témoignages, débute à Alger la construction du monument aux martyrs en 1982. Cette réécriture de l’histoire demeure fortement contrôlée par l’État, les chefs historiques du FLN comme Ben Bella qui sort de prison en 1979, demeurent exclus d’une histoire qui reste largement officielle. L’ouverture d’une première chaire d’histoire contemporaine à Alger en 1992 semble marquer toutefois un début d’ouverture.

En pleine « décennie noire » - entre 1992 et 2002, après l’annulation de la victoire du Front Islamique de Salut (F.I.S.) aux élections, des groupes islamistes (G.I.A et F.I.S.) multiplient les actions terroristes en Algérie, il y aurait eu jusqu’à 150.000 morts d’après des estimations officielles- le président Abdelaziz Bouteflika tente de reprendre et élargir l’effort de réhabilitation de l’ensemble des acteurs de la guerre. On assiste à une libéralisation relative de l’édition, les villes et communes algériennes honorent leurs héros locaux. L’accès aux archives reste difficile cependant. Dans les ouvrages scolaires, la période coloniale est présentée comme une parenthèse de l’histoire algérienne tandis que la guerre continue à jouer un rôle d’événement fondateur de la nation.

Une question qui continue à gêner les relations entre la France et l’Algérie d’aujourd’hui

Reconnaître la torture…et la guerre

• Durant le conflit lui-même, la question de la torture en Algérie avait été abordée avec des ouvrages tels que La Question, d’Henri Alleg, militant du Parti communiste algérien. Bien que censuré, ce livre publié en 1958 dans les pays voisins avait connu un réel succès dépassant les 50 000 exemplaires.

• Les historiens ne purent que difficilement se pencher sur ces questions à l’issue du conflit. Les archives demeuraient fermées pour les chercheurs et les travaux qui pouvaient être entrepris en ce sens comme ceux de Pierre Vidal Naquet : La Torture dans la République, 1972, étaient marginalisés voire censurés.

• Cette question ressurgit avec force dans les années 2000. Louisette Ighilariz, une ancienne militante du FLN accuse des généraux français : Massu, Bigeard, d’avoir fait pratiquer des actes de torture. Parallèlement, le général Aussaresses indique dans ses mémoires que de telles pratiques avaient bien lieu et les justifie…Il est condamné en 2001 pour apologie de crimes de guerre.

Une jeune historienne, Raphaëlle Branche publie en 2000 un ouvrage issu de sa thèse saluée par les membres du jury comme un livre qui fera date indique Pierre Vidal-Naquet : La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, éditions Gallimard. Le tournant des années 2000 marque une réelle avancée dans l’évolution des mémoires de la guerre d’Algérie. L’État français par l’intermédiaire de l’Assemblée nationale relaie ce réveil des mémoires en votant pour la première fois, le 10 juin 1999 la reconnaissance de l’expression « guerre d’Algérie » pour qualifier la période qui s’étend de 1954 à 1962. Peut-on pour autant parler d’un apaisement des mémoires et d’une normalisation des relations entre la France et l’Algérie ?

Un enjeu diplomatique et sociétal

• En octobre 2001, le match amical de football, France-Algérie tourne à l’émeute. Une partie du public siffle copieusement La Marseillaise et surtout la pelouse est envahie par des centaines de jeunes ; à la 76ème minute, la rencontre est interrompue. Les médias se déchaînent et dénoncent un nouveau débordement des banlieues sans prendre en compte suffisamment la dimension historique et mémorielle d’une telle rencontre.

• En voyage à Alger en 2003, le président Chirac reçoit un accueil triomphal, il propose à son homologue Bouteflika de signer un traité d’amitié et de coopération. Plus de dix années ont passé et aucun traité n’a été signé. Le discours victimiste et accusateur du président algérien demeure très fort, les comportements des Français durant la guerre d’Algérie sont comparés à ceux des nazis, le président algérien emploie régulièrement le terme de « génocide ». Il n’est pas du tout certain que la population algérienne adhère à un tel discours qui peut à maints égards sembler en contradiction avec les aspirations d’une jeunesse qui lorgne de l’autre côté de la Méditerranée, vers ce qu’elle considère encore comme un eldorado.

• L’État algérien a comme condition première à la signature de tout traité d’amitié exigé la reconnaissance par le gouvernement français des exactions coloniales et la présentation d’excuses. Une partie de la classe politique française s’oppose vivement à cette « repentance » et n’envisage aucunement de présenter des excuses. Pire, la loi de 2005 sur les « aspects positifs de la colonisation » fait remonter la tension entre les deux pays, tension régulièrement réactivée par la sortie de films cinématographiques comme La Trahison, L’ennemi intime, Hors-la-loi… qui rappellent combien ces mémoires restent sensibles.

• Des gestes comme celui du président François Hollande le 18 octobre 2012, reconnaissant la responsabilité de l’État français dans les massacres à Paris du 17 octobre 1961, sont une manière de ne plus nier la souffrance de l’autre. Le fait que le président Bouteflika vienne se faire soigner en France en 2013, officiellement d’un ulcère hémorragique, rappelle par ailleurs le paradoxe des relations entretenues, entre rejet et rapprochement. Face à des liens si complexes, la tâche des historiens s’avère ardue, il faut pourtant essayer de comprendre.

Le travail des historiens

Au début du XXIe siècle, les études historiques se multiplient sur différents sujets ayant trait à la guerre d’Algérie en pleine période de « déferlement mémoriel » qui se traduit par des inaugurations de plaques, de monuments, de noms de rues. Un des travaux les plus aboutis est l’ouvrage de Mohamed Harbi et Benjamin Stora : La Guerre d’Algérie, la fin de l’amnésie, qui constitue une synthèse assez représentative de l’état des recherches à l’heure actuelle.

Le fait que des historiens des deux pays puissent désormais travailler ensemble, participer à différents colloques laisse poindre une histoire partagée qui peut être le prélude à des mémoires apaisées, sur la guerre d’Algérie mais aussi sur la période coloniale. En ce sens, l’ouvrage dirigé par Frédéric Abécassis et Gilbert Meynier parait en 2006 à l’issue d’un colloque organisé à Lyon en juin de la même année : Pour une histoire franco-algérienne, avec pour sous-titre : En finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire. Il est permis de penser que ces travaux de réflexion conjointe seront d’autant plus efficaces que les dirigeants en place accepteront les requêtes des chercheurs quant à l’ouverture et l’accès à toutes les archives. Outre le volontarisme politique, la disparition des acteurs de cette époque peut permettre d’envisager cette ouverture même si, à l’heure où nous écrivons ces lignes – mars 2014 — nous apprenons que le président algérien, bien que malade, s’est déclaré candidat à sa propre succession, après son 3ème mandat…

Conclusion :

Les interrelations qu’entretiennent mémoires et histoire sont par nature complexes. Cette complexité dans le cadre de la guerre d’Algérie est renforcée encore par la division des communautés, leur diversité qui renvoie à la multiplicité des enjeux et des acteurs en cause. Face à cela, les États ont d’abord servi leurs propres intérêts en prenant bien mal en compte les souffrances des peuples, leurs blessures, et en privilégiant longtemps des discours officiels bien loin de la complexité des situations subies.

C’est la tâche des historiens de faire comprendre le passé, en tentant de donner la parole à tous les protagonistes de cette époque, et en faisant émerger les mémoires tues, celles qui ne sont pas entendues au nom d’intérêts parfois contradictoires. Ils sont aussi dans leur rôle lorsqu’ils rejettent les « lois mémorielles » des années 1990 et suivantes, lorsque le Parlement français prétend fixer, figer l’écriture de l’histoire.

Ugo Romélysan
Document : France-Algérie, des relations difficiles

[…]Pendant la visite en Algérie du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le mois dernier, trois colloques ont été organisés dans deux universités et au siège du quotidien El Moudjahid, pour fustiger une fois de plus la France : un séminaire sur le foncier colonial afin de dénoncer le « caractère oppressif de l'administration coloniale française » et son désir de « déstructurer la société algérienne » ; une conférence de l'association nationale pour la libération des relations franco-algériennes de la culture coloniale ; et une exposition consacrée à la lutte contre la colonisation française.

[…] Quand on interroge les gens de tous les jours, à Alger, Oran ou Constantine, le décalage entre le discours officiel, victimiste ou accusateur, et les sentiments manifestés par la population, saute aux yeux. Abdelaziz Bouteflika - Président de la république algérienne depuis 1999 - a parlé de «génocide» et comparé le comportement de la France pendant la guerre d'Algérie à celui des nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Place des Martyrs, Hocine, 30 ans, fait un geste significatif de la main.

« Quand je vois comment mes compatriotes reçoivent les pieds-noirs, comment ils pleurent ensemble, dit-il, je suis obligé de me poser des questions sur cette histoire de génocide. On n'accueille pas à bras ouverts quelqu'un qui a tenté de vous éliminer. Ma génération ne sait pas grand-chose sur les temps où l'Algérie était française. On nous a surtout enseigné la guerre de libération, le sacrifice des martyrs, la victoire du vaillant peuple algérien. Des thèmes intouchables. Sacrés. Si on cherche à sortir des stéréotypes, on est immédiatement assimilé au hizb frança, le parti de la France, qui ne songerait qu'à refranciser l'Algérie. » […] Journaliste et historien, Boukhalfa Amazit se souvient de la visite de Jacques Chirac en Algérie . «Pour beaucoup d'Algériens, ceux qui vivent toujours dans le mythe de la révolution, ce fut un choc de voir les gamins faire une véritable ovation à la France. Moi-même, j'avais du mal à y croire. Est-ce à dire que la colonisation a eu du bon ? Même si tout ne fut pas négatif, je revendique le droit d'affirmer que je n'ai jamais demandé qu'on me fasse du bien !» Comme nombre d'intellectuels de sa génération, Boukhalfa Amazit a cru aux utopies fatales. Il a déchanté. Vieilli. Il est devenu lucide. «Au lieu de s'abriter derrière des grands mots, dit-il, le pouvoir ferait mieux de s'interroger sur les raisons qui font que toute une jeunesse ne construit pas ses rêves sur l'Algérie, sur les causes qui les poussent à ne regarder que vers le nord.»

Par Irina de Chikoff, Le Figaro.fr, juin 2006

Publi ou mis jour le : 2019-11-19 17:49:59

 
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