1er novembre 1954

«Toussaint rouge» en Algérie

Le 1er novembre 1954, en Algérie, des indépendantistes commettent plusieurs dizaines d'attentats, dont certains meurtriers. C'est la « Toussaint rouge », à l'origine de la guerre d'indépendance de l'Algérie.

Ces événements surviennent dans une Algérie française découpée en plusieurs départements mais profondément divisée entre :
– 8 millions de musulmans qui ont un statut d'indigène et relèvent du droit coranique coutumier,
– près d'un million de citoyens français : immigrants de la métropole et du bassin méditerranéen, juifs locaux naturalisés en 1870, musulmans en très petit nombre ayant renoncé à leur statut coranique.

De très grands écarts de niveau de vie et d'éducation séparent les deux communautés (au recensement de 1948, un musulman sur dix seulement déclare savoir parler le français, soit une proportion bien inférieure à celle que l'on observe en 2000). Les clivages sociaux sont entretenus et aggravés par l'opposition constante, des Européens et assimilés, à toute concession politique à la majorité musulmane. Malgré cela, les indépendantistes, surnommés « fellagha » (coupeurs de route ou bandits de grand chemin), sont encore très minoritaires et sans soutien consistant dans la population musulmane.

André Larané

«Toussaint rouge », @Marc Riboud, DR.

Un soulèvement peu médiatique

Quelques mois plus tôt, en Indochine, les Français ont été défaits par le Vietminh. Certains indépendantistes algériens, très minoritaires, y voient un encouragement à se lancer à leur tour dans la lutte armée contre la puissance coloniale, bien qu'ils soient en très petit nombre (quelques centaines au plus) et presque totalement dépourvus d'armes. Ils forment au printemps 1954 un Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA), rebaptisé Front de Libération nationale (FLN) le 23 octobre 1954.

Toutefois, les autres indépendantistes privilégient l'action légale et condamnent le recours à la violence. Ils sont représentés par l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, qui a obtenu onze sièges de députés au Parlement en 1946 mais disparaîtra en 1956, et le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj, transformé dès 1954 en Mouvement national algérien (MNA).

Qu'à cela ne tienne. Le FLN choisit la date du 1er novembre pour déclencher l'insurrection. Une trentaine d'attentats plus ou moins désordonnés ont lieu en ce jour de la Toussaint : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée...

On compte au total dix morts. Les deux premières victimes, assassinées la veille de la Toussaint, sont deux Français d'Algérie : un chauffeur de taxi de confession juive, Georges-Samuel Azoulay et Laurent François, libéré depuis 6 mois du service militaire. Les autres victimes sont l'agent forestier François Braun, l'agent de police Haroun Ahmed Ben Amar et quatre appelés : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet, tués en pleine nuit dans le poste de Batna, dans le massif des Aurès, ainsi qu'André Marquet et le lieutenant Darneaud. Sont également tués le caïd Ben Hadj Sadok et Guy Monnerot, qui voyageaient ensemble.

L'instituteur Guy Monnerot et sa femmeLa mort de ce dernier émeut plus particulièrement l'opinion. Ce jeune instituteur est venu de la métropole avec son épouse pour instruire les enfants du bled. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au caïd Hadj Sadok.

Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme Jeanine survivra à ses blessures. Les meurtriers des deux Français auraient enfreint l'ordre de ne tuer que le caïd, membre de l'élite musulmane francophile. Ils auraient été plus tard sanctionnés par leurs chefs.

Le ministre de l'Intérieur François Mitterrand promet de mettre tout en oeuvre pour arrêter les « hors la loi ». Avec emphase, il rappelle le 12 novembre 1954 devant l'Assemblée nationale que « l'Algérie, c'est la France, parce qu'il se trouve que les départements de l'Algérie sont des départements de la République française. Des Flandres jusqu'au Congo, s'il y a quelque différence dans l'application de nos lois, partout la loi s'impose et cette loi est la loi française ».

En définitive, les attentats de la « Toussaint rouge » ont très peu de retentissement dans l'opinion française et la presse métropolitaine en fait à peine écho. Ils n'en marquent pas moins le début de la guerre d'Algérie, huit années de tourments qui ont marqué durablement les esprits et les coeurs des deux côtés de la Méditerranée.

Échec de la pacification

Le 25 janvier 1955, le président du Conseil Pierre Mendès France nomme au gouvernement général de l'Algérie l'ethnologue Jacques Soustelle (44 ans), homme de gauche, pacifiste, résistant et gaulliste de la première heure. Il est accueilli fraîchement par les Européens mais très vite se rallie à la thèse radicale de l'intégration. Contre les colons et les indépendantistes musulmans, il prône l'octroi de la nationalité française pleine et entière à tous les habitants des trois départements.

N'arrivant pas à retourner la population musulmane en sa faveur, le FLN change bientôt de tactique et multiplie les attentats dans le bled (la campagne). Il mène en parallèle une guerre de l'ombre contre ses adversaires du MNA, à coup d'attentats tant en Algérie qu'en métropole ; il s'ensuivra plusieurs milliers de morts.

Les pouvoirs publics reprennent en main la population musulmane des douars (villages) grâce à des mesures sociales et au regroupement des populations en des lieux prétendument sûrs (à la fin de la guerre, 1 250 000 paysans auront été ainsi déplacés). Ces tâches de terrain à caractère humanitaire sont confiées aux Sections Administratives Spéciales (SAS), animées par des officiers aguerris et de bonne volonté.

Dans le courant de l'année 1956,  le gouvernement de Front républicain du socialiste Guy Mollet intensifie les actions militaires en Algérie. Il envoie sur place non plus seulement des engagés (militaires professionnels), comme en Indochine, mais aussi des conscrits et même des réservistes). Le service militaire est porté à trente mois et les effectifs engagés dans ce que l'on appelle pudiquement les « opérations de maintien de l'ordre » ou « de pacification » ne tardent pas à atteindre 400 000 hommes.

Publié ou mis à jour le : 2019-10-25 14:48:25

 
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