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De moins en moins d'élèves en France

Des économies aujourd'hui, des efforts demain

6 septembre 2026. À la rentrée 2025, la France a perdu 107 000 élèves dans le premier degré sur un total de 6 millions. Cette année, la baisse s'amplifie et s'étend à l'ensemble du système scolaire avec 161 000 élèves de moins. Cette mutation historique efface quatre-vingts ans de croissance démographique.
Avec des effectifs allégés dans les établissements, les élèves n'en devraient être que mieux éduqués. C'est tout le contraire qui se produit au vu du fameux classement PISA. L'explication se lit dans le graphique ci-dessous : en 50 ans, les instituteurs (ou professeurs des écoles) sont passés du statut de cadre à celui d'employé. C'est le signe que pour la collectivité, l'enfant est devenu une charge et non plus une promesse d'avenir...

La démographie est déroutante. Ainsi, au début du XVIIIe siècle, l'illustre Montesquieu s'alarmait de ce que la population mondiale fut en voie de diminution : « Comment le monde est-il si peu peuplé en comparaison de ce qu’il était autrefois ? (…) Après un calcul aussi exact qu’il peut l’être dans ces sortes de choses, j’ai trouvé qu’il y a à peine sur la terre la dixième partie des hommes qui y étaient dans les anciens temps. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’elle se dépeuple tous les jours ; et si cela continue, dans dix siècles elle ne sera qu’un désert » (Lettres persanes, Lettre CXII). 

Dans les faits, la Terre était bien plus peuplée qu'à l'époque du Christ et la France elle-même allait voir sa population passer de 22 millions en 1700 à plus de 28 en 1800, faisant d'elle le pays le plus peuplé d'Europe, Russie comprise. Aujourd'hui, à l'inverse de Montesquieu, nous nous alarmons plutôt de l'explosion démographique alors que celle-ci est derrière nous. Méfions-nous des apparences... 

Rassemblement dans la cour d'école à la rentrée scolaire. 1970 (INA)

Premières inquiétudes

La France fut pionnière en matière de planning familial comme en bien d'autres domaines. Sous le règne de Louis XIV, la haute aristocratie commença à réduire drastiquement sa progéniture et un siècle plus tard, vers 1760, ce fut le tour de la paysannerie. Les générations encore nombreuses de la fin du XVIIIe siècle alimentèrent les campagnes victorieuses de la Révolution et de l'Empire. Mais au siècle suivant, tout bascula.

L'instruction progressa en même temps que diminuait la taille des familles. François Guizot, sous le règne de Louis-Philippe, imposa une école dans chaque commune - gratuite pour les enfants des familles pauvres -. Vingt plus tard, sous le règne de Napoléon III, Victor Duruy ouvrit l'enseignement public aux filles. Puis, sous la IIIe République, Jules Ferry rendit en 1882 l'instruction primaire obligatoire pour les garçons comme pour les filles.

Dans le même temps, la France en pleine révolution industrielle commença à faire appel à des travailleurs des pays voisins, Belgique, Suisse, Italie. Là-dessus survint l'humiliation de la guerre franco-prussienne ! Elle suscita chez les élites de la IIIe République le désir de revanche mais aussi la peur du déclassement face à l'Allemagne.

De 36 millions en 1870, la population de la France s'éleva à tout juste 40 millions en 1914, en bonne partie grâce à l'immigration. Dans le même temps, celle de l'Allemagne progressait de 42 à 67 millions ! Ce déséquilibre permet de comprendre la double obsession de Jules Ferry, un ministre républicain originaire des Vosges et donc très sensible à la menace allemande :
• Instruire au mieux les jeunes Français pour compenser leur faiblesse numérique et leur inculquer l'amour de la patrie,
• Chercher au-delà de l'Europe des conquêtes coloniales destinées à faire contrepoids à la puissance germanique.

La fin du XIXe siècle vit des personnalités de droite comme de gauche (Émile Zola) militer pour une relance de la natalité mais sans grand succès. La saignée de la Première Guerre mondiale n'arrangea rien.

Dans les années 1920-1930 toutefois, un vent de nouveauté survint avec les allocations familiales pour tous et un Code de la Famille novateur, tout cela à l'initiative d'un député visionnaire, Adolphe Landry. Alors que le solde naturel (naissances-décès) était devenu négatif dès avant la Seconde Guerre mondiale, voilà que la fécondité se redressa dès 1942. Après la Libération, elle en arriva à doubler quasiment jusqu'à près de 3 enfants par femme (bien plus que dans la plupart des pays actuels).

Le boom éducatif des « Trente Glorieuses »

Les « Trente Glorieuses » (1944-1974) de Jean Fourastié sont l'expression d'un boom industriel mais aussi éducatif sans précédent ! On compte un million d'élèves dans le second degré en 1950-1951 et plus de 4 millions en 1975. Dans le même temps, l'enseignement supérieur passe de 130 000 étudiants à plus de 600 000.

En 1959, la scolarité obligatoire est portée de 14 à 16 ans. Et entre 1966 et 1975, on en vient à inaugurer un collège par jour pour accueillir les enfants de la décennie précédente.

En effet, cette arrivée  d'enfants en nombre n'est pas perçue par les contemporains comme une charge financière mais comme une promesse d'avenir. La vitalité de la génération née avant la guerre se traduit dans son travail et sa créativité mais aussi dans sa vie familiale, les deux étant liés ; quand on a trois enfants à faire grandir, on ne se pose pas de question sur le sens du travail...

Les choses se tassent quand arrivent à l'âge adulte les boomers, autrement dit les générations nombreuses nées après la guerre. Avec celles-ci décroît la fécondité. Le tournant est spectaculaire en 1974, en France comme dans la quasi-totalité des pays développés, y compris le Japon. Depuis lors, la baisse s'est amplifiée et étendue à tous les pays émergents. Dans le même temps s'est tassé l'élan qui avait conduit tous ces pays à un développement accéléré...

Un avenir en question

En France, les naissances ont chuté de 916 370 en 1971 à 643 905 en 2025, tandis que les décès avoisinaient 651 000. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel est ainsi devenu négatif. L'espérance de vie à la naissance est quant à elle passée, entre 1971 et 2025, de 68,3 à 80,3 ans pour les hommes et de 75,9 à 85,9 ans pour les femmes. 

Fermeture de classe à Bévenais (Isère) en 2025 (Le Dauphiné)Cette mutation, sans précédent en temps de paix, s'est-elle traduite par une meilleure prise en charge éducative des enfants ? La durée de la scolarité a beaucoup augmenté et les effectifs étudiants ont quintuplé pour atteindre trois millions en 2025. Reste que beaucoup de jeunes Français ont aujourd'hui le sentiment de devoir vivre moins bien que leurs parents. 

Mais il y a plus parlant : avant la Première Guerre mondiale, l'instituteur de village était un notable respecté de tous ainsi que chacun a pu le voir avec La Gloire de mon père (Marcel Pagnol). Dans les années 1960, l'instituteur faisait encore figure de notable. Nous n'en sommes plus là, est-il besoin de le préciser ? même si l'instituteur a gagné en grade en devenant professeur des écoles !

Côté rémunération, le salaire d'un instituteur débutant en 1970 était équivalent à plus de deux fois le SMIC ; aujourd'hui, celui d'un professeur des écoles débutant n'est plus guère que de 1,2 fois le SMIC (source). 

Rémunération des instituteurs débutants comparées au SMIC de 1970 à 2018

Mieux que beaucoup d'autres indicateurs, ce déclassement salarial, de cadre moyen à petit employé, dénote le désintérêt croissant de la collectivité pour l'enfance : le corps social n'estime plus qu'il soit nécessaire d'attirer les meilleurs éléments vers les fonctions éducatives. Et l'on peut craindre, si la tendance se prolonge, que la fonction d'enseignant ne soit plus une vocation mais un choix par défaut quand on n'a rien trouvé de mieux.

La chute des naissances en France comme dans les autres sociétés avancées résulterait donc non pas d'un libre choix des couples hors contexte mais de ce que le contexte, précisément, détourne les couples de la maternité. On pense ici aux enseignants déclassés mais aussi aux assistants maternels précarisés, aux rigidités du marché locatif, aux transports inadaptés, aux conditions de travail, etc.

La baisse des effectifs scolaires, très marquée cette année, est un appel à réagir... ou pas :

• On peut être tenté de voir d'y voir des économies bienvenues pour soulager la dette publique sans avoir à rien changer par ailleurs : de fait, avec moins d'élèves, on choisit de ramener le nombre de classes de 6 à 5 avec 34 élèves en moyenne dans tel lycée ; on crée une classe à plusieurs niveaux avec un seul enseignant dans telle école de village...

• En rupture avec cette tentation de la facilité, on pourrait aussi y voir l'opportunité de consacrer à chaque enfant davantage de temps, de moyens et d'attention, avec des personnels et des enseignants mieux rémunérés, parce que, aujourd'hui comme hier, les enfants sont notre promesse d'avenir.

Publié ou mis à jour le : 2026-09-09 15:17:42
CLIO92 (13-09-2026 11:48:02)

Mille mercis pour cette analyse concise et extrêmement instructive. Des salaires en berne, des moyens humains qui suivent le même chemin tout en accueillant de plus en plus d'élèves en difficulté... Lire la suite

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