Un mot, un destin

Dans l'intimité des femmes célèbres (et moins célèbres)

30 octobre 2020 : voilà avec Un mot, un destin (Albin Michel, 19,90 euros, 265 pages) de quoi apaiser notre agacement né du deuxième confinement. Cet essai délicieux de Clémentine Portier-Kaltenbach nous offre des éclairages piquants et inattendus sur pas moins de 90 femmes connues ou qui méritent de l'être. C'est de la « petite » histoire comme on l'aime...

<em>Un mot, un destin</em>

Avec des notices de deux à trois pages, l'historienne n'a pas eu la prétention de dresser des biographies détaillées de ses héroïnes. Et c'est tant mieux. Elle s'en est tenue à un aspect piquant et souvent méconnu de leur personnalité ou de leur parcours. Cela rend la lecture du livre d'autant plus surprenante : chaque page est une surprise et une découverte !

Nous apprenons ainsi que la reine d'Angleterre Élisabeth Ière (1533-1633), dite la « Reine vierge », jouait à ravir du... virginal, un instrument de musique de la famille des clavecins très en vogue à son époque dans la bonne société anglaise. Elle veillait à n'en jouer que dans son cabinet secret, ce délassement étant peu en accord avec sa réputation de dureté. 

Plus près de nous, le jeune roi Louis XV (1710-1774) ne faisait pas tant de manières et ne cachait pas son appétit pour les femmes. En 1733, il entama une liaison de quelques années avec Louise Mailly-Nesle avant que celle-ci ne lui présente sa soeur Pauline, laquelle passa à son tour dans le lit royal. Elle mourut en donnant le jour à un garçon très ressemblant à son père, d'où son surnom à la cour, « Demi-Louis ». Le roi se consola avec sa soeur Marie-Anne, marquise de la Tournelle, et accessoirement avec une autre encore, Diane-Adélaïde, duchesse du Lauragais. Restait une cinquième soeur Mailly-Nesle, Hortense de Flavacourt. Au duc de Richelieu qui lui demanda plus tard pourquoi elle avait résisté au roi, elle aurait répondu : « J'ai préféré l'estime de mes contemporains ».

Gardons-nous toutefois d'imaginer les femmes confinées dans la soumission. C'est tout l'art de Clémentine Portier-Kaltenbach de nous montrer des femmes libres, énergiques et sans préjugés, loin des clichés. La palme revient à Catherine II de Russie (1729-1796), qui manifeste un appétit pour le sexe qui n'a d'égal que son appétit pour le pouvoir. Les jeunes  « éphémères » se succèdent dans son lit après avoir été testés par les dames de compagnie de l'impératrice. Celle-ci finit toutefois par s'attacher à un géant borgne mais ô combien viril dont elle fera son favori, jusqu'à peut-être l'épouser en secret, Grigori Potemkine. 

L'historienne relate un tout autre aspect de la reine Élisabeth II, née en 1926, à savoir son escapade incognito à Londres, dans la folle nuit qui a suivi l'annonce de la capitulation de l'Allemagne nazie. 

Loin de ces têtes couronnées, voici Christine de Pisan (1364-1430), première femme à vivre de sa plume. Elle sortit de l'oubli par l'entremise de Louise de Kervalio-Robert (1756-1822). D'une grande curiosité intellectuelle, elle publia une première histoire des femmes avant de fonder en juillet 1789 son propre journal, Journal d'État et du citoyen. C'est elle qui, en 1790, propose de généraliser le tutoiement et les appellations « citoyen » et « citoyenne » en signe de fraternité patriote. C'est elle encore qui, lorsqu'elle se marie avec le citoyen Robert, obtient de conserver son patronyme et de l'adjoindre à celui de son mari par un trait d'union.

Harriet Beecher Stowe (14 juin 1811, Litchfield ; 1er juillet 1896, Hartford)Révolutionnaire à sa façon fut de l'autre côté de l'Atlantique Harriet Beecher Stowe (1811-1896), fille et épouse de pasteur. Au Kentucky, elle assiste à une vente d'esclaves qui conduit à la séparation d'un couple. Sa révolte redouble quand est voté en 1850 le Fugitive Slave Act qui punit toute assistance à un esclave en fuite. Elle publie alors dans un journal abolitionniste le feuilleton La Case de l'Oncle Tom. Édité en 1852, le récit recueille immédiatement un immense succès et va concourir à l'abolition de l'esclavage.

Comme il serait vain de rappeler ici tous les destins exemplaires évoqués dans ce livre, tenons-en pour finir à celui d'une Polonaise prénommée Maria (1867-1934). Sa soeur cadette Bronia rêve de devenir médecin et veut pour cela aller à Paris. Maria va donc travailler comme gouvernante au fin fond de la Pologne pour financer son voyage et son installation. Sitôt sortie d'affaire, Bronia va chercher sa soeur et la ramène auprès d'elle à Paris afin qu'elle puisse à son tour étudier. C'est ainsi que, grâce à Maria, Bronia sera devenue médecin et grâce à Bronia, Maria deviendra... Marie Curie.

Il va de soi que le livre Un mot, un destin s'adresse à tous les publics, y compris et surtout aux personnes qui se défient de l'Histoire et la jugent rébarbative ! Il peut plaire aussi aux adolescents. À tous, il apporte une foultitude d'anecdotes et de bonnes histoires susceptibles de nourrir les conversations pendant le jour sans fin du confinement. Nous prions toutefois ceux qui souhaiteraient acheter ce livre (et d'autres) de s'adresser à leur libraire de quartier. Nous serions fâchés de contribuer au pillage des ressources nationales par Amazon et consorts...

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-11-01 08:51:18

 
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