Choc pétrolier

Coup de grâce pour la France rurale

24 mai 2026. La crise mondiale ouverte par le conflit entre les États-Unis et l'Iran a débouché sur une spectaculaire flambée des prix du carburant. En France, celle-ci affecte tout particulièrement le monde rural, devenu très dépendant de l'automobile. La fracture n'en finit pas de s'élargir entre la France des métropoles et la France périphérique...

Vieux d’un demi-siècle, le conflit entre la République islamique d’Iran et les États-Unis a connu un spectaculaire rebondissement le 28 février 2026 à l’initiative du président américain Donald Trump. Celui-ci a lancé avec son allié le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou des frappes massives sur l’Iran. Il a aussi organisé l’assassinat du Guide Suprême et de quelques autres hauts dirigeants iraniens avec pour seul résultat d’avoir raffermi le régime tyrannique des mollahs ! N’en soyons pas surpris : depuis Jimmy Carter et George Bush Jr, les présidents américains sont pour ainsi dire abonnés à ce genre d’erreur

Téhéran a donc logiquement riposté en fermant le détroit d’Ormuz indispensable à l’exportation des hydrocarbures et des produits raffinés du Golfe Persique.

Il s’en est suivi de violentes secousses économiques en Asie et en particulier en Chine, principale destinataire de ces exportations. L’Europe a aussi été frappée avec une hausse de prix très forte sur les carburants et l’ensemble des produits issus du pétrole tels que les engrais, le naphte, les plastiques, etc. Il est trop tôt pour entrevoir l’issue de la crise, d’autant que celle-ci dépend beaucoup des humeurs erratiques de l’hôte de la Maison Blanche.

Les campagnes et les petites villes, premières victimes

En France, le carburant auto a très vite enchéri. De 1,70 euro le litre environ le 28 février, il a bondi à plus de deux euros à la fin avril et même 2,20 euros et davantage pour le gazole (j’ai vu celui-ci à 2,49 euros dans une station des Pyrénées).

En deux mois, le carburant auto a gagné 30 à 50 centimes par litre (+ 20 à 35% environ) et pour la première fois, le gazole est devenu nettement plus cher que le super !

Ce dernier fait mérite d’être souligné… Dans les années 1970 et jusqu’au début des années 2000, les gouvernants français ont promu massivement la motorisation diesel et, pour cela, ont allégé la fiscalité sur le gazole.  

Le diesel a été présenté comme plus pratique que la motorisation essence pour les professionnels, mieux adapté aux longues distances, moins gourmand au kilomètre et même plus écologique que l’essence avec de moindres émissions de gaz à effet de serre.

Réceptifs aux messages gouvernementaux, les provinciaux et les professionnels se sont massivement équipés en diesel, pour le plus grand bénéfice du constructeur PSA Peugeot-Citroën (aujourd’hui Stellantis), devenu le leader mondial dans la technologie diesel. Au début de ce siècle, 70% des voitures vendues en France roulaient ainsi au gazole et un litre de ce carburant pouvait coûter trente centimes de moins que l’essence.

Et puis, patatras ! Dans les années 2010, des écologistes ont fait état d’études scientifiques sur les émissions de particules fines par les moteurs diesel, et notamment de NOx. Dans les agglomérations, à une concentration élevée, ces particules pouvaient être nocives pour les humains.

Le diesel se voit dès lors soumis à des contraintes techniques draconiennes. Et comme cela ne suffit pas, voilà qu’à l’automne 2018, sous la pression de la gauche écologiste, le gouvernement décide de relever de quelques centimes la fiscalité sur le gazole. Les citoyens des campagnes et des petites villes ont le sentiment d’un déni de justice et il s’ensuit la révolte des Gilets jaunes. Des manifestants montent à la capitale et sèment la panique dans les cercles officiels jusqu’à l’Élysée. Mais faute de soutien dans la classe politique et faute de leader et de programme, le mouvement fait long feu.

Là-dessus, les dirigeants français se sont ralliés au Pacte Vert de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ils se sont engagés à coup de dizaines de milliards d’euros dans la construction de « parcs » éoliens et de « champs » photovoltaïques ainsi que dans la rénovation énergétique des logements, sans aucune étude préalable sur la pertinence de ces investissements (« coût de la tonne de CO2 évitée » ). Les constructeurs automobiles français se sont soumis quant à eux à l’obligation européenne de convertir toutes leurs voitures à la motorisation électrique d’ici 2035, cela pour le plus grand bénéfice de leurs concurrents chinois, bien plus performants sur ce créneau.

Pour les ruraux et les habitants de la France « périphérique », ainsi qualifiée par le géographe Christophe Guilluy, qui représentent tout de même encore 60% environ de la population française, c’est une nouvelle déconvenue. Ils voient leurs paysages et leurs champs dégradés par les éoliennes et les panneaux photovoltaïques cependant qu’eux-mêmes pourraient être interdits de rouler dans les métropoles, érigées en ZFE (« zones à faible émission »).

Ce dédain manifeste pour la France périphérique pourrait être daté de 2007 quand le président Sarkozy, nouvellement élu, a confié à sa garde des Sceaux Rachida Dati le soin de fermer les tribunaux d’instance des petites villes. À partir de ce moment, le monde rural et ses habitants sont devenus la variable d’ajustement de tous les gouvernements en quête d’économies budgétaires (fermetures d'hôpitaux, d'écoles, etc.).

Plus que jamais fragilisé, le monde rural paie aujourd’hui – et de très loin – le plus lourd tribut à la crise du détroit d’Ormuz. La flambée des prix sur les carburants et le gazole en particulier pèsent quasi-exclusivement sur les provinciaux, tous astreints à de longs déplacements quotidiens en voiture du fait de la raréfaction des services publics, des commerces et des bassins d’emploi.

Il n’est pas dit que ces nouvelles blessures soient colmatées par les 700 millions d’euros promis par le gouvernement de Sébastien Lecornu à trois millions de professionnels. À la différence des précédents chocs pétroliers (1973 et 1978) qui ont affecté la France encore dans l'euphorie des Trente Glorieuses, celui-ci affecte un pays meurtri par plusieurs décennies de renoncements (désindustrialisation, déficit commercial structurel, endettement massif, effondrement de l'État social, immigration incontrôlée, etc.). Il en est d'autant plus douloureux.

Manifeste pour une écologie globale

L'abandon de la France périphérique n'a rien pour nous étonner. En effet, la classe politique n’a d’yeux que pour les métropoles. C’est là que vivent les classes dirigeantes et leur entourage (servants, communicants, amuseurs, etc.), cependant que les classes productives (ouvriers, techniciens, paysans) se cantonnent dans les grandes banlieues et le monde rural. C’est un retour à l’anti-modèle antique : des métropoles dévoreuses d’hommes et vouées à la consommation (Rome, Byzance, Bagdad). On est ici aux antipodes du modèle démocratique hérité du Moyen Âge : un réseau de villes moyennes bruissant d’activités (ateliers, commerces, etc.) et en symbiose avec la ruralité environnante.

Dans les métropoles comme dans le monde rural, entre un consumérisme et un travail également vides de sens, les jeunes gens ne se voient plus d’avenir et beaucoup de jeunes ménages perdent le désir de transmettre la vie. Désormais, en France comme dans tous les autres pays européens ainsi que dans les pays d’Extrême-Orient (Japon, Chine, Corée), les populations natives en viennent à décroître de plus en plus vite avec moins de naissances que de décès.

Le Climat et la Vie, Manifeste pour une écologie globaleIl y a plusieurs années déjà, sensible à ce phénomène inédit dans l’Histoire de l’humanité, j’ai ébauché une réflexion et des perspectives dans un essai auto-édité par Herodote.net : Le climat et la vie, manifeste pour une écologie globale.

Ce livre recense les impasses climatique, environnementale et démographique auxquelles conduit le consumérisme contemporain. Il en déduit des pistes et des alternatives souriantes, dans le strict respect de la liberté d’entreprendre, la souveraineté et la démocratie.

Je montre en particulier que le consumérisme est entretenu par une énergie à très bon marché et je suggère qu’une augmentation de 50 centimes par litre de carburant permettrait d’en limiter les abus. L’actualité confirme cette intuition puisqu’avec cette augmentation de prix sur le carburant, la consommation de celui-ci aurait diminué de 13 à 30% en deux mois selon le gouvernement français. Pour ma part, j’ajoute que la surtaxe de 50 centimes est immédiatement redistribuée sous la forme d’une allocation mensuelle d’une centaine d’euros pour chaque citoyen. Ainsi le pouvoir d’achat de chacun est-il préservé.

L’analyse débouche sur un projet global visant à embellir la vie. Parmi différentes propositions (agriculture, commerce, mondialisation, transports, etc.) figure la revitalisation du monde rural autour de cinq mille bourgs de cinq à quinze mille habitants dotés de tous les services utiles et dédiés à la marche.

Un changement de cap d’une pareille ampleur paraît inenvisageable aujourd’hui. Mais l’avenir demeure heureusement imprévisible.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-05-25 15:25:05
Martin Montmaur (24-05-2026 11:28:39)

Cette analyse approfondie me semble très pertinente, le seul petit bémol à mon avis étant d'avoir mis à la fin de la liste des renoncements l'immigration incontrôlée sachant que les immigrés... Lire la suite

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