Le roi tué par un cochon - Les rapports troubles entre l'homme et son plus proche cousin ! - Herodote.net

Le roi tué par un cochon

Les rapports troubles entre l'homme et son plus proche cousin !

Dans ce petit livre illustré publié en septembre 2015, l'historien médiéviste Michel Pastoureau nous offre un délicieux récit de vie qui brasse les événements, les hommes et les symboles autour d'un fait divers d'apparence secondaire, la mort accidentelle de l'héritier du trône capétien, le 13 octobre 1131.

Le roi tué par un cochon

Ce jour-là, Philippe, à peine 15 ans, chevauche dans les rues de Paris quand soudain un cochon domestique traverse devant les sabots de son cheval. Le prince tombe et se fracasse la tête sur une pierre. Il va mourir dans les heures qui suivent, pleuré par son père, le roi Louis VI le Gros, et sa mère Adélaïde de Savoie.

Comme la lignée d'Hugues Capet est encore incertaine de sa légitimité, les premiers rois ont pris l'habitude de faire couronner leur fils aîné de leur vivant et de l'associer au trône. Ainsi en a-t-il été de Philippe, « roi désigné », couronné et sacré à Reims le dimanche de Pâques 1129.

Sa mort nous est racontée par le prestigieux abbé Suger, abbé de Saint-Denis et conseiller du roi, dans sa chronique du règne, Vita Ludovici Grossi. Ainsi que le souligne Michel Pastoureau, l'abbé désigne l'auteur du meurtre, porcus diabolicus, autrement dit un « cochon envoyé du diable ».

Michel Pastoureau, qui a beaucoup écrit sur les animaux, les couleurs et les symboles, y voit un événement qui va donner sens à la fin de règne de Louis VI et au règne malheureux de son successeur, frère cadet de Philippe, connu sous le nom de Louis VII le Jeune (jeune parce que cadet).

Les deux rois ne vont avoir de cesse d'effacer cette mort infâme, qualifiée de « souillure » par les chroniqueurs et de nature à salir la dynastie. L'un et l'autre la considèrent comme une punition divine en raison de la mauvaise conduite de leur père et grand-père Philippe 1er dans le domaine matrimonial et pire encore à l'égard des évêques et du pape. 

Le cochon, animal de mauvaise réputation (miniature médiévale)C'est que le cochon domestique est assimilé à un animal vil... bien qu'extrêmement utile comme réserve de nourriture.  Tout le contraire de son cousin, le sanglier, un animal sauvage que les guerriers de l'époque apprécient de chasser. Comme le note Michel Pastoureau, plusieurs princes et rois sont morts des suites d'une chasse au sanglier qui a mal tourné sans que cela ait affecté leur réputation. Ainsi du roi Philippe le Bel au XIVe siècle.

Rien de tel avec le malheureux prince Philippe. Il est prestement enterré dans la nécropole royale de Saint-Denis et l'on profite de ce que le pape Innocent II s'apprête à ouvrir à Reims un concile en vue de destituer son rival Anaclet II pour lui demander de sacrer en personne le nouveau « roi désigné », le futur Louis VII. Le prestigieux saint Bernard de Clairvaux  est lui-même de la cérémonie. 

Mais après le décès de Louis VI, le 1er août 1137, tout va aller de mal en pis.

Son fils et successeur Louis VII le Jeune va être entraîné dans un crime de guerre en combattant le comte de Champagne, l'incendie de Vitry-en-Perthois. Pétri de remords, il va lancer une deuxième croisade sur une suggestion de saint Bernard, laquelle va aboutir à un fiasco et, pire encore, au divorce d'avec sa pétulante épouse Aliénor d'Aquitaine. Aussitôt remariée au comte d'Anjou et devenue reine d'Angleterre, elle provoquera une première « guerre de Cent Ans » entre les deux royaumes...

De tout cela, il est question bien sûr dans le petit livre de Michel Pastoureau. Mais celui-ci souligne bien plus encore les conséquences symboliques de la mort infâme de Philippe, en particulier la consécration du royaume à la Vierge, mère de Dieu. En ce XIIe siècle très religieux qui voit s'épanouir l'art gothique et la théologie, son culte est en plein essor sous l'impulsion de saint Bernard de Clairvaux...

C'est ainsi que la dynastie va se parer des deux attributs de la Vierge, le bleu et le lys ! Et le bleu va demeurer jusqu'à nos jours la couleur de référence de la nation. Ainsi que le note avec humour Michel Pastoureau, si nos sportifs sont aujourd'hui simplement désignés sous l'appellation de « Bleus », c'est peut-être à un cochon diabolique qu'ils le doivent ! La réhabilitation de la dynastie sera complète au siècle suivant avec la canonisation de Louis IX sous le nom de saint Louis.

Cochon ou pas, peut-être la dynastie capétienne et le royaume de France auraient-ils connu la même ascension. Reste que le vagabondage de Michel Pastoureau dans la société du XIIe siècle et dans les mythes qui entourent le cochon et les couleurs nous vaut un ouvrage instructif et distrayant, plein d'érudition joyeuse et accessible à tous les publics.

André Larané

Mort du jeune roi Philippe le 13 octobre 1131 (miniature du manuscrit Fleurs des Histoires, XVe siècle, bibliothèque municipale de Besançon)

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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