Philippe 1er (1052 - 1108) - Le fils de la Russe - Herodote.net

Philippe 1er (1052 - 1108)

Le fils de la Russe

Né en 1052, Philippe est le fils et successeur du roi de France Henri 1er, lui-même petit-fils de Hugues Capet. Sa mère est une Slave, Anne de Kiev, fille de Iaroslav le Sage et petite-fille de Vladimir le Grand, grand-prince de Novgorod et de Kiev, à l'origine de l'actuelle Russie.

C'est à elle qu'il doit son prénom, courant dans le monde grec et orthodoxe mais inconnu auparavant dans l'Occident latin et catholique. Roi à huit ans, il va connaître l'un des règnes les plus longs de l'Histoire de France.

Féconde Russie

Robert II, fils de Hugues Capet et père d'Henri 1er, a été excommunié par le pape pour avoir épousé en secondes noces une cousine au troisième degré ! Il a dû la répudier. C'est que le Saint-Siège ne plaisantait pas avec les questions de consanguinité, s'agissant des Grands de ce monde.

Pour échapper à ce genre de mésaventure, le roi Henri 1er, devenu veuf, va chercher en Russie sa seconde épouse... Notons que deux soeurs d'Anne de Kiev se sont mariées l'une au roi de Hongrie, l'autre au roi de Norvège !

Veuve à 36 ans, le 4 août 1060, Anne de Kiev fait scandale en ayant une aventure avec un simple baron, le comte Raoul de Crépy, avec lequel elle consent toutefois à se marier. Sa fin demeure mystérieuse. Il semble qu'à la mort de son amant et mari, elle retourne dans sa Russie d'origine à moins qu'elle ne se retire dans un couvent des environs de Senlis.

Une statue conserve son souvenir dans cette cité du Valois, résidence ordinaire des premiers rois capétiens, à 50 kilomètres au nord de Paris. 

Premières rivalités franco-anglaises

Comme la succession héréditaire n'est pas encore entrée dans les moeurs, le jeune prince Philippe est associé au trône par son père dès l'âge de 7 ans et sacré à Reims le 23 mai 1059. Il devient roi sous le nom de Philippe 1er le 4 août 1060, sous la régence de Baudouin V, comte de Flandre.

Trop jeune et au demeurant peu intéressé par les affaires publiques, il laisse son puissant vassal Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, conquérir la couronne d'Angleterre. Devenu majeur, il combat le comte de Hollande Robert 1er le Frison mais se fait battre platement près du mont Cassel en 1072. Toute honte bue, il épouse alors la fille de son ancien rival, Berthe de Flandre.

Il apporte là-dessus son soutien à Robert Courteheuse, fils aîné de Guillaume le Conquérant, en révolte contre son père. Ce dernier est blessé à Mantes lors d'une expédition militaire contre Philippe 1er et meurt à Rouen le 7 septembre 1087. Philippe 1er poursuit le combat contre son successeur, Guillaume II le Roux.

Excommunié pour cause de bigamie

La suite est affaire de coeur. 

En 1091, devenu un sémillant quadragénaire, Philippe 1er commence à se lasser de son épouse, bien qu'elle lui ait donné plusieurs enfants, y compris le prince héritier. 

Il fait enlever la belle Bertrade de Montfort (de la famille du futur chef de la croisade des Albigeois), âgée d'une vingtaine d'années. Elle est mariée au comte d'Anjou Foulque le Réchin (ou le Revêche), de trente ans plus âgé qu'elle et lui a donné plusieurs enfants. Le roi n'en prétend pas moins que le mariage est nul vu que la première épouse dudit comte serait encore vivante.

Au vu du surnom de son infortuné mari, on conçoit que Bertrade n'ait pas trop résisté à son ravisseur...

L'année suivante, Philippe 1er, qui a le sens des convenances, répudie sa première femme et épouse la seconde. Mais le pape Urbain II ne se satisfait pas de ce compromis et excommunie le roi. Il faut dire que celui-ci en rajoute en pratiquant sans scrupule la simonie, autrement dit en vendant contre espèces sonnantes les titres et biens ecclésiastiques !

En 1095, le pape se rend en France pour tenter malgré tout de négocier un arrangement avec le roi. Il réunit pour l'occasion un concile à Clermont, en Auvergne... et en profite pour lancer un appel à la libération des lieux saints de Palestine. Ce sera la première « croisade »... Aux petites causes les grands effets ! Philippe 1er, sous le coup de l'excommunication, est privé de voyage en Terre sainte.

Les prémices de l'État national

Devenu obèse et menant une vie dissolue, le roi trouve toutefois le moyen de réunir au domaine royal, encore limité à l'Île-de-France, quelques petites provinces de l'Ouest : le Gâtinais, le Vexin français et le Vermandois. Il améliore aussi l'administration de son domaine en déléguant son autorité à des prévôts, plus dociles que les vassaux féodaux. Ces modestes succès apparaissent a posteriori comme les prémices de l'État national.

Mort le 29 juillet 1108, au château de Melun, à 56 ans, sans avoir pu empêcher le nouveau roi d'Angleterre, Henri Beauclerc, de réunir la Normandie à son royaume, Philippe 1er est enterré à Fleury-sur-Loire, au monastère de Saint-Benoît (son différend avec l'Église ne lui permet pas d'être enterré à Saint-Denis comme ses aïeux). Bertrade fait repentance en prenant le voile à l'abbaye de Fontevraud et le fils né du premier mariage de Philippe lui succède sous le nom de Louis VI le Gros.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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