L’Orient ancien

Berceau de la Bible

Dans le Croissant fertile, les hommes inventent l’agriculture et l’écriture puis les villes, les États et les empires. Vers 1180 av. J.-C., le Levant profite d’une nouvelle donne géopolitique pour créer de petits royaumes, très vite convoités.

Vincent Blanchard, conservateur au département des Antiquités orientales du musée du Louvre
Aux origines de la Bible

Codex, 2000 ans d'aventure chrétienneCet article est extrait du dossier « Fouiller les pays de la Bible, 200 ans de découvertes autour de l’Ancien Testament », Codex #10, janvier 2019, 15 euros.

Richement illustré, le magazine présente aussi un cahier pédagogique sur la diplomatie de Napoléon III en Europe ainsi qu’une grande interview de Johan Ickx qui, à la lumière des archives de la Secrétairerie d’État, apporte des informations nouvelles sur les exactions allemandes commises en Belgique en 1914.

Codex est disponible en kiosque, en librairie et sur internet. Un régal pour les yeux et l'esprit (feuilleter le magazine).

Premières communautés villageoises

C’est vers 12 000 ans av. J.-C. que les communautés humaines du Levant se sédentarisent pour la première fois dans de petits villages de maisons rondes et semi-enterrées comme à Aïn Mallaha ou à Hayonim (tous les deux en Galilée). Cette sédentarisation ouvre la voie à la période dite du Néolithique où l’homme, encore chasseur et cueilleur, va progressivement commencer à produire sa propre nourriture par l’intermédiaire de l’agriculture, apparue au Levant vers 9 000 av. J.-C., puis de l’élevage vers 8 000 av. J.-C.

Détail d'un pilier de Gobekli Tepe, German Archaeological Institute, DR.Dès ces périodes anciennes, de grands bâtiments communautaires de types religieux sont élevés, par exemple à Göbekli Tepe (sud-est de la Turquie actuelle) avec des représentations fascinantes d’animaux féroces et d’êtres humains stylisés. Les productions artisanales sont déjà fort variées et un commerce international, notamment celui de l’obsidienne provenant d’Anatolie, relie également l’île de Chypre et le Levant.

Les communautés villageoises se font de plus en plus denses, abandonnant les maisons rondes pour des édifices de plan rectangulaire. De grandes agglomérations voient le jour vers 7 000 av. J.-C. comme à Çatal Höyük (Turquie), mélangeant habitations et sanctuaires. Les morts sont enterrés sous les maisons et de nombreuses représentations humaines et animales évoquent aussi bien la chasse, la protection des cultures que le passage dans l’au-delà.

C’est aussi à cette époque que se généralise l’usage de la céramique, dont les décors sont autant d’éléments de langages qui permettent d’identifier les différentes communautés au Néolithique. Par la suite, la métallurgie se développe, surtout celle du cuivre, de l’or et de l’argent à partir du VIe millénaire av. J.-C. Elle donne lieu à de magnifiques créations comme les objets du trésor de Nahal Mishmar (dans le désert de Judée).

Aux environs de 3 500 av. J.-C., certaines communautés s’organisent de manière plus hiérarchisée et plus complexe. Certains habitants se spécialisent dans une activité autre que la production de nourriture : ils deviennent artisans, ouvriers ou guerriers et perçoivent des salaires sous la forme de denrées alimentaires. Une proto-administration accompagne ces changements et sert également à mieux contrôler les échanges commerciaux grâce à un nouvel outil révolutionnaire : l’écriture.

Trésor de Nahal Mishmar, désert de Judée, VIe millénaire av. J.-C., @Bridgeman

Invention de l’écriture

L’écriture naît vraisemblablement vers 3 400 av. J.-C. en Mésopotamie (en Irak actuel). On y écrit sur des tablettes en argile à l’aide d’un roseau taillé appelé calame. Peu de temps après, l’écriture hiéroglyphique apparaît en Égypte. Toutes ces innovations transforment les villages en villes. Bientôt, l’écriture ne se limite plus au domaine comptable. Elle permet de raconter les hauts faits des rois et de coucher sur l’argile ou le papyrus les prières adressées aux divinités. Nous pouvons ainsi plonger dans l’histoire des peuples du Proche-Orient ancien.

Ancienne tablette d'écriture, Uruk, Mésopotamie, environ 3200 ans av. J.-C., @bridgeman.Le troisième millénaire av. J.-C. voit se développer la métallurgie du bronze, alliage du cuivre et de l’étain. En Mésopotamie du sud, les Sumériens fondent de petits royaumes centrés autour de grandes villes, comme Uruk, Ur, Girsu ou Eridu. Chaque royaume est placé sous l’autorité d’un dieu ou d’une déesse.

À Ur, la ville appartient à Sin, le dieu de la Lune ; à Girsu le dieu tutélaire est Nin Girsu, dieu de l’agriculture ; à Mari, ville de Syrie très influencée par la culture mésopotamienne, c’est Ishtar, déesse de la guerre et de la fécondité, qui protège les habitants. Les divinités délèguent leur autorité à un roi, garant du maintien de l’ordre et de la prospérité.

Les cités sumériennes sont conquises par un roi sémite appelé Sargon qui fonde le premier empire du Proche-Orient : l’empire d’Akkad, du nom de sa capitale, vers 2350 av. J.-C. La langue akkadienne est à l’origine des langues babyloniennes et assyriennes qui vont se développer dans les siècles suivants. Après la chute de l’empire d’Akkad sous les coups de peuples montagnards venus du Zagros (à l’ouest de l’Iran actuel) et une brève renaissance de la culture sumérienne, un nouveau peuple sémitique, les Amorrites, prend possession des villes de Syrie et de Mésopotamie.

Le grand roi Hammurabi de Babylone, auteur d’un des plus anciens codes de loi de l’humanité, est un descendant de ces nouveaux arrivants. Grâce à l’aide de Zimri-Lim, roi de Mari, lui aussi amorrite, il crée un nouvel empire à l’exemple de celui de Sargon.

Visite du Pacha de Mossoul aux fouilles de Khorsabad, Félix Thomas, Salon de 1863, Paris, Musée du Louvre. L'agrandissement montre les taureaux ailés de la porte Khorsabad conservés dans le Département des Antiquités Orientales du Musée du Louvre, à Paris.

Antiquités orientales : les trésors du Louvre

La volonté d’explorer la Terre sainte et tous les lieux mentionnés dans la Bible et dans les récits des auteurs classiques fut à l’origine des collections orientales du Louvre. Les premières explorations eurent lieu en Mésopotamie avec Paul-Émile Botta, consul de France à Mossoul, qui ressuscita la civilisation assyrienne par ses fouilles à Khorsabad, l’ancienne Dur Sharrukin, entre 1843 et 1845. Le premier « Musée assyrien » fut inauguré le 1er mai 1847 et rattaché au département des Antiques. Grâce aux découvertes faites par Ernest de Sarzec en 1877 sur le site sumérien de Tello, notamment les statues en diorite du prince Gudea, les Antiquités orientales devinrent un département à part entière en 1881. Ces collections mésopotamiennes furent complétées par des collections provenant de tout le Proche-Orient grâce aux fouilles françaises menées entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, notamment à Suse (Iran), Enkomi (Chypre) ou Ugarit et Mari (Syrie). Aujourd’hui encore, la recherche archéologique du département se poursuit en collaboration avec les institutions des pays du Proche-Orient. Elle participe sur place à l’enrichissement des connaissances et à la mise en valeur de leur patrimoine.

Ramsès II dans son char à la bataille de Quadesh de 1274 av. J.-C., @akg.

Naissance et mort du royaume Hittite

Pendant ce temps en Anatolie, un peuple de langue indo-européenne, les Hittites, est unifié par un homme, Hattusili Ier, qui fonde un nouveau royaume autour de la ville de Hattusa, au cœur de la Cappadoce actuelle. Hattusili et ses descendants mèneront des campagnes militaires en Syrie et en Mésopotamie, et l’un d’eux, Mursili Ier, rase Babylone en 1595 av. J.-C. La ville est reconstruite par une nouvelle élite conquérante, les Kassites, qui s’installe au pouvoir pour plus de 400 ans.

Détail de la stèle d'Untash Napirisha, grès, ca. 1340-1300 av. J.-C., département des antiquités orientales, Paris,  Musée du Louvre.À l’est, sur le territoire de l’Iran actuel, le royaume d’Élam connaît son plein épanouissement sous le règne d’Untash Napirisha, roi bâtisseur qui fait notamment construire la ziggurat de Choga Zanbil. Les ziggurats sont des tours à étage coiffées d’une chapelle haute, faisant partie des complexes cultuels de Mésopotamie et de l’Élam.

À l’âge du Bronze récent, vers 1300 av. J.-C., le Proche-Orient ancien est partagé entre plusieurs entités politiques d’une grande puissance : l’Égypte du Nouvel Empire qui a conquis la moitié sud du Levant, le grand royaume hittite (en Anatolie et en Syrie du nord), le royaume hourrite du Mitanni [dans le nord de la Mésopotamie et de la Syrie], le royaume kassite [centré sur Babylone] et l’Élam).

Le Mitanni disparaît rapidement suite aux conquêtes du roi hittite Suppiluliuma et aux conquêtes d’un voisin oriental jusque-là discret, l’Assyrie.

Tous ces grands royaumes commercent entre eux ainsi qu’avec Chypre, la Crète, et le royaume mycénien en Grèce continentale. Ils échangent des produits de luxe comme de la vaisselle en métaux précieux, du vin, des parures en or et en pierres fines ou encore des meubles en bois plaqués d’ivoire. Ils nouent des alliances sous la forme de mariages comme lorsque la veuve de Toutankhamon demande à Suppiluliuma de lui envoyer un de ses fils pour régner avec elle sur le trône d’Égypte. Les relations peuvent également être très conflictuelles, notamment entre l’Égypte et les Hittites qui s’affrontent lors de la fameuse bataille de Qadesh en 1274 av. J.-C. pour dominer le Levant.

Vers 1180 av. J.-C. l’équilibre politique du Proche-Orient ancien est profondément bouleversé. L’empire hittite s’effondre. Plusieurs villes de la côte syrienne comme Ugarit, enrichies par le commerce international des siècles précédents sont rasées. L’Égypte abandonne ses colonies et se replie sur elle-même. La dynastie kassite de Babylone est renversée par les Élamites menés par leur roi Shutruk-Nahunte en 1155 av. J.-C.

Vue panoramique de la ziggourat élamite de Choga Zanbil construite par Untash Napirisha vers 1300 av. J.-C. L'agrandissement montre des détails de la ziggourat, Encyclopaedia Britannica.

Les Perses maîtres de Babylone

Des peuples jusque-là nomades comme les Araméens, les Peuples de la Mer – dont les Philistins – et les Hébreux fondent de petits royaumes du nord de la Syrie jusqu’au sud de la Palestine. C’est le début de l’âge du Fer, métal plus solide que le bronze, qui se répand à travers tout le monde méditerranéen.

Génie bénisseur androcéphale, cour Khorsabad, Paris, Musée du Louvre.Dans le nord de la Syrie, les descendants des anciennes élites hittites et les Araméens fondent ou restaurent de puissantes cités fortifiées décorées de sculptures monumentales en basalte et en calcaire comme à Karkemish, Sam’al ou Hama. Sur la côte libanaise, les Phéniciens se rendent maîtres du commerce maritime et voyagent jusqu’aux confins occidentaux de la Méditerranée fondant des colonies dont la plus célèbre est sans conteste Carthage sur la rive nord du continent africain (en Tunisie actuelle). Plus au sud, les royaumes d’Israël et Juda sont bordés à l’est par les royaumes d’Édom, Moab et Ammon.

C’est dans le courant du VIIIe siècle av. J.-C. que les Assyriens vont conquérir petit à petit tous ces royaumes, ainsi que l’Élam et l’Égypte. Le roi assyrien se dira alors maître des quatre directions (les quatre points cardinaux), c’est-à-dire roi du monde. Les magnifiques palais de Nimrud, Ninive et Dur Shar-rukin (l’actuelle Khorsabad) sont le reflet de la puissance et de la richesse assyrienne.

Panneau de briques : lion passant, époque néo-babylonienne, règne de Nabuchodonosor II, Paris, Musée du Louvre.

Cependant, en 612 av. J.-C., l’Empire assyrien s’éteindra suite à la victoire d’une coalition formée par l’Égypte, les Mèdes (peuple d’Iran apparenté aux Perses) et les nouveaux maîtres de Babylone, les Chaldéens. Les Babyloniens vont alors étendre leur pouvoir sur le Proche-Orient jusqu’en Égypte, notamment sous le règne du célèbre roi Nabuchodonosor II, qui embellira sa capitale en rénovant notamment la grande ziggurat de Babylone, Etemenanki, qui donna naissance au mythe de la tour de Babel. Les rois babyloniens, comme les Assyriens avant eux, contraignent une partie des élites du royaume de Juda à l’exil à Babylone où commence la rédaction des premiers livres de l’Ancien Testament.

En 539 av. J.-C., le roi perse Cyrus II entre dans Babylone. Il met fin à l’empire babylonien et autorise les Judéens à retourner dans leur pays et à reconstruire le temple de Jérusalem. C’est le début de l’empire perse qui sera le dernier grand empire oriental avant les conquêtes d’Alexandre le Grand vers 330 av. J.-C. Elles ouvriront la voie à une forte influence de la culture grecque qui marquera à jamais le monde méditerranéen sans toutefois éteindre les cultures orientales millénaires.

Petite chronologie

1750 c. : Code d’Hammurabi.
1600 c. : Les Cananéens inventent l’alphabet.

Domination égyptienne

XVe s. : Campagne victorieuse du pharaon Thoutmôsis III (temple de Karnak) – bataille de Megiddo.
Stèle provenant du temple funéraire de Mérenptah dite « Stèle d'Israël » ou « Stèle de Mérenptah », musée égyptien du Caire.1300 c. : Archives diplomatiques de Tell Amarna.
1205 : Première mention d’Israël sur la stèle du pharaon Mérenptah.
1200 c. : Au pays de Canaan, des Araméens s’installent dans les montagnes.
Fin Xe s. : Campagne victorieuse du pharaon Sheshonq.

Période monarchique

Xe s. : Royaume unifié de David et Salomon ?
Xe s. : Au nord, affirmation du royaume d’Israël. L’administration introduit l’écriture.
825 c. : Jéhu paie un tribut à l’Assyrie selon l’obélisque noir.
800 c. : Première mention de Yahvé sur la stèle de Mésha.
Josias, voûte de l'église de Balingen, Allemagne.722 : L’Assyrie met fin au royaume d’Israël.
VIIe s. : Au sud, affirmation du royaume de Juda.
640-609 : Règne de Josias. On commence par mettre par écrit les traditions.
612 : Chute de Ninive. Le royaume néo-babylonien monte en puissance.
587 : Prise de Jérusalem par Nabuchodonosor II. Fin du royaume de Juda.

Exil à Babylone

597 : Déportation de l’élite à Babylone. Exil : Relecture des événements et travail de réécriture considérable.

Domination perse

539 : Prise de Babylone par Cyrus. Retour d’exil : Naissance du judaïsme. Début de rédaction des livres bibliques.

Domination grecque

La révolte des Maccabées sur La Menorah de la Knesset, Jérusalem.332 : Conquête de la Palestine par Alexandre le Grand.
IIIe s. : Traduction de la Septante.
175 : Début de la révolte maccabéenne.

Brève autonomie

140 : Instauration de la dynastie hasmonéenne.

Domination romaine

63 : Prise de Jérusalem par Pompée.

Bibliographie

De Sumer à Canaan, l'Orient ancien et la Bible, Sophie Cluzan, Seuil, éditions du Louvre, 2005.

Le Croissant fertile

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Le Croissant fertile (cartographie Herodote.net)
Cette carte montre le Croissant fertile (en vert bien sûr). Dans cette région aujourd'hui en grande partie désertique qui va de l'Égypte à la Mésopotamie (l'Irak actuel) sont nées les villes, l'agriculture et l'écriture.


Publié ou mis à jour le : 2019-02-05 16:53:05

 
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