L'écriture - Histoire de quelques signes devenus vitaux - Herodote.net

L'écriture

Histoire de quelques signes devenus vitaux

L'écriture a envahi nos vies. D'abord réservée à quelques érudits, elle est devenue la base du bagage de connaissances que tout un chacun doit acquérir, au point que ceux qui ont du mal à la maîtriser se sentent exclus de notre société. Elle répond en effet à un des besoins fondamentaux des hommes, la communication.

Scribes égyptiens, musée archéologique, Florence

Plus pratique que des signaux de fumée...

Pour que des communautés puissent se former, il faut pouvoir échanger sur les opérations de commerce, diffuser des ordres et garder des archives, c'est-à-dire se créer une mémoire historique.

Certaines sociétés se sont développées en s'appuyant sur un système primitif de communication (les signaux de fumée par exemple), mais d'autres ont cherché à maîtriser au mieux l'échange des informations. En faisant confiance à quelques traits tracés à la hâte, elles sont entrées dans une nouvelle dimension à l'histoire riche et mouvementée : celle de l'écriture.

Quand on ne sait pas écrire, on dessine

Tonalamatl Aubin, manuscrit aztèque, fac-similé, 1900 (exposition à Figeac, musée Champollion) Les mots, les expressions du visage, les gestes, la musique... Il existe bien des façons de faire passer un message. Encore faut-il que l'interlocuteur soit à proximité !

Le problème se complique lorsque la communication ne peut être directe ou que l'on veut conserver ce message. Dans ce cas, et tous les enfants le savent, le plus simple est de représenter ce que l'on veut dire sous la forme de dessins.

Est-ce dans ce but que les artistes préhistoriques ont orné leurs grottes de scènes de chasses et de cavalcades ? On ne le saura peut-être jamais, mais il est certain que l'intention était bien de transmettre une information, comme semblent encore tenter de le faire ces empreintes de mains, pour certaines avec les doigts mutilés ou simplement repliés, comme dans la grotte Chauvet, peinte il y a 35.000 ans. Il s'agirait ici d'un système de code, souvent associé à des séries de points, qui montre la volonté de partager une information, avec d'autres hommes ou avec des divinités.

peinture de la grotte de Pech-Merle, 18 000 s. av. J.-C.

Apprendre d'abord à compter : Sumer

Bulle et calculi, Iran, 3000 av. J.-C., musée du Louvre, Paris (dépôt à Figeac, musée Champollion)Si la dimension religieuse, nous le verrons, a toujours été liée à l'écriture, ce n'est pas elle qui a poussé nos ancêtres à s'approprier le langage écrit.

Il fallait plus prosaïquement connaître le nombre de sacs de grains disponibles !

Les marchands mésopotamiens ont d’abord employé des cailloux («calculi» en latin, qui a donné… «calcul») pour faire leurs comptes, puis, à Uruk, il y a près de 6000 ans, ils les ont remplacés par des boules en terre cuite.

Tablette d'Uruk, 3300 av. J.-c., musée du Louvre, Paris Couvertes d'encoches plus ou moins importantes, ces boules devenues trop réductrices sont enfin remplacées par des tablettes servant d'aide-mémoire.

Les Sumériens utilisent pour cela les matériaux qu'ils ont à profusion dans cette région marécageuse, c'est-à-dire l'argile et le calame (roseau). Ils perfectionnent leur système numérique et ajoutent des symboles pour savoir s'il est question d'ânes, de poules ou d'épis...

Des signes qui ne ressemblent plus à rien

Le commerçant veut-il faire savoir qu'il a des bœufs à vendre ? Il lui suffit de dessiner quelque chose qui y ressemble. Ainsi apparaissent les premiers pictogrammes (représentations schématiques), d'abord assez ressemblants, puis de plus en plus simplifiés.

Aux dessins maladroits de poissons, soleils et charrues s'associent ensuite des idéogrammes (signes représentant une idée) comme le pied, pour désigner le déplacement. Petit à petit, ces dessins se simplifient à l'extrême au point de rendre difficilement reconnaissable la figure d'origine.

Dans le même temps, vers 3000 av. J.-C, en Mésopotamie, les traits deviennent anguleux, ce qui vaut à cette écriture le nom de «cunéiforme» (expression latin qui signifie : en forme de clou). Facilement identifiable, elle reproduit le bout triangulaire du calame utilisé par le scribe, qui ensuite trace un trait droit, gagnant un temps considérable. Mais du coup, les dessins perdent leur valeur figurative. Et pour aller plus vite, on passe de la lecture verticale à la lecture horizontale. On ne reconnaît plus rien, il faut trouver un autre système !

L'idée surgit, simple et révolutionnaire : il suffit d'attribuer au signe représentant un chat, le son «cha». Et le tour est joué ! La naissance de l'écriture phonétique permet d'élargir considérablement la famille des mots transposables à l'écrit, en particulier en ouvrant la voie aux notions abstraites. Les archives commerciales peuvent désormais cohabiter avec les hymnes religieux, les annales historiques et les récits légendaires, en un mot avec la littérature.

Le premier héros connu s'appelle Gilgamesh : son épopée, retranscrite 2.600 av. J.-C. par des scribes sumériens, compose le premier récit imaginaire connu, célèbre notamment pour son épisode du déluge, bien plus ancien que celui de la Bible. Plus récent, le fameux code d'Hammourabi (1700 av. J.-C.) est le premier recueil de lois.

Et puisque l'écriture s'appuie désormais sur les sons, pourquoi ne pas retranscrire d'autres langues ? C'est ainsi que nous pouvons aujourd'hui déchiffrer les textes des anciens peuples de l'Iran, de l'Arménie ou encore des Hittites d'Anatolie, preuve de l'extraordinaire capacité d'adaptation de cette invention.

Au pays des hiéroglyphes : l'Égypte

Scribe Kaninisout, musée du Louvre, Paris A la même époque, dans la vallée du Nil, d’autres scribes s'activent également à retranscrire lois et contrats depuis le IIIe millénaire av. J.-C. Cette pratique de l'écriture est devenue un art non seulement à cause de la beauté des textes, mais aussi de sa complexité.

Champollion peut en témoigner. Combien de spécialistes européens se sont arraché les cheveux en maudissant ces anciens Égyptiens, qui n'avaient pas trouvé plus simple que de mélanger les signes retranscrivant uniquement les consonnes, ceux désignant les idées et ceux destinés à faciliter l'identification des précédents. Bref, une sorte de rébus artistique pour grammairiens philosophes.

Le hiéroglyphe (du grec hieron, «sacré» et gluphein, «graver») est en effet sacré puisqu'il a été offert par le dieu Thot, «le scribe parfait aux mains pures», aux hommes pour les aider à s'approprier le monde.

Cartouches, temple d'Hatchepsout à Deir el Bahari (Égypte), 1500 av. J.-C.

La Chine aussi

Pendant que le Moyen Empire égyptien s'installe à l'ombre des pyramides, les Chinois ne chôment pas et mettent au point l'écriture qui est encore la leur aujourd'hui. Voici une invention qui a traversé les siècles.

Tsang-Kié, inventeur des caractères chinois, 1685, BnF, Paris D'après la tradition, ce serait le ministre Cang Jie qui, vers 2700 av. J.-C. , aurait fait trembler les dieux de rage lorsque, avec ses quatre yeux, il observa les traces des pattes des oiseaux pour faire les caractères d’écriture. Les premiers caractères s'inspirent en effet de la forme des réalités à décrire avant de se styliser (par exemple, l'homme : 人) ou de former des idéogrammes. Ainsi, il suffit d'associer le signe de l'eau (氵) à celui des cheveux (木) pour faire naître l'idée de se laver les cheveux (沐). On part également du son lui-même auquel on ajoute une «clé» pour éviter les confusions entre homophones. On arrive ainsi à former près de 55.000 signes ! Heureusement, «seulement» 3000 sont nécessaires dans la vie courante.

Désireux de généraliser l’usage de l’écriture, Mao décida en 1958 la simplification de la graphie en diminuant le nombre de traits formant les caractères. C'est la maîtrise même de ces traits qui a permis le développement de l'art de la calligraphie, facilité par l'invention du papier au début de notre ère. Notons que le Japon et la Corée s'inspirèrent de leur grand voisin pour mettre au point leur propre écriture, au IVs. pour le premier, au XVe pour le second.

Le Sutra de la Grande Vertu de sagesse, Moheboreboluomijing, Chine, fin du Ve siècle, BnF, Paris
Y-a-t-il un Champollion dans la salle ?

Disque de Phaïstos, musée archéologique, Héraklion (Grèce)Les paléographes ont encore du travail car plusieurs écritures restent à déchiffrer. C'est le cas du linéaire A utilisé par les Minoens de Crète (de 2000 à 1500 av. J.-C.) sur des tablettes mises à jour à Cnossos par Sir Arthur Evans.

Sur cette même île est sorti de terre en 1908 un des plus grands mystères de l'histoire de l'écriture : un disque d'argile contenant une suite de caractères disposés en spirale, et dont on n'a retrouvé aucun autre exemple.

Ce fameux «disque de Phaïstos» pourrait tenir compagnie à la «table de Cortone», plaquette de bronze couverte d'un texte étrusque que les spécialistes peuvent lire, mais pas comprendre.

Manuscrit de Voynich, XVe s., bibliothèque Beinecke, Université Yale L'étrusque est en effet une langue pré-indo-européenne qui a totalement disparu, alors que l'écriture de ce peuple, empruntée au grec, ne pose aucun problème de déchiffrement.

Ce n'est pas le cas des 26 «rongo-rongo» ou «tablettes parlantes» de l'île de Pâques réchappées des bûchers des missionnaires, et qui depuis se refusent à tout déchiffrage.

Dans une autre catégorie, citons enfin le manuscrit de Voynich dont la provenance est aussi mystérieuse que le texte qui couvre ses pages en vélin.

Écriture inconnue ou supercherie ? Toutes les hypothèses ont été avancées : à vous de vous pencher sur le problème...

Publié ou mis à jour le : 2013-11-27 16:53:25

 
Seulement
20€/an!

Des cadeaux
pleins d'Histoire

La boutique d'Herodote.net, ce sont des idées de cadeaux pour tous ceux qui aiment l'Histoire

Voir la boutique

Histoire & Civilisations
est partenaire d'Herodote.net


L'Antiquité classique
en 36 cartes animées


Nos utopies
Le blog de Joseph Savès