Émile Combes (1835 - 1921)

Artisan de la laïcité

Portraits d 'Émile Combes, Washington, Library of Congress.Figure célèbre du parti radical français, Émile Combes occupa de nombreux mandats sous la Troisième République : maire, sénateur, ministre et Président du Conseil.

Il chercha à évincer la religion de l’enseignement et de la vie publique, portant à son paroxysme le conflit entre la gauche républicaine et l'Église catholique, alors même que l'Église avait déjà beaucoup perdu de sa superbe. Ses méthodes brutales lui valurent de démissionner avec fracas du gouvernement. Quelques mois plus tard, les républicains purent ébaucher une solution d'apaisement.

Pénélope Pélissier

Jeune séminariste et professeur

Né le 6 septembre 1835 à Roquecourbe (Tarn), au sein d’une famille nombreuse et modeste, Émile Combes semble promis à la prêtrise. Il entre au petit séminaire à douze ans grâce à l’aide de son parrain curé avant de rejoindre le grand séminaire d’Albi. Il perd entretemps la foi et délaisse sa vocation religieuse en 1860 pour se tourner vers le monde profane et l’enseignement.

Après son doctorat, il devient professeur de rhétorique à Pons (Charente-Maritime) avant de changer à nouveau de cap : il déménage pour Paris pour étudier la médecine. Il revient à Pons en 1868 pour y installer son cabinet. Une dernière bifurcation marque son parcours : la politique. En 1876, il se porte candidat à la mairie de Pons… et remporte l’élection.

Émile Combes (au centre) et ses nouveaux ministres en 1902, Le Pèlerin, n° 1329, 22 juin 1902.

Jusqu’au-boutiste dans l’anticléricalisme

Inscrit à la gauche de la gauche, au Parti radical, Émile Combes fait son entrée au Sénat en 1885. Son ascension politique s'avère ensuite fulgurante. En 1894, il devient président du Sénat, puis ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et du Culte l’année suivante. Sept ans plus tard, en juin 1902, c’est la consécration : il accède à la Présidence du Conseil sous la présidence d'Émile Loubet et se voit attribuer le portefeuille de ministre de l’Intérieur et des Cultes.

Avec ces fonctions, le « Père Combes », ainsi surnommé en raison de son passage au séminaire, donne une nouvelle dimension à son combat pour la laïcité et contre le cléricalisme, une doctrine qui sera surnommée le « combisme ». Il reprend à son compte la formule de Léon Gambetta : « Le cléricalisme ? Voilà l'ennemi ! » (1877).

Le Combes de l’activité dévorante pour faire le mal, caricature d'Achille Lemot, Le Pèlerin, 27 juillet 1902. En agrandissement, caricature sur le combisme, Henry Somm, 21 mai 1904, Paris, BnF.Président du Conseil, il applique avec la plus extrême rigueur la loi du 17 juillet 1901 sur les associations. Celle-ci, qui découle de la politique de Jules Ferry, statue que toutes les congrégations religieuses sont dans l’obligation de demander une autorisation à l’État, plus précisément au Parlement, avant d’ouvrir une école. Toutefois, Combes se montre intransigeant : il rejette l’ensemble des demandes, sans même les examiner.

Parallèlement, il ordonne la fermeture de 3 000 établissements privés dirigés par des hommes d’Église. Enfin, en mars 1904, il instaure une loi empêchant les « congréganistes » (soit les moines et les religieuses) d’enseigner, et renvoie le personnel religieux des hôpitaux.

Émile Combes est favorable à un entre-deux : la remise en place du Concordat de Bonaparte dans l’ensemble du pays. Cela permettrait au gouvernement de surveiller les actions des Églises, et notamment de contrôler les dépenses du clergé. Mais le Pape Pie X, antimoderniste, ne l’entend pas de cette façon.

Lors de la visite du président Émile Loubet au Vatican en mars 1904, Pie X critique vivement les nouvelles lois françaises. Face à l’obstination du représentant du catholicisme, le Président du Conseil décide le 30 juillet de rompre les échanges avec le Vatican.

L’affaire des Fiches

En 1904, Émile Combes se retrouve en mauvaise posture : le ministre de la Guerre, le général André, se retrouve sous le feu des critiques avec « l’affaire des Fiches ».

Gare aux délégués ! Illustration à propos de l'affaire des fiches, Le Petit Journal illustré, 11 décembre 1904, Paris, BnF, Gallica. En agrandissement, Le dégel, caricature du Veau d'or prévoyant que les premiers jours de 1905 seront fatals à Combes et son cabinet, Paris, BnF, Gallica.Ce nom est dû au fait que les francs-maçons, sur ordre du général André, consignaient depuis le mois de mai les opinions politiques et les croyances religieuses des officiers sur des fiches à l’aide d’abréviations : « VLM » (« Va à la messe »), « VLMAL » (« Va à la messe avec un livre »).

Plus de 25 000 fiches sont ainsi rédigées, que le ministre consulte pour prendre une décision sur l’avancement : les républicains athées ou/et anticlériaux sont promus, les chrétiens mutés.

Un franc-maçon, Jean-Baptiste Bidegain, fait part de cet abus de pouvoir au Figaro. Le 27 octobre 1904, le journal publie un article sur « l’affaire des Fiches ». Les conservateurs sont scandalisés ; une trentaine de francs-maçons se désolidarisent de leur dirigeants et l’opinion réclame la démission du gouvernement. Le 15 novembre, le général André démissionne ; puis, le 24 janvier 1905, c’est au tour d’Émile Combes.

Fin de carrière

Ce n’est toutefois pas la fin de la carrière politique d’Émile Combes : en 1911, il est nommé chef du Parti républicain radical et radical-socialiste (PRRRS) et devient ministre d’octobre 1915 à décembre 1916, tout en restant sénateur et maire de sa ville d’élection, Pons, durant les dernières années de sa vie. Il s’éteint le 25 mai 1921.

Entretemps, le 9 décembre 1905, Aristide Briand fait voter une loi de compromis sur la séparation des Églises et de l’État qui met un terme aux outrances du « combisme ». Le pape Pie X s’oppose à la création d’associations cultuelles ; il publie deux encycliques interdisant aux évêques et aux prêtres français de se soumettre à la loi de 1905. Pour apaiser enfin les tensions, le Président du Conseil Georges Clemenceau promulgue  le 2 juillet 1907 une loi qui attribue l’entretien des édifices religieux aux communes.

Publié ou mis à jour le : 2021-06-02 04:45:57

 
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