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Albrecht Dürer (1471 - 1528)

Le visionnaire mélancolique


« Ici je suis un seigneur, là-bas un parasite ». Cette constatation cruelle que fait l'Allemand Dürer à son retour d'Italie montre bien le caractère ambivalent de celui qui fut un des fers de lance de la Renaissance artistique et intellectuelle : il était en effet à la fois sûr de son génie et angoissé de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir atteindre la perfection tant espérée.

Faisons mieux connaissance avec ce génie visionnaire dont le grand humaniste Érasme semblait avoir pressenti l'immortalité lorsqu'il déclara : « Un artiste comme lui serait digne de ne jamais mourir ».

Isabelle Grégor

Jésus parmi les docteurs, vers 1506, Albrecht Dürer, musée Thyssen-Bornemisza, Madrid.

La porte grande ouverte

On n'échappe pas à sa famille, aurait pu se dire Albrecht Dürer. Comment ne pas s'intéresser aux arts lorsque son grand-père était orfèvre en Hongrie ? Comment ne pas chercher à percer le mystère de la beauté quand on est élevé dans l'atelier d'un père admirateur inconditionnel du peintre van Eyck ?

Albrecht Dürer l'Ancien avait choisi de dédier sa vie à la création et pour cela avait dû quitter son pays d'origine pour s'installer à Nuremberg, foyer artistique incontournable alors. Il en devient citoyen en 1468 après avoir épousé à 40 ans la toute jeune Barbara qui lui donnera pas moins de 18 enfants, dont seuls 3 devaient atteindre l'âge mûr.

Autoportrait à l'âge de treize ans, 1484, Albrecht Dürer, musée palais Albertina, Vienne.Enfin autorisé à ouvrir sa propre boutique, il choisit de prendre le nom de Dürer, dérivé de l'allemand tür (« la porte ») en hommage à sa ville d'origine, Ajtòs (« la porte » en hongrois). C'est ici que fait ses premiers pas le troisième de la fratrie, né le 21 mai 1471 et baptisé du prénom de son père.

Peu intéressé par l'école, le garçon commence son apprentissage à 12 ans et révèle très vite non seulement une belle habileté dans l'utilisation des outils d'orfèvrerie mais aussi un extraordinaire talent de dessinateur, dextérité que ses contemporains vont attribuer à ses longs doigts minces.

En 1486, on le voit pousser la porte de ses voisins pour entrer en formation auprès du peintre Michael Wolgemut auquel il rendra hommage, 30 ans plus tard, dans un émouvant portrait.

Albrecht Dürer l'Ancien, Portrait au chapelet, 1490, Albrecht Dürer, Galerie des Offices, Florence. Mais c'est son père qui sera le sujet de son « chef-d'oeuvre » de fin d'études, trois ans plus tard : dans ce tableau sombre, l'oeil est attiré par les mains de l'orfèvre qui égrène un chapelet, mains qui faisaient l'admiration de son fils comme il l'écrira dans sa Chronique familiale (1523) : « Il a gagné de ses mains sa vie, celle de sa femme et de ses enfants ».

Plutôt solitaire, le jeune Dürer est soulagé lorsqu'on l'invite enfin à partir, comme le veut la coutume, finir son apprentissage sur les routes : « Dieu m’accorda l’assiduité afin que j’apprenne bien, mais mes compagnons me firent souffrir. Comme j’avais bien appris, mon père m’envoya au loin. Étant parti en l’an 1490 après Pâques, je revins en 1494 après la Pentecôte ».

Il ne nous en dira pas plus sur ces wanderjahre (années de voyage) qui ont dû le mener du côté des Pays-Bas puis à Colmar, Bâle où il rencontre le peintre Holbein l'Ancien, et Strasbourg. Désormais maître de son art, il peut rentrer dans sa famille.

La petite touffe d'herbe, Albrecht Dürer, milieu des années 1490 (?), aquarelle et gouache, Vienne, Albertina

« La libre cité de Nuremberg »

Nuremberg en 1493, illustration de la Chronique de Nuremberg d'Hartmann Schedel.Quelle chance pour Dürer que son père ait choisi de venir se fixer à Nuremberg ! La ville, située au cœur de l'Allemagne et des grandes routes européennes, connaît à l'époque un essor qui va en faire une des capitales de l'humanisme. Déjà importante symboliquement puisqu'elle avait été choisie pour conserver les joyaux de la Couronne, elle est devenue riche grâce à la métallurgie qui y a atteint un excellent niveau technique. Les meilleurs orfèvres et armuriers sont venus s'installer pour profiter de ce savoir-faire, permettant le développement de familles de marchands fortunés qui n'hésitent pas à envoyer leurs fils étudier par-delà les frontières. Ceux-ci en rapportent les idées nouvelles de la Renaissance qui sont diffusées grâce à l'invention de l'imprimerie dans les années 1450 à Mayence par un orfèvre, Gutenberg. Cette nouvelle activité trouve un foyer de prédilection à Nuremberg où se mêlent déjà travail de la gravure et foisonnement intellectuel. Il n'y a plus à Dürer, dont le parrain était un important imprimeur-éditeur, qu'à montrer son talent pour animer de ses illustrations gravées les premiers textes.

Aile de rollier bleu, vers 1500 ou 1512, Albrecht Dürer, musée palais Albertina, Vienne. L'agrandissement montre le tableau : Rollier bleu mort, vers 1500 ou 1512, Albrecht Dürer, palais Albertina, Vienne.

Signé AD

Il est attendu de pied ferme à Nuremberg : fini, les voyages et la jeunesse, il lui faut s'établir ! Et pour aller plus vite, on lui a choisi pendant son absence une épouse, Agnès, fils de riches artisans et marchands.

Agnès Dürer, 1494, Albrecht Dürer, musée palais Albertina, Vienne.Mais les deux jeunes gens, qui se sont installés pour de longues années chez les parents Dürer, n'ont guère de points communs et resteront sans descendance. C'est donc sûrement sans regret que le peintre repart peu de temps plus tard pour l'Italie, en 1494, alors même que la peste s'annonce dans sa ville natale.

Pour un artiste allemand, ce voyage est une première qui prouve qu'il a pris pleinement conscience du bouleversement artistique en train de se produire dans le Sud de l'Europe. Le voici à Milan où Vinci s'active à la même époque à la création de La Cène ; puis il rejoint Venise pour fréquenter l'atelier de Bellini avant de rencontrer Mantegna à Padoue.

La Vierge et l'Enfant endormi, Triptyque de Dresde, 1496, Albrecht Dürer, Gemäldegalerie, Dresde.De retour à Nuremberg, il ouvre à son tour son propre atelier et se lance dans une intense activité de création. Sa réputation est vite établie : à 25 ans, il est engagé par Frédéric de Saxe pour exécuter son portrait et diverses œuvres religieuses, dont le Triptyque de Dresde où est représenté l'Enfant endormi entouré d'angelots tout en mouvements.

Mais peintre n'est pas un métier d'avenir, il doit trouver une autre source de richesse : ce sera la gravure, genre encore nouveau mais promis à un bel avenir grâce au passage de la gravure sur bois à la gravure sur cuivre qui permet de multiplier les effets d'ombre et de clair-obscur.

Monogramme d' Albrecht Dürer. L'agrandissement dévoile le tableau : Lucane Cerf-Volant, 1505, Albrecht Dürer, Collection Oppenheimer, Londres.Dürer peut se féliciter de son choix avec le succès que remporte l'édition illustrée de son Apocalypse (1498) où il parvient à lier influences gothiques et renaissantes dans des visions terrifiantes de fin du monde. Il se lance donc dans la diffusion à large échelle de ses estampes qui contribuent à rendre célèbre à travers toute l'Europe son monogramme, un D inséré dans un grand A.

Désormais à la tête d'une véritable entreprise, il alterne avec autant de succès portraits et œuvres religieuses mais reste insatisfait de son art, notamment concernant sa gestion de l'épineux problème de la perspective : il doit repartir en Italie...

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Publié ou mis à jour le : 2018-01-22 08:01:37

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Patrice (22-01-201817:26:02)

Très bel article en effet, riche et diversifié, sur un des plus puissants génies de la Renaissance. Merci à l'auteur.

sonate (22-01-201812:22:23)

Article particulièrement remarquable par la multiplicité des angles traités : la vie, l'oeuvre, l'environnement artistique, la société, l'histoire, l'histoire religieuse... Bref, tout ce qui concourt à situer le peintre dans son temps, et contribue à la comprendre et l'apprécier.
Passionnant.
Bravo sans réserves à l'auteur.


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