| Le fascisme ne passera pas ! >> |
Le fascisme est un terme inventé par l'Italien Benito Mussolini après la Grande Guerre pour désigner son idéologie politique à base de nationalisme et d'autoritarisme. Tout en reprenant les recettes tactiques de Lénine, il s'oppose à celui-ci et aux bolchéviques qui se veulent internationalistes. Dans une Europe déboussolée par la guerre, les deux camps vont dès lors engager une lutte féroce et toujours actuelle...
Lénine et son successeur Staline vont très vite instrumentaliser l'antifascisme pour rassembler autour d'eux tous ceux qu'inquiètent les progrès du nationalisme en Europe mais aussi pour disqualifier leurs rivaux les plus proches, à savoir les sociaux-démocrates qui plaident pour le respect de la démocratie et du suffrage universel.
C'est ainsi que le 9 août 1931, les communistes du Land de Prusse, en Allemagne, ne craignent pas de joindre leurs voix à celles des nazis pour faire tomber le gouvernement social-démocrate de Prusse !...
Aux origines du fascisme
Ancien leader du parti socialiste italien, Benito Mussolini a rompu avec celui-ci à la veille de la Grande Guerre et plaidé pour l’entrée de son pays dans la guerre aux côtés des Alliés. Après le conflit, il partagea avec beaucoup d’Italiens le sentiment que leur sacrifice n’avait pas été récompensé comme il se doit par les traités de paix.
Mussolini fonda donc un parti sur le modèle de celui de Lénine, avec des milices - les Chemises noires - et l’objectif de s’emparer du pouvoir par la force. Mais à l’opposé de Lénine et des bolchéviques, il ne rêvait pas de révolution planétaire et affichait un nationalisme sans nuance. Il rejetait également la lutte des classes et lui préférait le « corporatisme » : patrons et salariés réunis dans des corporations sous la tutelle de l’État. Les fasci (en français faisceaux) furent érigés en symbole de son parti, fondé en 1919 à Milan. Ils rappelaient les faisceaux de baguettes ou de flèches des licteurs, officiers de la Rome antique. Ainsi naquit le fascisme (dico).
Bien que loin de la majorité au Parlement, Mussolini est appelé à la tête du gouvernement par le roi et les milieux conservateurs qui attendent de lui le rétablissement de l’ordre. Il crée dès 1924 un État totalitaire sous l’égide d’un chef tout-puissant, lui-même : « Il Duce ha sempre ragione » (« Le Chef a toujours raison » !). Des opposants de gauche réfugiés en France commencent alors à parler d’action antifasciste (azione antifascista).
En Italie même, Mussolini affiche de réels succès, jusqu’à lui valoir l’admiration de grands démocrates comme Churchill. Dans une Europe continentale ravagée par la guerre et déstabilisée par le redécoupage des frontières, le Duce ne tarde pas aussi à faire des émules : Horthy (Hongrie), Primo de Rivera (Espagne), Moustafa Kémal (Turquie), Pilsudski (Pologne), Salazar (Portugal). Tous ces gens sont mus par un conservatisme et un nationalisme aigus mais sont exempts de racisme et d’antisémitisme, sauf peut-être en Pologne et en Turquie.

En Allemagne, la démocratie issue de la République de Weimar peine à s'imposer dans le chaos consécutif à la Grande Guerre. D'anciens combattants constituent des corps francs (Freikorps) et rêvent de prendre le pouvoir et laver l'honneur de la nation allemande, à l'image de l'Italien Mussolini. Ce réveil du nationalisme allemand inquiète au plus haut chef les bolchéviques qui ont pris le pouvoir au Kremlin et tentent de fédérer les communistes du monde entier dans une Internationale communiste, le Komintern. Ce dernier lance donc en 1923 en Allemagne une Antifaschistische Aktion (« Action antifasciste ») mais son existence est éphémère et quasi-confidentielle.
De fait, dans la myriade nationaliste émerge un groupuscule, le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, Parti national-socialiste des travailleurs allemands), sous l'égide d'Adolf Hitler. Cet agitateur pétri d’admiration pour Mussolini, se couvre de ridicule en tentant de refaire la Marche sur Rome : c’est le Putsch de la Brasserie en 1923. Après un court passage par la case Prison, il en vient à comprendre, comme Mussolini lui-même, qu’il vaut mieux compter sur la bienveillance des milieux conservateurs pour prendre le pouvoir plutôt que sur la force.
Hitler se distingue de Mussolini et de ses émules sur un point essentiel : il nourrit des convictions racistes et antisémites portées à l’extrême. Loin des propos de salon contre les juifs ou du sentiment de supériorité dans lequel baignent les élites européennes, il prétend débarrasser l’Allemagne des Juifs d’une façon ou d’une autre ainsi qu’imposer la domination de la race aryenne sur le reste de l’humanité.
Tout bascule dans la décennie suivante, quand le krach du Jeudi noir à Wall Street entraîne le monde occidental dans une profonde crise économique et sociale...

Antifaschistische Aktion et Antifas
Dans les années 20, la République de Weimar a fini par s'imposer jusqu'à devenir une belle réussite démocratique, culturelle et politique,. Mais avec la crise, elle commence à fléchir sous les coups portés par les partis révolutionnaires : à gauche le KPD (Kommunistische Partei Deutschlands, parti communiste allemand), dirigé par Ernst Thälmann, et à droite le NSDAP d’Adolf Hitler.
L’un et l’autre disposent de milices paramilitaires fortes de plus de cent mille membres chacune : le Roter Frontkämpferbund communiste et la SA nazie (Sturmabteilung ou Section d’Assaut). Elles s’affrontent dans les rues et sèment la terreur.
Le 1er mai 1929, les communistes manifestent à Berlin en dépit d’une interdiction édictée par le gouvernement SPD du Land de Prusse. La police tire et l’on compte plus de trente morts lors de ce « Mai sanglant » (Blutmai).
Deux ans plus tard, les communistes joignent leurs voix à celles des nazis et des nationalistes lors d’un référendum organisé en Prusse le 9 août 1931 pour renverser le gouvernement social-démocrate !
Par la suite, Ernst Thälmann accuse régulièrement le SPD d’être « l’aile modérée du fascisme ! »
Là-dessus, les 13 mars et 10 avril 1932 interviennent les élections présidentielles. Le vieux maréchal Paul von Hindenburg est candidat à sa réélection face à Hitler, confiant en ses chances, et Thälmann.
Les sociaux-démocrates du SPD s'abstiennent de présenter un candidat pour donner toutes ses chances au conservateur Hindenburg. Leur mot d'ordre : « Schlagt Hitler! Darum wählt Hindenburg! » (« Battez Hitler ! C'est pourquoi votez Hindenburg ! »). Grâce à quoi Hindenburg est en définitive réélu avec 53% des voix contre 36,8% à Hitler et 10,2% à Thälmann.
Le 17 avril 1932, excédé par les violences des rues (on compte cette année-là une centaine de morts du fait des paramilitaires), le chancelier Brüning dissout les milices nazies SA et SS.
Le parti communiste allemand en profite pour proposer aux sociaux-démocrates, de façon quelque peu cynique une alliance contre le fascisme, mais une alliance à la base, entre ouvriers communistes et socialistes, qui contournerait les appareils des partis. Les dirigeants sociaux-démocrates y voient non sans raison un piège destiné à les étouffer et déclinent la proposition.
Qu'à cela ne tienne, le KPD n'en réactive pas moins l'Antifaschistische Aktion (« Action antifasciste »). La nouvelle organisation ne tarde pas à être désignée sous l’abréviation Antifa !
Ce qualificatif d'antifasciste atteste que le nazisme est encore perçu comme une simple variante du fascisme italien alors qu'il s'en distingue par son caractère foncièrement raciste et antisémite : Hitler accuse les Juifs d'être les principaux responsables du traité de Versailles et il ne songe pas seulement à effacer cette humilitation ; il veut aussi imposer la domination de la race ayenne (allemande) sur les autres.
L’opinion publique ne prend pas au sérieux le racisme et l’antisémitisme qui sont pourtant au cœur du nazisme. Ainsi que le raconte l’historien Laurence Rees (Ils ont vécu sous le nazisme, Perrin, 2005), beaucoup de SA ont des petites amies juives et, en conséquence, on se dit qu’ils n’iront jamais jusqu’au bout de leurs slogans !
Avec Antifa, le KPD prétend constituer un front des travailleurs face à la violence nazie.
Mais ce « front républicain » avant l’heure est illusoire par le fait que le KPD communiste ne cesse d’attaquer le Parti social-démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD), qualifié de « social-fasciste » !
C’est du pain bénit pour Hitler. Le 30 janvier 1933, il est appelé à la tête du gouvernement par les élites conservatrices… comme Mussolini dix ans plus tôt.
« À bas le fascisme ! »
Staline tarde à tirer les leçons de l'échec cinglant de l'« Action antifasciste » en Allemagne ! En France, lors du Comité central du PCF du 24 janvier 1934, le secrétaire général Maurice Thorez déclare : « Tous les partis de la bourgeoisie, y compris les fractions de la social-démocratie, coopèrent à l’œuvre de fascisation ! »
Mais là aussi, les équilibres politiques paraissent basculer du côté de l'extrême-droite. L’opinion publique a étééchaudée par le scandale du Crédit municipal de Bayonne, une affaire de corruption dans laquelle sont impliqués un escroc, Alexandre Stavisky, et plusieurs personnalités politiques.
Le jour de l’investiture du nouveau Président du Conseil, Édouard Daladier, le 6 février 1934, les ligues de droit appellent à manifester à Paris, en face de la Chambre des députés (le Palais-Bourbon), au cri de « À bas les voleurs ». Trente mille personnes s’y retrouvent : militants de l’Action française (royaliste, germanophobe), de Solidarité française, etc. Mais la manifestation dérape, la police perd ses moyens et tire. Près de vingt personnes sont tuées.
La gauche croit voir immédiatement dans cette manifestation une tentative de coup d’État fasciste ! Quant à Staline, qui règne sur les communistes du monde entier, il prend acte, enfin, de son échec et renonce à stigmatiser les sociaux-démocrates et les radicaux comme il l’a fait en Allemagne.
Bientôt, en France comme en Espagne, les communistes et les socialistes vont pouvoir constituer des Fronts populaires et accéder au pouvoir. Ainsi en Espagne le 16 février 1936 et en France le 3 mai 1936.
Si en France, les élections ont pu se dérouler dans la sérénité, il n’en va pas de même en Espagne où elles ont été précédées par des violences assez également réparties dans les deux camps, à gauche comme à droite.
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