1er août 1291

Le pacte fédéral suisse et le serment du Grütli

Au début du mois d'août 1291, une trentaine de rudes montagnards se réunissent dans la prairie du Grütli (ou Rütli selon l'orthographe alémanique), au-dessus du lac des Quatre-Cantons. Ils se prêtent serment d'assistance mutuelle contre les exactions de leur seigneur.

De ce jour date selon la tradition la naissance de la Suisse indépendante.

Le 1er août 1891, en souvenir de ce pacte, et aussi en référence au 700e anniversaire de la fondation de Berne, capitale confédérale, les autorités suisses ont demandé aux cantons de sonner les cloches à 19h et d'organiser des feux de joie ! En 1899, le 1er août a été décrété fête nationale. Ce jour est chômé depuis 1994 suite à une votation populaire.

André Larané
Solidaires en dépit de leur diversité

Drapeau officiel de la Confédération helvétique (Suisse)Protégée par ses montagnes et fortifiée par le courage de ses habitants, la Suisse, qui tire son nom du canton de Schwyz (en allemand, Schweiz), se présente depuis l'origine comme une confédération de cantons (ou « lieux »). La Confédération suisse (nom officiel) en compte aujourd'hui 26. C'est un État très décentralisé.

Jaloux de leur indépendance, les cantons sont seulement unis par une solide coalition d'intérêts. Quiconque circule à Lausanne ou Neuchatel (Suisse francophone ou romande) a du mal à se figurer que les deux tiers de la Suisse relèvent de l'aire germanophone. L'inverse est également vrai à Zurich ou Lucerne (Suisse germanophone ou alémanique).

Des montagnards attachés à leurs libertés

Le col du Saint-Gothard, au coeur des Alpes, est une voie commerciale de première importance entre l'Allemagne et l'Italie. Au cours du XIIIe siècle, son franchissement en est facilité par la construction d'un pont dans le défilé des Schöllenen, le « pont du Diable » (cet ouvrage a défié les siècles jusqu'en 1888).

Les communautés paysannes des « pays forestiers » (Waldstaten), au nord du massif du Saint-Gothard et sur les bords du lac des Quatre-Cantons, profitent des droits de passage générés par le trafic commercial. Elles s'enrichissent et consolident leur autonomie. Mais celle-ci ne tarde pas à être menacée par le comte Rodolphe Ier de Habsbourg, dont les domaines cernent les « pays forestiers » et mordent de plus en plus à l'intérieur.

Pour se défendre contre ses empiètements, les montagnards obtiennent de l'empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen l'« immédiateté ». Par ce privilège féodal, ils dépendent directement (ou immédiatement) de l'empereur (lointain donc peu gênant) et ne doivent rien au comte.

Mais voilà que le 1er octobre 1273, plus de vingt ans après la mort de Frédéric II, Rodolphe Ier de Habsbourg est à son tour élu empereur d'Allemagne. Il se croit dès lors en mesure de réduire les libertés dont bénéficient ses sujets montagnards. Il en a d'autant plus besoin qu'il mène de coûteuses expéditions dans les régions danubiennes et manque d'argent.

Prenant exemple sur les villes italiennes qui ont réussi à conquérir leur autonomie, trois communautés décident de faire front. Il s'agit des cantons d'Uri et de Schwyz ainsi que du demi-canton de Nidwald, qui fait partie avec Obwald du canton d'Unterwald (ou Unterwalden).

Tous contre un...

Les montagnards mettent à profit le passage à vide qui suit la mort de l'empereur Rodolphe Ier, survenue à Spire le 15 juillet 1291, pour réunir leurs forces. Leurs représentants se retrouvent dans la prairie de Grütli « en l'an du Seigneur 1291 au début du mois d'août ». Là, ils s'engagent à se défendre ensemble contre les empiètements des Habsbourg, à se prêter secours en cas d'attaque, n'accepter aucun juge étranger, trancher leurs différends par l'arbitrage des plus sages et punir les criminels, incendiaires et voleurs.

Extrait :
Que chacun sache donc que, considérant la malice des temps et pour être mieux à même de défendre et maintenir dans leur intégrité leurs vies et leurs biens, les gens de la vallée d'Uri, la landsgemeinde de la vallée de Schwytz et celle des gens de la vallée inférieure d'Unterwald se sont engagés, sous serment pris en toute bonne foi, à se prêter les uns aux autres n'importe quel secours, appui et assistance, de tout leur pouvoir et de tous leurs efforts, sans ménager ni leurs vies ni leurs biens, dans leurs vallées et au dehors, contre celui et contre tous ceux qui, par n'importe quel acte hostile, attenteraient à leurs personnes ou à leurs biens ( ou à un seul d'entre eux), les attaqueraient ou leur causeraient quelque dommage. Quoi qu'il arrive, chacune des communautés promet à l'autre d'accourir à son secours en cas de nécessité, à ses propres frais, et de l'aider autant qu'il le faudra pour résister à l'agression des méchants et imposer réparation du tort commis. (...)
Fait en l'an du Seigneur 1291 au début du mois d'août.

On va longtemps perdre la trace de ce pacte fédéral rédigé en latin et couché sur un parchemin. Celui-ci sera retrouvé en 1758 dans les archives du canton de Schwytz.

Il avait été conclu pour l'éternité mais ses signataires n'entendaient en rien fonder une Nation... Il n'empêche qu'à la fin du XIXe siècle, en souvenir de cet événement et pour raffermir l'unité nationale, ébranlée par la guerre du Sonderbund (1847), les Suisses ont fait du 1er août leur fête nationale.

Le pacte fédéral suisse de 1291

Le serment du Grütli

Au fil des siècles, le pacte fédéral va se confondre dans la mémoire collective avec une histoire rapportée par un chroniqueur de la fin du XVe siècle, celle de trois vigoureux montagnards dénommés Walter Fürst, Werner Stauffacher et Arnold de Melchtal, qui se sont eux aussi rencontrés sur la prairie du Grütli, près du Saint-Gothard, vers 1307.

Comme leurs prédécesseurs, ils ont fait serment de se défendre ensemble contre les agissements des Habsbourg, des soldats et des brigands.

Le poète romantique allemand Friedrich von Schiller (1759-1805) évoque ce serment dans son drame Guillaume Tell. Voici comment il l'imagine (Acte II, scène 2) :

Nous voulons être un seul peuple de frères,
Ne jamais nous séparer lors d’une difficulté et d’un danger.
Nous voulons être libres comme le furent nos pères,
Plutôt la mort que de vivre en esclaves.
Nous voulons croire en Dieu le plus haut
Et ne pas éprouver de crainte du pouvoir des hommes
(note).

Guillaume Tell

Depuis le XVe siècle, les Suisses se délectent de l'histoire de Guillaume Tell, qui est à vrai dire un condensé de différents récits oraux, la réalité historique du héros national n'étant en rien attestée.

Cet habile archer est originaire du village d'Altdorf, capitale du canton d'Uri. Son bailli, Hermann Gessler, gère avec dureté les intérêts des Habsbourg. Il plante sur la place du village un pieu surmonté de son chapeau et ordonne à chacun de s'incliner en passant devant lui.

Guillaume Tell refuse d'obéir. Le bailli le fait arrêter et lui impose en guise de sanction de tirer avec son arbalète sur une pomme placée... sur la tête de son fils Walter. C'est ça ou la mort immédiate pour le père et le fils !

L'affaire se serait déroulée le 18 novembre 1307. Prenant deux « carreaux » (flèches d'arbalète) entre les doigts, Guillaume Tell vise la pomme et la fend en deux. Le bailli, qui assiste à la scène, lui demande pourquoi il a pris deux carreaux. Et lui de répondre que s'il avait touché son fils, il aurait aussitôt dirigé le second carreau vers le bailli.

Ce dernier, n'appréciant pas la plaisanterie, ordonne qu'on emmène l'archer dans sa forteresse, de l'autre côté du lac de Lucerne. Mais le rebelle réussit à s'enfuir en sautant de la barque et, gagnant par ses propres moyens la forteresse, tue pour de bon le méchant bailli.

Publié ou mis à jour le : 2019-07-09 17:22:15

 
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