1945 l'empire rompu

Syrie, Algérie, Indochine

Henri de Wailly (Perrin, 309 pages, 22 euros,  2012)

1945 l'empire rompu

En 1945, la France affronte trois crises coloniales majeures, alors que la Seconde Guerre mondiale s'achève à peine.

En Syrie, en Algérie et en Indochine, les peuples se réveillent et réclament l'indépendance de leur pays.

L'historien Henri de Wailly analyse les errements de la politique coloniale française dans un essai très convaincant.

Il dresse d'abord un constat implacable : «La France qui s'affirme généreuse, républicaine et libérale, va se montrer pendant vingt ans violente autant qu'hésitante, mais constante dans son incapacité à maîtriser une situation qui se répète».

En 1945, la France fait figure d'exception tandis que les États-Unis annoncent qu'ils quittent les Philippines et la Grande-Bretagne ouvre les portes à l'indépendance de l'Inde et de la Birmanie.

Les trois crises ne sont pas traitées sur un même plan. Spécialiste de l’histoire du mandat français sur la Syrie et le Liban, l’auteur développe beaucoup plus ces événements au Levant au détriment des crises algériennes et indochinoises.

L'historien raconte dans le détail ces journées dramatiques d'affrontements entre les troupes françaises et les indépendantistes syriens qui culmineront avec le bombardement de Damas fin mai 1945.

Des promesses non tenues

La frustration est immense pour les peuples syriens et libanais. Le mandat français confié par la SDN dure depuis 1920. Il a été vécu comme une période de colonisation pure et simple. En 1936, le Front populaire avait pourtant promis l'indépendance dans un délai très court. Mais le traité n'a pas été discuté par le Parlement français.

En 1941, alors que les Français libres dans le sillage des soldats britanniques chassent les militaires fidèles à Vichy, De Gaulle et son représentant le général Catroux renouvellent les promesses d'indépendance. Dans le cas de la Syrie, c’est clairement la rivalité avec la Grande Bretagne qui pousse les Français à se montrer intransigeants.

«Ne voulant pas laisser le champs libre aux Anglais, tous les prétextes seront bons pour retarder l'indépendance : lutte contre les vichystes, participation à l'effort de guerre de ce territoire stratégique et enfin nécessité de signer un traité pour valider la fin du mandat», note l'auteur.

Une répression brutale

Les deux autres crises étudiées sont plus connues mais on reste frappé par le resserrement de la chronologie.

En Algérie, c'est l'emprisonnement du leader indépendantiste Messali Hadj qui met le feu au poudre. Ses partisans choisissent le 8 mai 1945 pour manifester leur colère en même temps que les défilés célébrant la fin de la guerre. Une centaine de Français sont assassinés dans le Constantinois à Sétif et Guelma. La répression sera brutale, faisant des milliers de morts dans toute la région.

Comme au Levant, De Gaulle ne veut pas céder un pouce de terrain. Car l'Algérie est considérée comme une partie du territoire national. Elle a servi de base à la reconquête de la France depuis le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942.

De Gaulle craint les visées anglo-américaines sur la rive sud de la Méditerranée pour sécuriser leurs approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient. Henri de Wailly cite des rapports étonnants montrant que les autorités militaires et les services de renseignement signalaient la présence d'agents de l'Intelligence Service anglais dans la région de Constantine au moment des troubles.

Ho Chi Minh proclame l'indépendance du Vietnam

En Indochine, c'est la méconnaissance d'une situation très complexe qui va provoquer des décisions catastrophiques. Durant toute la guerre, la colonie d'Extrême-Orient a vécu en autarcie complète, occupée par les troupes japonaises qui laissent en place les autorités françaises.

En 1945, le corps expéditionnaire emmené par le général Leclerc va se heurter au nationalisme très fortement implanté et incarné par un leader charismatique Ho Chi Minh. Ce dernier forme son propre gouvernement à Hanoï le 17 août et proclame l'indépendance du Vietnam le 2 septembre.

Face aux difficultés pour reprendre Saigon et le sud de la péninsule, Leclerc va prendre conscience que cette reconquête d'une colonie perdue va mener la France dans une guerre longue et coûteuse.

Malheureusement, cette position n'est pas partagée par l'amiral d'Argenlieu, nommé haut-commissaire en Indochine par De Gaulle qui se méfiait du patron de la 2e DB.

Lutter contre la perte d'influence internationale

Le rôle du général de Gaulle dans cet embrasement général des colonies est finement analysé par l'historien.

«Blessé par la défaite de 1940, humilié par les Alliés qui l'ont tenu à l'écart des grandes décisions stratégiques, le but unique de De Gaulle est de rendre au pays sa grandeur, le statut qui fut le sien avant-guerre. Or l'empire en est un attribut essentiel. Ce à quoi il résiste, en imposant des répressions, ce n'est pas à une évolution qu'il estime inévitable mais à une perte d'influence internationale. Ce n'est pas aux Syriens, Algériens, Vietnamiens qu'il s'oppose mais à ceux qui les domineraient si la France abdiquait».

À l’opposé de cette figure de l’homme politique déconnecté des réalités du terrain, Henri de Wailly reconnaît les mérites de Catroux et de Leclerc qui auraient pu faire évoluer les événements différemment.

Malheureusement le premier a été écarté de Syrie fin 1943 et le second n’avait pas les pleins pouvoirs en Indochine.

L'essai d'Henri de Wailly reste d'une lecture très instructive même s'il manque d'une introduction générale plus complète.

On déplorera aussi plusieurs erreurs flagrantes de chronologie qui irriteront nombre de lecteurs : la Libération de Paris datée du 23 août au lieu du 25 ; le Congrès de Tours en 1924 au lieu de 1920 ; ou encore l'Armistice de 1940, signé un 25 juin au lieu du 22 !

Laurent Pericone

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 07:42:47

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