Toute l'Histoire en un clic
Ami d'Herodote.net
>> 14 janvier 2011

Vous avez accès à
un dossier complet
autour de ce sujet :

Articles récents
Les 10 articles les plus lus
Publicité

14 janvier 2011

Révolution tunisienne


Le 14 janvier 2011, le président tunisien Ben Ali s'enfuit piteusement en avion vers l'Arabie séoudite, emmenant avec lui sa famille et ses trésors.

Sa fuite est l'aboutissement des émeutes suscitées dans toute la Tunisie  par l'immolation volontaire d'un jeune marchand ambulant, trois semaines plus tôt. Il s'agit de la première révolution démocratique et sociale qu'ait jamais connue le monde arabe. Célébrée avec enthousiasme tout autour de la Méditerranée, elle va toutefois faire long feu.

Joseph Savès

Tension

La révolution tunisienne naît du ressentiment des citoyens à l'égard du président Zine el-Abidine Ben Ali (75 ans) après 23 ans d'un pouvoir sans partage et en dépit du soutien des chancelleries arabes et occidentales, qui voyaient en lui le rempart contre une très hypothétique menace islamiste.

Les jeunes citadins, qui bénéficient d'un niveau d'éducation appréciable, tant chez les femmes que chez les hommes, et ont tissé des liens étroits avec la rive européenne de la Méditerranée, n'en peuvent plus de l'oppression policière.

Issue du développement économique des dernières décennies, la classe moyenne supporte de plus en plus mal la corruption et la mainmise du clan présidentiel sur les entreprises du pays.

Les injustices sociales sont aggravées et mises à nu par la crise économique mondiale. En ce sens, cette révolution apparaît comme la première conséquence géopolitique de la crise des « subprimes » de 2008.

Explosion

L'étincelle qui déclenche la Révolution est un jeune marchand ambulant de Sidi Bouzid, Mohamed Bouazizi (26 ans). Ce diplômé réduit à de petits boulots s'immole par le feu le 17 décembre 2010, devant le governorat de sa ville, après qu'un policier eut saisi sa carriole.

La population, indignée, se jette dans la rue. La contagion gagne les autres villes avant d'atteindre la capitale, Tunis. Les jeunes manifestants contournent la censure grâce au recours à internet. Les consignes et les convocations aux manifestations sont transmises par Facebook. C'est une première mondiale en matière de révolution.

La répression policière fait plusieurs dizaines de morts sans arriver à restaurer l'ordre. Sollicité de faire intervenir les militaires, le chef d'état-major Rachid Ammar s'y refuse. L'armée prend le parti des manifestants. Il est vrai qu'à la différence de son homologue algérienne, cette armée n'a pas de prise sur le pouvoir et ne peut se prévaloir d'aucune « légitimité patriotique », n'ayant pas eu à mener une guerre d'indépendance.

Ben Ali comprend qu'il n'a plus de carte en main... Il n'aura fallu en définitive que quelques semaines au peuple tunisien pour le renverser. Le plus difficile lui reste à faire : construire une démocratie moderne dans un contexte économique déprimé.

Élue en octobre 2011, l'assemblée constituante entame la rédaction d'une nouvelle Constitution mais ses travaux sont perturbés par l'agitation politique et le retour en force du parti islamiste d'opposition Ennahda, dont les dirigeants reviennent d'exil. En dépit de premiers succès électoraux, les islamistes sont en définitive évincés du pouvoir et la démocratie tunisienne se stabilise avec le vote le 4 janvier 2014 d'une Constitution résolument laïque, fidèle à l'héritage d'Habib Bourguiba, le fondateur de la Tunisie moderne. 

« Révolution tunisienne », un point c'est tout.

Il est regrettable que certains commentateurs se soient cru obligés de qualifier la Révolution tunisienne d'un nom de fleur, le jasmin. Quitte à se ridiculiser, autant rebaptiser la Révolution française : « Révolution du bleuet »... Notons d'autre part que le qualificatif de « Révolution du jasmin » a déjà été attribué au coup d'État médical de Ben Ali (déposition de Bourguiba le 7 novembre 1987).

Incertitude (2016)

La révolution tunisienne, dès 2011, a exacerbé les tensions politiques dans le reste du monde arabe bien qu'aucun pays ne réunit des conditions aussi propices à une émergence de la démocratie : niveau d'éducation plutôt élevé, fort attachement à la laïcité et quasi-absence de la mouvance islamiste.

Il faut rappeler à ce propos que la Tunisie fait figure d'exception dans le monde arabo-sunnite. Elle a abrogé officiellement l'esclavage dès le 23 janvier 1846 (en avance sur la France !) et s'est dotée d'un régime parlementaire dès le 26 avril 1861. Après le protectorat français, elle a été à la pointe du combat pour la laïcité et l'égalité des sexes dans le monde musulman grâce à l'action éclairée d'Habib Bourguiba, le père de l'indépendance. Il a seulement fallu que son successeur Ben Ali s'accroche plus que de raison au pouvoir pour que tout bascule...  

L'Égypte et son potentat octogénaire, Hosni Moubarak, aussi apprécié des gouvernants occidentaux que l'était Ben Ali, ont fait les frais du coup de tonnerre tunisien. La démission d'Hosni Moubarak, le 11 février 2011, a été suivie d'une longue période d'incertitude, marquée par des confrontations entre les Frères musulmans, l'armée et la fraction laïque de la population citadine, mais aussi de nouvelles violences contre la minorité chrétienne copte, avant d'aboutir à un retour à la case départ avec la reprise en main du pays par l'armée et le général al-Sissi, soutenus par l'Arabie séoudite.

La Libye et la Syrie, à leur tour touchées par la vague insurrectionnelle, ont connu quant à elles de douloureuses guerres civiles dont on ne voit pas la fin.

En Libye, l'agitation a très vite pris des couleurs tribales et réveillé l'opposition entre les provinces de Tripolitaine et Cyrénaïque, avant que les maladresses de l'Occident et l'activisme des islamistes n'aboutissent au succès de ces derniers sur fond de chaos. En 2015, nul ne voit encore d'issue à ce conflit sauf à imaginer un ralliement des chefs de tribus au fils du dictateur déchu. Là aussi, comme en Égypte, l'issue raisonnable de la « Révolution » passerait par un retour à la case départ.

En Syrie, en 2015, rien ne permet encore de voir une issue au chaos né de la « Révolution ». Celle-ci était de fait illusoire, considérant la mosaïque religieuse du pays, la démocratie ne pouvant aboutir qu'à la dictature de la majorité, rejetée avec effroi par les chrétiens et les Alaouites. De fait, ceux-ci sont aujourd'hui massacrés ou acculés à l'exil.

L'illusion révolutionnaire de 2011, dont on taira par charité les échos iréniques dans la presse européenne et française, a abouti en définitive à une faillite dramatique dans l'Orient arabe (le Machrek). En Tunisie même, elle a seulement permis un retour très partiel à la démocratie d'antan.

Publié ou mis à jour le : 2016-02-04 10:35:59

Suivez Herodote.net sur twitter
Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

Quelle relique a abrité la Sainte Chapelle de Paris ?

Réponse
Publicité