Saint Germain d'Auxerre

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Saint Germain d'Auxerre

Évêque, gouverneur et général


Jean-Pierre Soisson (Éditions du Rocher, 22 pages, 21 €,  2010)
 

Saint Germain d

Dans la vie de saint Germain, né vers 378 et mort en 448, il est difficile de distinguer l’histoire de la légende.

C’est pourtant ce que tente de faire avec talent Jean-Pierre Soisson, ancien ministre et ancien maire d’Auxerre, dont il est encore le député. Passionné d’histoire, il y avait créé, en 1986, un Centre d’études médiévales, en faisant appel à deux historiens de premier plan : Georges Duby et Jacques Le Goff.

Saint Germain d'Auxerre s'impose comme le grand évêque gaulois du Ve siècle, à une époque d'apocalypse et de transition : en 378, la bataille d'Andrinople voit les Goths anéantir l'armée de l'empereur Valens ; en 410, Alaric prend Rome et, en 451, trois ans après sa mort, Attila envahit la Gaule.

Germain fut à la fois gouverneur au nom de l’empire romain finissant et évêque d’Auxerre, et c’est à ce titre qu’il traversa deux fois la Manche, à la tête d’une armée, pour aller en Angleterre combattre l’hérésie pélagienne.

«Alors que tout s’effrite – l’armée, l’économie, la société – une seule puissance grandit : l’Église. Ses évêques jouent un rôle de médiateurs ; ils relaient les décisions du pouvoir romain et prennent en charge les aspirations du peuple. Ils s’efforcent de limiter les impôts, maintiennent l’ordre public» (Page 77).

C’est au début de sa première expédition, alors qu’il descend la Seine, qu’il rencontre sur la rive de ce qui est aujourd’hui Nanterre une petite fille âgée de dix ans, qui deviendra saint Geneviève, et il la consacre à Dieu.

Dix-sept ans plus tard, il devait la revoir, à Lutèce, lors de son second voyage en Angleterre. «Comme Germain, elle choisit l’Église et l’empire. Ce calcul politique la conduisit à soutenir les Francs païens, à favoriser leur expansion, et à les inciter à se convertir au catholicisme...Ce fut le triomphe posthume de Germain : Geneviève, sa fille spirituelle, permit la construction d’un royaume à la fois chrétien et romain, qui donna naissance à la France» (Page 145).

Saint Patrick, l’apôtre de l’Irlande, un Celte romanisé d’Angleterre – son père était à la fois diacre et décurion chargé de collecter l’impôt – vint ensuite rejoindre Germain à Auxerre, qui était alors le principal centre de formation des missionnaires en pays Celte. Devenu évêque d’Irlande en 432, il passa trente ans à convertir l’île.

Les contradictions des sources rendent difficile la recherche de la vérité. On peut néanmoins tirer de cette histoire deux observations. La première est qu’en Gaule, l’Église avait déjà pris le pouvoir avant même la chute de l’empire. Si l’ordre d’aller guerroyer en Angleterre vient bien de Rome, il ne vient pas de l’empereur mais du pape. Ce sont des évêques qui commandent les troupes.

Dans le cas de Germain, on sait par ailleurs qu’il avait été officier, puis haut fonctionnaire. La seconde observation est que la situation démographique en Gaule ne devait pas être si mauvaise, puisqu’on pouvait encore y lever des troupes pour aller combattre en Grande Bretagne, province abandonnée depuis 407.

On ne sait pas pourquoi Germain, à la fin de sa vie, entreprit un long voyage en Italie, à Ravenne, alors capitale de l’empire romain, jusque dans le palais de l’impératrice Galla Placidia. C’est avec impatience qu’on l’y attendait, au début de juillet 448. «Mais l’admiration qu’il suscitait à la cour impériale était d’ordre spirituel et, sur ce plan-là, sa renommée augmentait chaque jour. Les foules accouraient à sa rencontre, les malades étaient guéris. Il ne se déplaçait qu’entouré de six évêques. Il s’imposait à tous par sa simplicité, son austérité, sa pratique de la charité» (Page 163).

Après une maladie de sept jours, il mourut, le 31 juillet 448. L’impératrice l’habilla, mais elle garda pour elle le sachet de reliques qu’il portait à son cou. Une procession escortée de soldats d’élite et de cinq jeunes filles de grande famille ramena son corps à Auxerre. Il y arriva le 22 septembre, le jour de la fête de Saint Maurice, le commandant martyr de la légion thébaine.

À partir de cette date, Auxerre devint un lieu de pèlerinage où, un demi-siècle plus tard, Clotilde vint demander à Dieu la conversion de Clovis, et où elle fit ensuite construire une basilique.

Claude Fouquet