L'astre de la nuit - Promenade au clair de lune - Herodote.net

L'astre de la nuit

Promenade au clair de lune

Cendrée, rousse, nouvelle, en croissant ou jouant à cache-cache... La lune est pour tous les amis Pierrot une vieille camarade qui fascine, séduit et inquiète. Et même lorsque, il y a 50 ans, le monde étonné l'a regardé être piétinée par un astronaute, elle n'a rien perdu de son pouvoir d'attraction.

Levons un peu le nez vers les étoiles pour tenter de la décrocher et rendre hommage à notre tour à la belle dame lumineuse !

La nuit, effet de lune, Félix Vallotton, 1909. L'agrandissement présente le tableau René Magritte, La Page blanche, 1967, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Une montagne comme escabeau

À l'origine du culte de la lune, il y a certainement son caractère facétieux : comment expliquer que cette lumière dans le ciel s'amuse à disparaître tous les quatre matins ? Par quel miracle revient-elle avec une telle régularité protéger les humains, perdus dans la nuit ?

Omniprésente dans la vie des premiers hommes, elle est pourtant bien discrète parmi les représentations à caractère magique visibles dans les grottes. Était-elle adorée du côté de Stonehenge ou de Carnac, au cœur de ces champs de mégalithes toujours mystérieux ?

Kudurru fragmentaire avec représentation de divinités, XIIe siècle av. J.-C., Babylone, Paris, musée du Louvre. L'agrandissement montre le  Kudurru de Meli-Shipak, représentation du croissant de lune symbolisant Nanna/Sîn, 1186–1172 av. J.-C., Paris, musée du Louvre.Ce dont on est sûr c'est qu'avec l’arrivée de la civilisation, elle s’impose. Ou plutôt devrions-nous dire « il s’impose » puisque c'est d’abord sous la forme d'un homme qu'elle est adorée. Joliment dénommé Nanna à Sumer puis Sin à Babylone, il est lui-même le père du dieu-soleil Outou et de la grande déesse Ishtar, qui va peu à peu le remplacer.

On peut juger de l'importance accordée à son culte à la taille de sa modeste demeure, la ziggourat d'Ur (vers 2 000 av. J.-C.), l’un des bâtiments les plus imposants de l'Antiquité, à l'origine de la légende de la tour de Babel.

Le succès du dieu à la barbe bleue se poursuivit pendant des siècles puisque l'empereur romain Julien l'Apostolat, favorable aux cultes païens, aurait fait un détour pour visiter l’un de ses temples, en 363 de notre ère. La petite halte ne fut cependant pas d'une grande efficacité puisque le souverain fut tué peu après...

Tecciztecatl, le dieu de la fierté devenu la lune, portant un grand coquillage blanc, Codex Borgia, Rome, Bibliothèque vaticane.

« Ô mon dieu et ma déesse ! »

Il faudrait savoir : dieu ou déesse ? Si chez les Babyloniens, on hésite encore sur le sexe de la lune-Ishtar, dans d'autres civilisations, c'est très clair : la lune est un homme. C'est le cas chez les Aztèques ou encore chez les Bantous où notre astre va même violer sa sœur, le Soleil.

Tête d'une statue d'Ishtar, portant une coiffe, du temple Ushtar à Mari, en Syrie, 2800-2300 av. J.-C.Pourtant, et sans aller jusqu'à faire un lien entre l'anatomie et l'expression « montrer sa lune », on remarque que la majorité des peuples lui a attribué des caractères féminins. Est-ce que ses liens avec l'eau la faisaient apparaître plus douce que le Soleil, divinité du feu que l'on ne peut regarder sans se brûler les yeux ?

Ou parce que son processus de métamorphose rappelait, d'ailleurs par simple coïncidence, la durée du cycle de fécondité des femmes ? Ce n'est en tous cas pas un hasard si le mot latin mensis, qui désignait autrefois l'astre, a donné en français « menstruation ».

Les médecins grecs et leurs successeurs se sont penchés sur ce soi-disant lien, cherchant à comprendre l'influence de la déesse-lune Artémis sur les sautes d'humeur régulières de ces dames. Au XVIIe siècle, plus personne ne s'étonnait des effets négatifs de l'astre sur ces « lunatiques » qui se comportaient de façon imprévisible, puisqu'il était acquis qu'elles souffraient simplement d'« avoir un quartier de lune dans la tête ». Il ne restait plus qu'à leur donner un balai pour les voir chevaucher au clair de lune !

Dans l'œil d'Horus

En Égypte aussi, on est sensible au mystère de la lune et de ses déplacements, que l'on explique par la personnalité du dieu Khonsou, « le Voyageur » qui ne tient pas en place. Certes, mais pourquoi ces disparitions régulières ?

Statuette du dieu Khonsou, Égypte, VIIe-IVe siècle av. J.-C., Paris, musée du Louvre. L'agrandissement montre la statue du dieu-lune debout, Égypte, VIe siècle avant J.-C., Londres, British Museum.Une fois de plus, c'est la faute de Seth, l'affreux frère cadet d'Osiris ! Dans son conflit contre Horus, il n'hésite pas à transpercer l'œil gauche du dieu-faucon, cet œil qui est justement assimilé à la lune. Plus d'œil, plus de lune ! Heureusement la blessure est passagère et tout rentre dans l'ordre au bout de 14 jours, avant une nouvelle colère de Seth.

Mais comme les histoires de famille sont toujours compliquées, c'est parfois à Osiris lui-même que revient de jouer le rôle de la lune : n'a-t-il pas disparu avant de revenir progressivement à la lumière ? L'astre devient ainsi le « premier mort qui ressuscite », le symbole de la renaissance après un complet anéantissement. 

Isis de son côté, pour avoir sans relâche recherché les restes du corps de son époux démembré pour le reconstituer, est promue au rang de déesse lunaire, capable d'apporter la vie. Elle partage ce statut avec Hathor, la vache céleste dont l’époux, le crocodile Sobek, s’amuse parfois à créer des éclipses en dévorant le soleil.

Le taureau Apis est aussi dans l’affaire puisqu’il serait né d'une génisse vierge fécondée par un rayon de lune. Il y a du monde dans le ciel égyptien !

Triade palmyréenne : Baalshamin, maître des cieux entre le dieu Lune et le dieu Soleil, Palmyre, Ier siècle ap. J.-C., Paris, musée du Louvre.

Trois candidates pour un poste

« La blanche Séléné laisse flotter son voile, Craintive, sur les pieds du bel Endymion, Et lui jette un baiser dans un pâle rayon... » (« Soleil et chair », Cahiers de Douai, 1870).

Autel de Séléné, IIe siècle ap. J.-C., Paris, musée du Louvre.Il suffit de quelques mots à Arthur Rimbaud pour faire revivre une des plus belles histoires d'amour de la mythologie grecque : sœur d'Hélios, dieu du Soleil, la lune Séléné est follement éprise du trop beau Endymion.

De peur de voir ce charme disparaître avec les années, celle que l'on nomme « l'Œil de la nuit » demande à Zeus de le plonger dans un sommeil éternel pour pouvoir, nuit après nuit, venir le contempler.

Mais les Grecs sont avant tout des guerriers qui apprécient les personnalités fortes à l'image d'Artémis, déesse de la nature sauvage devenue celle de la lumière et de la lune, peut-être par rapprochement avec son frère Apollon, associé au Soleil.

Après l'amoureuse et la farouche, voici le troisième membre de ce trio de charme : la sombre Hécate, « Celle qui frappe au loin ». Descendante des Titans, elle représente le visage inquiétant de l'astre et sera logiquement choisie comme protectrice par les sorcières. Elle est aussi la déesse des carrefours qu’apprécient particulièrement les loups-garous pour changer de peau.

À Rome, l'histoire se répète : c'est Séléné qui tient d'abord le haut de l'affiche sous l'appellation de Luna, « La Lumineuse ». Avant de se faire supplanter par Diane, elle a le temps de donner son nom à notre lundi (lunae dies, le « jour de la lune »).

Andrea Cellarius, Harmonia Macrocosmica, 1661, Londres, Victoria and Albert Museum. Les phases de la Lune sont illustrées dans le grand diagramme central ; à droite, 12 disques indiquent ses phases croissante et décroissante; à gauche, on voit ses 36 positions successives au cours d'un cycle complet.

La science s'en mêle

Attention, les Grecs anciens n'étaient pas que de doux rêveurs, ils ont aussi envisagé la lune comme un simple phénomène naturel et se sont abîmé les yeux à l'observer.

Dès le Ve siècle avant J.-C., Parménide comprend que la lune n'est pas auto-éclairante mais qu'elle reçoit sa lumière du soleil. Puis c'est Anaxagore qui brise le mystère des éclipses avant que les savants du IIIe siècle av. J.-C, héritiers des Babyloniens, ne se penchent sur le problème de la distance entre Terre et Lune.

Portrait de Ptolémée extrait de Claudio Tolomeo, Principe de gli Astrologi et de geografi, 1564, collection Henry Wendt. Dans cette course à la découverte, c'est Aristarque de Samos qui sort vainqueur, ouvrant la voie à Hipparque de Nicée et consorts pour mettre en évidence des irrégularités dans le mouvement de l‘astre.

Le grand Aristote a vu dans sa rotation une frontière entre une première sphère, placée sous le signe des transformations, où se situe la Terre immobile, et une seconde plus éloignée, celle de l'immuable, du divin, à laquelle appartenait la Lune. Il la présentait comme une sphère parfaite, lisse, composée d'éther.

Mais c'est surtout Ptolémée (IIe siècle) qui se montre le plus ingénieux en mettant à profit deux éclipses observées à Babylone.

Encore quelques calculs, deux-trois vérifications et voici révélé au monde le diamètre de la Lune ! Son résultat est tellement précis qu'il faudra attendre la mission Apollo pour pouvoir l'affiner.


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Publié ou mis à jour le : 2019-06-20 15:26:40

 
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