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Intolérance

Les bûchers de livres, d'Akhenaton à Daech

Le 14 février 1989, l’ayatollah Khomeiny publiait une fatwa, autrement dit un appel à tuer, contre Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, provoquant émeutes et autodafés dans de nombreux pays.

N’en soyons pas surpris. Brûler des livres est une constante de l’Histoire. Elle revêt une signification bien particulière : loin d’être le fait de masses incultes, elle est initiée par des gouvernants très au fait du pouvoir des mots et désireux de faire table rase du passé. Elle est le fait avant tout des révolutions à connotation religieuse ou anti-religieuse.

L'autodafé, une pratique qui jalonne l'Histoire depuis l'Antiquité

Livres brûlés, La Chronique de Nuremberg, Hartmann Schedel, édition de 1493.Dès la haute Antiquité, dans l'Égypte pharaonique ou encore en Chine, il est fait état de livres jetés aux flammes sur ordre des gouvernants. C'est ainsi que disparaissent à jamais des écrits de Confucius.  

À Rome, Auguste, qui est pourtant un lettré admirateur de Virgile, n'en ordonne pas moins de brûler des milliers d’ouvrages anciens au nom de la raison d’État.

Au sein même de la chrétienté, les antagonismes entre différentes croyances conduisent très tôt à des autodafés. En 435 et 438, Théodose II et Valentinien III dirigent des groupes qui se rendent de maison en maison pour confisquer et brûler des livres de la secte nestorienne condamnée par le concile de Nicée.

Beaucoup plus tard, en 1497, à Florence, les partisans du prédicateur Savonarole dressent le « bûcher des vanités » et brûlent, parmi des œuvres d’art et des objets jugés impies ou incitant à la dépravation, les livres de Dante, Boccace, Pétrarque...

Le prédicateur voulait de cette façon imposer son idéal religieux d'ascétisme, mais un an plus tard, ce fut au tour de l’Église et des pouvoirs établis de le torturer et de le brûler ainsi que tous ses écrits…

L’excommunication de Luther en 1520 fut suivi de l'autodafé de ses livres. Le chef de l’Église réformée répliqua en faisant brûler la bulle du pape. 

Bibliothèques dévastées

Les révolutions sont elles-mêmes propices à la destruction d’ouvrages et de bibliothèques. La France n’a pas échappé à ce travers pendant la Révolution et la Commune.

Autodafé de Livres, 1933, Berlin.Dans la Russie bolchévique, l’épouse de Lénine, Kroupskaïa, responsable du commissariat à l’Instruction publique, fit brûler, entre autres, les livres de Kant et de Descartes. Par la suite, même après la mort de Staline, le régime soviétique ne se montra pas plus tolérant envers les critiques du régime comme le montre la mise à l'index de l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne dans les années 1980.

Sous l’Allemagne nazie, les autodafés furent orchestrés par le ministre de la Propagande du IIIe Reich, Josef Goebbels, philologue, lecteur des classiques grecs et… bibliophile ! Ils visaient des auteurs juifs, communistes.

Plus près de nous, les autodafés des Versets sataniques ont constitué les signes annonciateurs des attentats et assassinats perpétrés par les islamistes, dans le droit fil d’une histoire qui se perpétue depuis plus de trois mille ans.


Publié ou mis à jour le : 2019-02-24 17:32:30

 
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