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Le rebond anglais
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• 10 mai 1940 : Churchill Premier ministre ; l'Angleterre fait face
• 22 mars 1963 : le scandale Profumo
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4 mai 1926

Grève générale en Grande-Bretagne


Le 4 mai 1926, la Grande-Bretagne connaît une grève générale d'une ampleur jamais vue.

Les salariés cessent le travail par solidarité avec les mineurs, auxquels le gouvernement a imposé une baisse de salaire autoritaire pour restaurer la compétitivité du charbon national. C'est la conséquence d'une réévaluation malheureuse de la livre sterling, l'année précédente, par le Chancelier de l'Échiquier Winston Churchill.

Face à la fermeté du gouvernement conservateur de Stanley Baldwin et de son Lord Chancelier, les mineurs et leurs syndicats, le Trades Union Congress, doivent bientôt rendre les armes. Ils ne retrouveront semblable combativité qu'un demi-siècle plus tard.

Yves Chenal

Désordres et peur du «rouge»

La Grande-Bretagne connaît dans les années 1920 une situation sociale et économique difficile, suite à la Première Guerre mondiale. Dans les mois qui suivent la fin du conflit, une série de grèves accompagnent le retour à la paix et une difficile transition, marquée par une forte hausse du chômage et de l'inflation.

Les syndicats (Trade Unions) sont à leur zénith et souhaitent que les pouvoirs publics continuent à intervenir dans l'économie comme ils l'avaient fait durant la guerre. En face, les conservateurs s'y refusent car ils y voient le premier pas vers le communisme, leur hantise.

En 1924, ce spectre rouge se fait encore plus menaçant lorsque les travaillistes du Labour arrivent au pouvoir, même si leur gouvernement, dirigé par Ramsay MacDonald, n'a rien de révolutionnaire. Victime d'une motion de défiance, il ne tarde pas à tomber, ce qui entraîne de nouvelles élections, le 29 octobre 1924, et le retour des conservateurs au pouvoir.

Démocratie et «intox»

Quelques jours avant les élections d'octobre 1924, le Daily Mail, journal conservateur, publie une lettre du responsable soviétique Zinoviev qui présente le rapprochement diplomatique entre la Grande-Bretagne et l'URSS, voulu par MacDonald, comme une tactique pour favoriser la révolution en Grande-Bretagne.

Cette lettre, reflet de la peur ressentie par l'establishment, va rendre plus difficile encore la campagne travailliste et faciliter la victoire des tories et de leur chef, Stanley Baldwin. On découvrira a posteriori qu'il s'agissait d'un faux, sans doute rédigé conjointement par les services secrets et le parti conservateur.

Du retour à l'étalon-or à la crise charbonnière

Winston Churchill, qui s'était éloigné du parti tory, son parti d'origine, y fait un retour remarqué en entrant comme Chancelier de l'Échiquier (ministre des finances) dans le gouvernement Baldwin. À ce poste, pour lequel il n'a aucune compétence particulière, il va prendre le 21 septembre 1925 la mesure que lui-même jugera comme «la plus grosse bévue de [sa] vie» : le retour de la livre sterling à sa parité d'avant-guerre. C'est la victoire des financiers de la City sur les industriels.

Comme l'entrevoit aussitôt l'économiste John Maynard Keynes dans Les Conséquences économiques de Monsieur Churchill, elle va aboutir à renchérir le prix des exportations britanniques et mettre en péril l'industrie nationale. C'est exactement ce qui se passe... Le secteur charbonnier, autrefois fer de lance de la puissance britannique, est le premier atteint.

Durant la Première Guerre mondiale, le gouvernement a pris le contrôle de cette industrie et le Labour (le parti travailliste) en a demandé en 1919 la nationalisation. Il a obtenu des progrès sociaux, comme la journée de 7 heures pour les mineurs, tout en repoussant à plus tard la question de la propriété des mines et surtout celui de la restructuration du secteur : beaucoup d'entreprises minières s'avèrent trop petites pour résister aux chocs successifs, comme la reprise des exportations allemandes en 1924.

Les gestionnaires des mines, confrontés à des déficits de plus en plus massifs du fait de la réévaluation de la livre, demandent un retour à la journée de travail de 8 heures et une baisse importante des salaires. Plusieurs accords provisoires permettent au gouvernement de maintenir ceux-ci à leur niveau par des subventions, mais, en 1926, la situation n'est plus tenable.

La grève générale et son échec

Le 3 mai, les négociations entre les propriétaires et les mineurs sont interrompues. Le gouvernement se dispose à diminuer les salaires des mineurs. Le Trades Union Congress, qui représente l'ensemble des syndicats de salariés, tous secteurs confondus, se juge assez fort pour lancer dès le lendemain un mot d'ordre de grève générale, par solidarité avec les mineurs.

Les classes moyennes et supérieures s'enrôlent en masse pour conduire les locomotives, mais ne contribuent qu'à accroître plus encore le chaos. La grève s'étend bientôt à l'achat des journaux, accusés de donner une vision trop hostile de la grève. En réponse, Churchill fait publier par le gouvernement un journal compréhensif, le British Gazette.

Ce durcissement des positions annihile tout espoir d'une solution négociée. Finalement, ce sont les grévistes qui cèdent les premiers : des tensions apparaissent entre les mineurs et les autres catégories de salariés. Dans un message radiodiffusé, le premier dans une telle situation, Baldwin creuse le fossé en dénonçant la grève générale comme illégale tout en reconnaissant la légitimité du mouvement des mineurs.

Finalement, dès le 8 mai, le Trades Union Congress accepte de cesser la grève et, dans la pratique, d'abandonner les mineurs. Ces derniers poursuivent leur mouvement mais doivent reprendre le travail à l'automne, avec des salaires très diminués et des journées de travail allongées. Cet échec va affaiblir durablement les syndicats.


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• 10 mai 1940 : Churchill Premier ministre ; l'Angleterre fait face

Publié ou mis à jour le : 2016-06-11 23:37:57

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