Léon XIII (1810 - 1903)

La charité incarnée

Après le très long (trop long) pontificat de Pie IX (32 ans), la papauté montre une nouvelle fois qu'elle a du ressort avec l'avènement de Gioacchino Pecci, archevêque de Pérouse, sous le nom de Léon XIII le 20 février 1878.

Ce pape fut le premier après Pie VII à comprendre que la foi chrétienne est parfaitement compatible avec les idéaux démocratiques et il le fit savoir en amorçant un rapprochement avec la République française.

Léon XIII (2 mars 1810 - 20 juillet 1903), vers 1878, album du Vatican du Concile ?cuménique, Bibliothèque du Congrès, Washington. À son initiative, le 18 novembre 1890, le cardinal Charles Lavigerie, archevêque d'Alger, prend prétexte d'une visite de l'escadre française de la Méditerranée dans sa ville pour lever son verre devant les officiers. Il émet alors le souhait d'une réconciliation entre la République laïque et l'Église catholique. C'est le fameux « toast d'Alger ».

Mais il fallut encore beaucoup d'années, une quinzaine, avant que les extrémistes des deux camps ne laissent la place à une cohabitation de bon aloi, fondée sur la séparation des Églises et de l'État

Léon XIII élabora surtout une doctrine sociale critique envers le libéralisme économique au nom de l’ordre juste et du respect de la personne humaine.

Sa grande oeuvre est la publication le 15 mai 1891 de sa célèbre encyclique sociale Rerum Novarum (« Les Choses Nouvelles »). Elle inaugure ce que l'on appellera la « Doctrine sociale de l'Église » et met en selle les courants politiques de la démocratie chrétienne. 

Dans cette lettre circulaire (étymologie grecque du mot encyclique) adressée à tous les catholiques, le souverain pontife exprime sa compassion pour les ouvriers avec une audace inhabituelle.

En avance sur la plupart des responsables de son époque, il condamne la cupidité de la bourgeoisie et la concentration des richesses entre les mains « d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates... »

Le pape dénonce plus précisément le travail des enfants et les horaires excessifs. Il condamne les patrons qui versent des salaires insuffisants et affirme le droit des ouvriers à se syndiquer.

Ainsi écrit-il : « La classe riche se fait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesses pour la mettre à couvert des injustices, compte surtout sur la protection de l’État. L’État doit donc entourer de soin et d’une sollicitude toute particulière les travailleurs qui appartiennent à la classe pauvre en général. »

Il tance les socialistes qui, « pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches » et « prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée. » Il y voit un remède pire que le mal : « Moyennant ce transfert des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents. Mais pareille théorie, loin d'être capable de mettre fin au conflit, ferait tort à la classe ouvrière elle-même, si elle était mise en pratique. D'ailleurs, elle est souverainement injuste en ce qu'elle viole les droits légitimes des propriétaires, qu'elle dénature les fonctions de l'Etat et tend à bouleverser de fond en comble l'édifice social. » 

Dans un même élan, il réaffirme « l’inviolabilité de la propriété privée », qui ne doit pas être « épuisée par un excès de charges et d’impôts »

Léon XIII, pape de 1878 à 1903. Couverture du supplément illustré du Petit Journal du 15 août 1891, Bibliothèque Forney, Paris.

Prises de risque

Léon XIII écrivit par ailleurs écrit onze encycliques autour de la dévotion à la Vierge Marie, ce qui lui valut d'être parfois appelé le « pape du Rosaire ».

Respectueux du dogme catholique, il ne craignit pas à côté de cela de s'opposer aux sectateurs de son propre camp. Il entrouvrit aussi la porte à une lecture historico-critique des textes sacrés et rétorqua à ceux qui s'y opposaient : « Dieu n'a pas besoin de nos mensonges ». Il ouvrit les Archives Vaticanes et encouragea le développement de la philosophie néo-thomiste pour combattre le « relativisme ». Et quand éclata en France l'Affaire Dreyfus, en 1898, il désavoua les polémistes de La Croix qui s'en prenaient au capitaine juif.

L'émotion fut immense à la mort de Léon XIII, le 20 juillet 1903, à l'âge de 93 ans. À preuve cette épitaphe du journal anticlérical Le Matin : « Chaque fois que ses lèvres parlent, elles ont toujours laissé tomber, sur la misère de notre époque, des paroles de charité infinie, de mansuétude et de pardon ».

Esclavage : non, c'est non !

Moins connue que Rerum Novarum, l'encyclique In Plurimis n'en est pas moins importante. Adressée par Léon XIII aux catholiques du Brésil le 5 mai 1888, elle condamne sans équivoque l'esclavage au nom de l'Évangile. Une semaine après, le 13 mai 1888, Isabel, fille de l'empereur Pedro II, fait promulguer la loi Aurea ou « loi d'Or » qui abolit l'esclavage et met le Brésil au diapason des autres pays occidentaux.
On peut lire dans cette encyclique : « La condition d'esclavage, dans laquelle une part considérable de l'humanité est plongée depuis des siècles dans la misère et l'affliction, est profondément déplorable ; car ce système est en effet totalement contraire à ce que Dieu et la nature ont originellement voulu. L'Auteur suprême de toutes choses a décrété que l'homme exercerait une sorte de domination royale sur les bêtes, le bétail, les poissons et les oiseaux, mais jamais sur ses semblables. Comme le dit saint Augustin : « Ayant créé l'homme être raisonnable, à son image, Dieu a voulu qu'il règne uniquement sur les animaux ; qu'il soit le maître non des hommes, mais des bêtes. » Il en découle que « l’état d’esclavage est à juste titre considéré comme une peine infligée au pécheur ; ainsi, le mot esclave n’apparaît dans la Bible que lorsque le juste Noé l’emploie pour désigner le péché de son fils. C’est donc le péché qui méritait ce nom ; il n’était pas naturel. »

Publié ou mis à jour le : 2026-05-30 10:53:59
Jean-Michel Duprat (03-06-2026 13:52:26)

Curieux qu'un Pape qui prit délibérément le parti des humbles et des sans défense soit à ce point méconnu de l'Histoire . Merci Hérodote de nous le faire connaitre . Espérons simplement que le... Lire la suite

Jeanclement (11-05-2025 13:45:54)

De tous les articles que j'ai pu lire ou des commentaires que j'ai pu entendre, seul celui ci évoque -à l'initiative de Léon XIII- le "ralliement" de l'église catholique à la république qui me ... Lire la suite

MONTUREUX M-C (08-10-2006 16:37:54)

Passionnant et bien documenté.
La vie des Romanov est digne d'un roman!

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