26 avril 2026. À New York, le 17 mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la résolution A/80/L.48 « portant qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité » [plus « grave » donc que l’extermination de six millions de Juifs entre 1941 et 1945]...
Présenté par le Ghana, le texte a été approuvée à une écrasante majorité par les représentants de 123 États. Trois se sont prononcés contre (États-Unis, Argentine et Israël) et 52 se sont abstenus (essentiellement les pays européens, le Japon et la Corée).
Cette résolution est un tissu d’allégations fumeuses et de contresens grossiers. Par sa prétention à graver dans le droit une réécriture de l’Histoire, elle reflète un basculement majeur dans la liberté de penser par rapport aux acquis occidentaux des précédents siècles.
Les charmes surannés du « roman national »
Aussi loin que l’on remonte dans le temps, jamais les représentants des États occidentaux ou de la puissance publique ne se sont substitués aux scientifiques et aux penseurs pour dire le vrai et le faux, encore moins pour l’imposer aux citoyens et aux législateurs.
Le « roman national » que les beaux esprits vouent aujourd’hui aux gémonies fut l’œuvre des universitaires de la IIIe République qui aspiraient à donner aux jeunes générations des modèles de vie et les remplir de confiance dans l’avenir de leur pays.
Pour Augustine Fouillée, autrice du Tour de la France de deux enfants (1877) sous le pseudonyme G. Bruno, ou pour notre « instituteur national » Ernest Lavisse, cela valait mieux que d’entretenir les enfants dans la détestation de leur aïeux et la peur de l’avenir ! Ces militants de gauche, laïcs et républicains, s’évertuaient à minimiser la place de l’Église et de la monarchie dans la construction de la France. Si leur Histoire était édulcorée, au moins n’était-elle pas fausse.
Le plus important est que cette présentation de l’Histoire à l’adresse du grand public et des enfants résultait de la libre volonté des éditeurs, des pédagogues et des auteurs. Aucun homme politique ni aucun magistrat ne s’est immiscé dans leurs choix. Nous n’en sommes plus là, en France comme dans le reste de l’Occident et du monde...
Adieu à la liberté de penser
Le basculement est survenu à la fin du XXe siècle et, comme souvent au cours du précédent millénaire, c’est la France qui s’est affichée en pionnière !
Le 13 juillet 1990, l’État a promulgué avec les meilleures intentions du monde ce qui est sans doute la première loi mémorielle de notre Histoire. C’est une loi portée par le député communiste Jean-Claude Gayssot. Elle envoie devant les tribunaux les gens désaxés ou stupides qui nient la réalité du génocide juif et, de façon plus grave, tout historien qui examinerait d'un œil critique des phénomènes que la loi française aurait qualifiés de « crimes contre l'humanité ».
L'historienne Madeleine Rebérioux, présidente de la Ligue des Droits de l'Homme, a dénoncé ce texte avec une singulière prescience : « Il confie à la loi ce qui est de l'ordre du normatif et au juge chargé de son application la charge de dire la vérité en histoire alors que la vérité historique récuse toute autorité officielle » (Le Monde, 21 mai 1996).
De fait, la loi Gayssot a ouvert la boîte de Pandore…
Très vite, on est entré dans la « concurrence mémorielle » en vertu de l’idée nouvelle et non démontrée que la réminiscence des actions coupables commises par les ancêtres de tels et tels citoyens était nécessaire à la concorde nationale. Ce prétendu « devoir de mémoire » est l’exacte antithèse d’un principe qui, lui, remonte à l’Antiquité, et qui est la « loi de l’oubli », plus connu sous le nom d’amnistie (dico). En d’autres termes, selon ce sage principe, les enfants ne sauraient être tenus pour responsables des crimes de leurs pères (note).
Prétextant le « devoir de mémoire », la loi Taubira de 2001 a franchi un nouveau seuil dans la maltraitance de l’Histoire. Il ne s’est plus agi de seulement protéger une vérité historique (la Shoah) contre les « négationnistes » (dico) mais tout bonnement de réécrire l’Histoire et d’inscrire dans la loi une « vérité » alternative.
Cette loi, portée par la députée guyanaise Christiane Taubira, a été votée en première lecture à l’unanimité des députés le 18 février 1999 et adoptée le 10 mai 1981. Elle a inscrit dans le droit « la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité », à l'égal de la Shoah et des autres génocides du XXe siècle. Rien à dire là-dessus : chacun convient aujourd’hui, dans l’Occident chrétien, que l’esclavage est une mauvaise chose, comme la guerre, la torture, le viol, etc.
Le problème vient du périmètre d’intervention de la loi. Avec une précision maniaque, elle s’en tient à seulement condamner les pratiques passées des Occidentaux en absolvant par omission toutes les autres, passées et actuelles (esclavage pour dettes en Asie du Sud, marchés d’esclaves au Moyen-Orient, permanence de l’esclavage traditionnel dans le Sahel, etc.) :
Article 1er :
La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité.
Pour justifier ce grand écart, la députée s’est appliquée à décrire l’esclavage occidental. Faute de sources historiques qui valident ses propos, elle s’est fondée sur sa seule imagination en alignant des poncifs invraisemblables contredits par les travaux des historiens.
Extrait de l’intervention de Christiane Taubira à la tribune de l’Assemblée nationale :
« Il n’existe pas de comptabilité qui mesure l’horreur de la traite négrière et l’abomination de l’esclavage. Les cahiers des navigateurs, trafiqués, ne témoignent pas de l’ampleur des razzias, de la souffrance des enfants épuisés et effarés, du désarroi désespéré des femmes, du bouleversement accablé des hommes.
Ils font silence sur la commotion qui les étourdit dans la maison des esclaves de Gorée. Ils ignorent l’effroi de l’entassement à fond de cale. Ils gomment les râles d’esclaves jetés, lestés, par-dessus bord. Ils renient les viols d’adolescentes affolées. Ils biffent les marchandages sur les marchés aux bestiaux. Ils dissimulent les assassinats protégés par le Code noir. Invisibles, anonymes, sans filiation ni descendance, les esclaves ne comptent pas. Seules valent les recettes. Pas de statistiques, pas de preuves, pas de préjudice, pas de réparations. Les non-dits de l’épouvante qui accompagna la déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes sommeillèrent, un siècle et demi durant, sous la plus pesante charge de silence. »
Ces propos et cette loi qu’aucun député ne s’est risqué à contredire sont ainsi devenus vérité officielle en France et dans le monde.
Quelques mois plus tard, à Durban (Afrique du Sud), la Conférence mondiale des Nations Unies « contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance » a reconnu à son tour la traite et l’esclavage occidental (et eux seuls) comme étant un crime contre l’humanité (31 août-8 septembre 2001).
Nous en arrivons ainsi à la résolution onusienne du 17 mars 2026. Le texte mérite d’être lu car c’est un condensé de toutes les falsifications possibles sur l’esclavage en général et la traite atlantique en particulier, duquel il apparaîtrait que l’esclavage est une invention occidentale née il y a cinq siècles et ignorée partout ailleurs.
Les rédacteurs rendent toutefois grâce aux Occidentaux d’avoir condamné ces pratiques avec « la Convention relative à l’esclavage, adoptée par la Société des Nations en 1926, et prenant note de la définition de l’esclavage au paragraphe 1 de l’article premier de la Convention, selon laquelle il s’agit de « l’état ou de la condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ».
Notons pour sourire l’évocation du « Kouroukan Fouga (Charte du Mandén) de 1235, qui a établi, en son article 5, que toute personne a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique, et a consacré la primauté de la vie sur la propriété » (page 4/8). Pour rappel, cette Charte du Mandén (Mali) vient d’intellectuels africains qui ont cru pouvoir reconstituer la première déclaration des droits humains (non écrite) en faisant état de récits oraux qui se seraient transmis de génération en génération pendant huit siècles !
Nous ne sommes plus ici dans le gentil « roman national » à vocation pédagogique mais dans une œuvre de propagande grossière et particulièrement malvenue de la part de gouvernants qui feraient mieux de se pencher sur le sort actuel de leurs concitoyens, en combattant comme il convient la corruption, les malversations et les violences.
Regrettons que les représentants des dernières démocraties de la planète n’aient pas eu le courage d’afficher leur désaccord avec cette résolution. Regrettons qu’ils ne l’aient pas condamnée de manière argumentée.
Par leur lâcheté et leur mutisme, ils ouvrent la voie à de nouvelles falsifications de l’Histoire. Plus gravement encore, craignons qu’en France même, certains extrémistes n’en viennent à appliquer la loi Gayssot aux travaux des historiens sur l’esclavage ou encore la colonisation.
Cela voudrait dire que la contestation des allégations contenues dans la loi Taubira ou la résolution onusienne pourrait se traduire par des sanctions pénales. C’en serait fini de mille ans de difficile apprentissage de la liberté de penser.













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Jacques MAESTRE (27-04-2026 09:59:54)
Contrairement à ce qui est écrit au début de cet article, il y a eu au moins deux lois occidentales par lesquelles les pouvoirs publics se sont arrogé le droit de dire le vrai, se substituant aux ... Lire la suite
Alain29 (27-04-2026 09:45:08)
"Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit" Cet article 1er de la la Déclaration universelle de 1789 n'est il pas suffisant ? En 10 mots tout est dit. Bien sûr que l'esclavage est i... Lire la suite
Jacques Groleau (27-04-2026 00:08:47)
Un texte scandaleux : il omet la "traite arabo-musulmane" (oui, il n'y a pas de descendants, les hommes étant émasculés ou castrés après capture... moyennant 75% de décès), et bien sûr les esc... Lire la suite
Jean-Michel Duprat (26-04-2026 22:55:05)
Bien entendu, il est plus facile de légiférer contre tel ou tel crime de l'Histoire, elle n'en manque hélas pas. Légiférer avec la délicatesse et le discernement d'un éléphant faisant l'inven... Lire la suite
Kourdane (26-04-2026 19:43:22)
TAUBIRA ministre a organisé la falsification de l’histoire de la traite humaine en la centrant sur le commerce triangulaire. Elle a volontairement exclu de cette loi inique les trafiquants d’escl... Lire la suite
jmpoux33 (26-04-2026 19:21:35)
Au risque de me répéter, en plus des 6 millions de juifs de la Shoah, il ne faudrait pas oublier les 3,3 millions de prisonniers de guerre soviétiques, les 1,8 millions de polonais non juifs, les ... Lire la suite
kari32 (26-04-2026 16:04:43)
Merci, cher Monsieur Larané. Sur tous les continents depuis la haute Antiquité, tous les empires, toutes les puissances, toutes les « grandes » sociétés ont eu recours à l’esclavage. Si les... Lire la suite
Pedro69 (26-04-2026 15:45:05)
Condamner des faits datant des XV è au XIX è siècles en fonction d'un loi de 2026, n'est-il pas contraire au principe fondamental de la non rétroactivité de la loi ? L'ONU n'a-t-elle pas atteint... Lire la suite
belpaire (26-04-2026 14:55:52)
Je voudrais que ce soit clair, je n'ai aucune excuse sur les exactions et crimes contre l'humanité dont la France c'est rendue coupable durant cette période jusqu'à la colonisation. Mais je souhai... Lire la suite
Alshaase (26-04-2026 14:55:35)
Eh oui ! Nos démocraties sont molles : on accepte tout pour surtout éviter des vagues . Nous serions donc les seuls à avoir eu recours à l’esclavage ( en oubliant au passage la collaboration d... Lire la suite
Alshaase (26-04-2026 14:52:50)
Eh oui ! Nos démocraties sont molles : on accepte tout pour surtout éviter des vagues . Nous serions donc les seuls à avoir eu recours à l’esclavage ( en oubliant au passage la collaboration d... Lire la suite
Le Grand Prévôt (26-04-2026 13:44:36)
J'ai toujours trouvé que la condamnation des actes effectués par nos lointains aïeux était totalement stupide et irrecevable car ils répondent à la civilisation de leur époque. Dans ces condi... Lire la suite
Ugo (26-04-2026 13:06:57)
Sur le plan de la durée (11 siècles), la traite est essentiellement un phénomène arabo-musulman.
Et on ne voit guère de résolutions de l'ONU à ce sujet.
Un oubli, sans doute.
COCHE (26-04-2026 12:10:08)
Le député communiste Jean-Claude Gayssot n'a pas réfléchi au-delà de la question juive. Comme s'il s'agissait de l'unique ethnocide, massacre de masse dans l'histoire de l'humanité. Ce que les A... Lire la suite