La fin des empires - Décadence et mort des Empires - Herodote.net

La fin des empires

Décadence et mort des Empires

De la chute de l’empire d’Alexandre au déclin de l’empire américain, une vingtaine d’historiens de renom, sous la direction de Patrice Gueniffey et Thierry Lentz, se sont attaqués à La fin des empires (Perrin, Le Figaro-Histoire 474 pages 22€)… Un défi peu ordinaire et difficile à relever en moins de 500 pages.

La fin des empires

La gageure est d’autant plus ambitieuse que l’objet de l’étude est multiforme : quoi de commun entre l’empire mongol, le IIIe Reich, l’empire colonial français et l’empire aztèque ?

L’empire ne se caractérise ni par l’étendue - l’empire napoléonien est petit par rapport à l’empire des steppes fondé par Gengis Khan qui s’étendait à son apogée de l’Océan Pacifique à l’Europe centrale - ni par la durée - mille an pour l’empire byzantin, sept ans pour le IIIe Reich, encore moins par le mode de gouvernement qui peut laisser une large autonomie aux peuples soumis ou au contraire être centralisé.

Sans doute ce qui caractérise l’empire comme organisation humaine est-il, comme le soulignent Patrice Gueniffey et Thierry Lentz, son universalité et son ancienneté.

Sur les cinq continents, on trouve des organisations politiques qui rassemblent plusieurs peuples, plusieurs langues, plusieurs religions sous la férule d’un empereur en armes et prétendent peu ou prou à une vocation universelle.

Les empires existent depuis au moins 3000 ans avant notre ère tandis que l’État-Nation connaît ses balbutiements à la Renaissance et ne devient une forme normale d’organisation politique que dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Si l’État-Nation s’est substitué aux empires, le dernier épisode de ce déclin étant la chute de l’Union Soviétique, on comprend l’intérêt de se pencher sur cette évolution pour éclairer notre présent.

On s’aperçoit vite au fil des pages que, si « tout empire périra » comme l’écrivait l’historien Jean-Baptiste Duroselle cité par les auteurs, il n’existe pas de cause unique à leur disparition. Sauf peut-être que l’ambition d’être universel finit toujours par se heurter aux résistances de plus fort que soi.

Pour le reste, les causes du déclin sont multiples : la faiblesse de l’administration, le mécanisme de succession (c’est évident pour l’empire carolingien comme pour l’empire mongol, qui finissent par éclater en autant de royaumes que d’héritiers), la désagrégation interne (pour l’empire soviétique), la faiblesse ou la folie de l’empereur (Hitler et son entourage), le manque de ressources financières pour entretenir un appareil militaire suffisant (le déficit serait la principale menace pour les États-Unis, selon un de ses chefs militaires), les intrigues pernicieuses du harem et le recours aux troupes mercenaires (Chine) ou simplement, l’inutilité de la structure qui conduit à la fin du Saint Empire romain germanique.

Bien que les empires soient mortels, ils fascinent : la prétention à l’universalité porte en elle la promesse de la paix, de l’ordre, de la sécurité même au prix du renoncement à certaines libertés : la paix sur le continent européen organisé autour de l’empire français, la paix romaine, la paix promise par le IIIe Reich qui devait durer mille ans !

Mais cette paix ne peut s’instaurer qu’au prix d’efforts militaires soutenus au moment de la conquête, puis pour maintenir la cohésion et la pérennité de l’empire. L’empire, nous disent les auteurs, c’est un peu la tentation de sortir de l’histoire, tentation toujours vouée à l’échec.

L’avenir est-il pour autant aux États-Nations ? Nés en Europe et d’abord en France quand le roi s’est proclamé empereur en son royaume c’est en Europe qu’ils semblent maintenant se déliter.

Les auteurs développent une thèse hardie selon laquelle l’Europe, en ce début de IIIe millénaire serait en train de revenir à l’époque médiévale du Saint Empire romain germanique coiffant des duchés et des cités « dans un ensemble à peine moins inconsistant que l’actuelle Union Européenne ».

La tentation du retour de l’empire est par ailleurs perceptible en Chine, en Turquie, en Russie et même dans le monde arabe où la création du califat de Daesh exprime cette nostalgie des temps révolus.

En fin de compte, se pencher sur la fin des empires, c’est s’interroger sur leur retour, favorisé par le déclin de l’Europe.

David Victoroff
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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