Angkor - Le sourire des dieux - Herodote.net

Angkor

Le sourire des dieux

La découverte de ce bijou de l'architecture mondiale ne peut laisser indifférent.

Nouvelle Atlantide pour les uns, Versailles des Khmers pour les autres, la plus grande cité médiévale encore visible aujourd'hui occupe un parc archéologique de 400 km2 au cœur du Cambodge. Mais les visiteurs d'hier comme d'aujourd'hui ont-ils vraiment percé tous les secrets de celle dont le nom signifie simplement «la ville» ? Joignons-nous à eux pour découvrir son histoire et la fascination que la cité morte a créée.

Louis Delaporte, Vue générale des façades orientales de Bayon prises de l'entrée des terrasses, 1891, Paris, musée Guimet

Au pays du serpent Nâga

Il ne faut pas se fier à l'allure peu avenante du Nâga : ce cobra à plusieurs têtes aux yeux exorbités est en fait le protecteur des eaux qui sont à la base de la civilisation khmère. Ne dit-on pas que ses premiers souverains, les rois du Fou-nan (Ve s.) seraient les descendants d'un brahmane indien et d'une princesse-serpent locale ?

Fenêtre d'Angkor Vat (photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net, 2013)Ce n'est pas un hasard : située le long du golfe de Thaïlande, la région bénéficie en son centre d'un Grand Lac (le Tonlé Sap), régulateur du Mékong, qui se transforme en véritable petite mer intérieure à la saison des pluies. Un vivier inépuisable !

Les populations locales vont donc devoir devenir expertes en hydraulique : au fil des siècles, des systèmes de digues et de canaux, toujours plus perfectionnés, vont permettre la création des «barays» (bassins) et le développement de la riziculture. Tous les ingrédients sont là pour la création d'un royaume puissant : il ne manque plus qu'un bâtisseur...

Parvenu au pouvoir à la fin du VIIIe siècle, Jayavarman 1er, souverain khmer du Kambuja, libère le pays de la tutelle de Java avant de l'unifier dans un royaume très centralisé autour de sa personne. En 802, il transporte sa capitale sur le site de la future métropole d'Angkor.

S'instaure alors un véritable culte pour la personne royale qui va s'associer aux religions déjà présentes : le brahmanisme et le bouddhisme, venus d'Inde.

Dans le même temps, les «souverains universels» s'attachent à créer des cités organisées autour des temples-montagnes, pour leur plus grande gloire, bien sûr.

C'est ainsi qu'à la fin du IXe s. le site d'Angkor commence à sortir de terre. En 881 est construit le premier temple-montagne le Bakong, en référence à la cosmologie hindouiste.

Barattage de l'Océan de lait, XIIe s., Paris, musée GuimetAngkor ne va cesser de grandir et d'embellir au fil des règnes de chaque roi qui s'empresse dès son arrivée au pouvoir de bâtir sa propre «ville». Composé de bâtiments civils et religieux disposés dans un carré, l'ensemble a pour fonction de recréer l'univers : entouré de bassins symbolisant l'océan primitif, il représente la terre, elle-même reliée au ciel par le temple-sanctuaire central du roi, intermédiaire des dieux. Et bien sûr, pour séduire les divinités, ces bâtiments se devaient d'être grandioses !

«La ville-séjour de la gloire»

Yasodharapura, la première cité d'Angkor, va donc devenir petit à petit une capitale brillante malgré des situations politiques parfois confuses. L'empire khmer est en effet affecté par les rivalités personnelles au sommet de l'État tout comme par les guerres avec ses voisins, notamment le royaume du Champa (à cheval sur le Cambodge et le Vietnam actuels).

Le Champa est envahi et annexé en 1145 sous le règne de Suryavarman II. Ce roi guerrier est aussi un grand constructeur puisqu'il est à l'origine du temple prestigieux d'Angkor Vat, joyau de l'art khmer.

Angkor Vat - défilé de l'armée du roi Suryavarman II (photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net, 2013)

Quelques années plus tard, en 1181, son successeur Jayavarman VII inaugure un règne qui voit la cité atteindre son apogée. On estime que près de 250.000 personnes y vivent alors, chiffre considérable puisqu'à la même époque Paris compte à peine 80 000 habitants !

Le temple du Bayon  (photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net, 2013)Le nouveau roi se lance dans une frénésie de constructions, faisant élever, pendant ses trente ans de règne, plus de bâtiments à lui seul que tous ses successeurs réunis... On lui doit les fortifications qui entourent la ville mais aussi les temples de Ta Prohm, Preah Khan et bien d'autres.

Avec la cité d'Angkor Thom et son Bayon, il donne un écrin unique au Mahâyâna, forme du bouddhisme valorisant la compassion. Même les murs se mettent à sourire !

La mort du roi marque le retour de l'hindouisme avant que le bouddhisme ne revienne en force dans toute la région sous l'influence des envahisseurs thaïs.

Bas-relief du Bayon, Angkor (photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net, 2013)

Ceux-ci détruisent les systèmes hydrauliques et provoquent le retour des fièvres, rompant le fragile équilibre qui avait apporté la prospérité à la région.

Elle-même attaquée plusieurs fois, Angkor est finalement abandonnée en 1431 au profit de Chadomukh, future Phnom-Penh. La belle cité va alors entrer dans le silence... [Voir la suite de l'article]

Publié ou mis à jour le : 2019-04-29 21:33:23

 
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