6 mai 1931 - Inauguration de l'Exposition coloniale - Herodote.net

6 mai 1931

Inauguration de l'Exposition coloniale

Le 6 mai 1931, s'ouvre à l'Est de Paris, dans le bois de Vincennes, une Exposition coloniale. C'est la deuxième du genre à Paris, spécifiquement consacrée aux colonies, après celle de 1907. Marseille a aussi accueilli des expositions coloniales en 1906 et 1922.

Les dirigeants de la IIIe République veulent avec ces manifestations festives convaincre l'opinion publique du bien-fondé des conquêtes coloniales. La grande majorité des visiteurs sont de fait séduits par les animations de tous ordres mais sans pour autant se rallier aux thèses colonistes...

André Larané

Les Français indifférents au projet colonial de la gauche républicaine

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, la gauche républicaine eut le plus grand mal à rallier l'opinion publique à son projet colonial. Il faut dire que celui-ci impliquait malgré les apparences très peu de monde.

En 1936, à son apogée, on ne comptait en tout et pour tout que 14 000 Français (sur 40 millions) face à 15 millions d'indigènes dans l'immense Afrique Occidentale Française (AOF). À peine 1 pour mille ! Autant dire que les Français avaient avec l'Afrique et les colonies dans leur ensemble une relation très ténue. Ils les connaissaient et les fréquentaient bien moins que l'Afrique noire aujourd'hui, au XXIe siècle...

Les choses évoluèrent un peu entre les deux guerres mondiales sous l'effet d'une propagande insatiable.

Ainsi les instituteurs n'eurent-ils de cesse, dans les écoles de la République, d'exalter l'Empire dont la teinte rose recouvrait une bonne partie du planisphère : 100 millions d'habitants, y compris 40 millions de citoyens français, et près de 10 millions de km2, dont la plus grande partie dans la zone saharienne et subsaharienne...

Les empires coloniaux au début du XXe siècle

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Cette carte illustre l'incroyable expansion de l'Europe au début du XXe siècle. Les grands États du Vieux continent dominent la plus grande partie de la planète, soit directement, à travers le système colonial, soit indirectement, par des pressions financières et militaires sur les gouvernements (Chine, Turquie...).

La République coloniale à l'honneur

L'Exposition coloniale de 1931 marque l'aboutissement de la propagande coloniste. Elle intervient paradoxalement à un moment où déjà est contestée dans le monde, y compris en Occident, la « mission civilisatrice » de l'homme blanc. En Angleterre, cette année-là, on débat de l'opportunité de conférer un statut de dominion (soit une quasi-indépendance) aux Indes, la plus grande colonie qui soit !

Qu'à cela ne tienne. La République française se montre plus que jamais attachée à son empire colonial et à sa mission civilisatrice. L'exposition en montrera les bienfaits. Albert Sarraut, député radical-socialiste et fervent coloniste, qui a longtemps été ministre des Colonies, déclare avec emphase : « L’exposition doit constituer la vivante apothéose de l’expansion extérieure de la France sous la IIIe République et de l’effort colonial des nations civilisées, éprises d’un même idéal de progrès et d’humanité. » (cité par Charles-Robert Ageron, 2005).

C'est donc en fanfare que le ministre des Colonies Paul Reynaud inaugure l'Exposition coloniale en compagnie du président de la République Gaston Doumergue et du commissaire général de l'exposition, l'illustre maréchal Hubert Lyautey.

Cet événement marque l'apothéose de la IIIe République et de l'oeuvre dont elle a été la plus fière : la colonisation ou la mise sous protectorat d'une bonne partie de l'Afrique noire et de Madagascar, de l'Afrique du Nord, de l'Indochine ainsi que de la Syrie et du Liban. 

Succès populaire

L'Exposition coloniale internationale s'installe dans le bois de Vincennes, à l'est de Paris.

Pour l'occasion est construit un musée permanent des colonies à la Porte dorée et une pagode bouddhiste. On aménage aussi un parc zoologique. On reconstitue à l'échelle 1 un temple cambodgien d'Angkor Vat et la mosquée de Djenné (Niger).

L'inauguration se déroule en présence de milliers de figurants : danseuses annamites, familles d'artisans africains dans un village reconstitué, cavaliers arabes...

Chaque jour des spectacles différents et plus exotiques les uns que les autres accueillent les visiteurs (jusqu'à 300 000 par jour). Le succès populaire et l'attrait du public pour les exhibitions exotiques rassurent les promoteurs de la colonisation.

De mai à novembre, l'Exposition accueille un total de huit millions de visiteurs dont la moitié de Parisiens et 15% d'étrangers. Au total sont vendus 33 millions de tickets (les visiteurs se déplaçant à plusieurs reprises). C'est la plus grande affluence qu'ait connue une manifestation parisienne depuis l'Exposition universelle de 1900 (50 millions de tickets vendus).

La seule opposition vient du Parti communiste, alors très minoritaire et en opposition systématique à la gauche socialiste et à la SFIO. Il tente d'organiser une contre-exposition coloniale dans le parc des Buttes-Chaumont, au nord-est de Paris, avec le soutien des intellectuels surréalistes. C'est un échec cinglant avec un total d'à peine cinq mille visiteurs.

De la grande Exposition du bois de Vincennes, les Parisiens ont conservé la pagode bouddhiste, le parc zoologique, reconstruit en plus grand, ainsi que le musée des Arts africains et océaniens de la Porte dorée. Ce dernier a disparu en 2003 (converti en un musée de l'immigration) de sorte qu'il n'existe plus guère en France de lieu de mémoire pour rappeler l'Histoire coloniale de la République, si l'on met à part les carrés musulmans des cimetières militaires, qui rappellent la contribution des indigènes aux deux guerres mondiales.

Bibliographie

La diffusion de l'idée coloniale en France fait l'objet de nombreux travaux universitaires, idéologiquement orientés, parmi lesquels on peut citer :
L'idée coloniale en France (1871-1962), par Raoul Girardet (332 pages, Table ronde, 1972),
Empire colonial et capitalisme français, Histoire d'un divorce (Jacques Marseille, 452 pages, Albin Michel, 1984),
La République coloniale, essai sur une utopie (Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Françoise Vergès, 174 pages, Albin Michel, 2003).

Publié ou mis à jour le : 2019-06-11 08:57:46

 
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