XIXe siècle

« Belle Époque » ? Pas pour tout le monde...

Le début du XIXe siècle a connu une nette réduction de la violence criminelle dans les sociétés occidentales.

En 1870, à la fin du Second Empire, un jeune ouvrier massacre les sept membres d'une famille de Roubaix. Le Petit Journal s'empare de l'affaire et la suit au jour le jour. Du coup, son tirage décuple de 30 000 exemplaires quotidiens à plus de 300 000 !

De ce moment, les affaires criminelles deviennent un objet médiatique de première importance et l'opinion publique va peser de plus en plus sur leur traitement.

André Larané

Les deux facettes du progrès

Dans le dernier tiers du XIXe siècle, les populations des faubourgs et des usines commencent à être assimilées à des « classes dangereuses ». C'est ainsi que Maupassant et Zola dépeignent sans aménité leurs vices tandis que d'éminents savants dissertent sur les déterminants héréditaires ou anthropométriques du crime.

L'opinion publique conserve toutefois beaucoup de mansuétude à l'égard des crimes passionnels et les jurys d'assises acquittent la plupart des accusées (telle Henriette Caillaux, meurtrière du directeur du Figaro).

- L'enfant et le sexe :

L'opinion s'émeut par ailleurs d'un phénomène jusque-là ignoré, l'infanticide.

Relativement répandu dans les anciennes sociétés rurales, il commence à faire scandale dans la société industrielle et urbanisée de la fin du XIXe siècle, d'autant plus que la baisse de la fécondité fait de l'enfant, devenu rare, le centre de toutes les attentions familiales.

Par contre, une chape de plomb continue de recouvrir l'inceste et le viol. La décence bourgeoise interdit d'évoquer ces maux très réels même si, par ailleurs, les messieurs ne se privent pas de fréquentes virées dans les bordels dont c'est l'heure de gloire.

Louis Lépine, le préfet de police de Paris nommé en juillet 1896 se montre soucieux de répondre à la demande de sécurité émanant du public. Il améliore la formation des policiers et multiplie les initiatives médiatiques. Il laisse aussi son nom à un concours d'inventeurs dont il a l'idée.

La police de Lépine met à profit les ressources de la science et des techniques.

En 1902, elle découvre grâce à Alphonse Bertillon l'utilité des empreintes digitales. En 1907, elle prend le volant avec la création par le ministre de l'Intérieur Georges Clemenceau des premières Brigades régionales de police mobile (les « Brigades du Tigre »).

Elles fiche aussi les délinquants potentiels et en premier lieu les Tsiganes, dotés d'un carnet anthropométrique obligatoire par la loi du 16 juillet 1912.

- Alcoolisme et violence :

L'alcoolisme en plein essor entraîne une multiplication des délits de coups et blessures volontaires. Le phénomène est aggravé en France par la loi du 17 juillet 1880 qui instaure la liberté de commerce des débits de boisson. Dans les vingt années suivantes, la consommation d'alcool pur par adulte grimpe de 23 à 33 litres par an. On en vient à compter un bistrot pour 29 hommes adultes et un million de « bouilleurs de cru » (paysans habilités à distiller l'alcool à partir de fruits).

Sans surprise, cette fin de siècle, que l'Histoire a qualifié de « Belle Époque », connaît une explosion des suicides. Elle inspire au philosophe Émile Durkheim un essai célèbre, Le Suicide (1897).

Elle est marquée aussi par un phénomène d'ampleur européenne, l'anarchisme, qui n'est pas sans similitude avec le terrorisme islamiste des années 1985-2005 (intellectuels déclassés, fort impact médiatique...).

- L'anarchisme criminel :

Les attentats et assassinats politiques commencent avec François Ravachol.

Celui-ci participe en 1892 à quatre attentats à la dynamite et, lors de son procès, lance à la Cour : « La société est pourrie ». Il est guillotiné le 11 juillet 1892. Son émule Émile Henry tue cinq policiers le 8 novembre 1892. Auguste Vaillant lance une bombe à la Chambre des députés le 9 décembre 1893, pour venger Ravachol. Caserio assassine le président Sadi Carnot à Lyon, le 24 juin 1894.

Le phénomène est international. Le 10 septembre 1898, à Genève, est assassinée l'impératrice d'Autriche « Sissi ». Le 29 juillet 1900, c'est au tour du roi d'Italie Humbert 1er. Le président américain William McKinley est agressé à son tour le 6 septembre 1901 et meurt une semaine plus tard.

Après une pause de quelques années, les assassinats mondains sont relancés pour le pire.

Le roi de Portugal Charles 1er (55 ans) est assassiné à Lisbonne le 1er février 1908, ainsi que son fils aîné Louis-Philippe (21 ans), par des terroristes républicains. Sauvé par l'interposition de sa mère Amélie d'Orléans, son fils cadet va régner pendant deux ans sous le nom de Manuel II avant d'être chassé par les républicains. Plus lourd de conséquence est l'assassinat du Premier ministre russe Piotr Stolypine, à Kiev, le 18 septembre 1911. Il brise l'élan réformateur de la Russie. 

Le roi de Grèce Georges 1er (67 ans) est tué le 18 mars 1913 par l'anarchiste Alexandros Schinas alors qu'il se promène sans escorte dans les rues de Thessalonique. L'année suivante connaît encore trois meurtres qui vont conduire à la Grande Guerre : Georges Calmette, directeur du Figaro, tué par Henriette Caillaux le 16 mars 1914, François-Ferdinand et son épouse assassinés à Sarajevo le 28 juin 1914, enfin Jean Jaurès tué  le 31 juillet 1914 à Paris par un désaxé partisan de la guerre.

- Les jeunes délinquants :

Après l'apothéose de l'Exposition universelle de 1900, voilà que la presse à sensation révèle une nouvelle engeance : les « Apaches », surnom donné aux bandes de jeunes des quartiers ouvriers des périphéries des grandes villes, dont beaucoup sont issus de l'immigration italienne.

Le mot Apache est popularisé en 1902 par Le Petit Journal : « Ce sont là des moeurs d'Apaches du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure en plein Paris, en plein après-midi, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffé à la chien ! ».

La bagarre dont il est question concerne une jeune femme surnommée Casque d'Or. Elle inspirera à Jacques Becker un chef-d'oeuvre cinématographique avec Simone Signoret et Serge Reggiani.

- Le crime organisé :

La « Belle Époque », caractérisée par la foi dans le progrès, se termine sur un coup d'éclat : le premier hold-up motorisé de l'Histoire le 21 décembre 1911. Rue Ordener, à Paris, une succursale de la Société Générale est attaquée et un garçon de recettes gravement blessé de deux balles.

Les malfrats s'enfuient en voiture et multiplient les attaques dans les mois qui suivent.

La police du préfet Lépine les identifie comme la « bande à Bonnot », du nom de leur chef, Jules Bonnot, un mécanicien auto sympathisant de la cause anarchiste.

Il sera tué à Choisy-le-Roi, près de Paris, le 28 avril 1912. Ses trois derniers complices seront guillotinés le 21 avril 1913 devant la prison de la Santé par le bourreau Anatole Deibler.

C'est la fin d'une légende. La réalité qui suivra sera autrement plus tragique : plusieurs millions de morts violentes dans la boue des tranchées (1914-1918). Entre guerres et révolutions, l'opinion trouvera à se repaître de quelques grands et beaux procès...


Publié ou mis à jour le : 2019-10-21 12:05:06

 
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