Les Temps modernes en cartes animées

Vincent raconte... les guerres de religion (1559-1610)

La Réforme de Martin Luther, en 1517, entraîne une scission au sein de la chrétienté occidentale. Très vite, une grande partie des Allemands rejettent l'autorité spirituelle du Saint-Siège (Rome).

Les troubles religieux entraînent également la création en Angleterre d'une Église anglicane. Plus grave, en France, les divisions religieuses débouchent sur quatre décennies de guerres civiles...

Les guerres de religion (1559-1610)

Tout commence en Allemagne au début du XVIe siècle. Elle est alors divisée en un grand nombre de duchés, comtés et évêchés qui sont devenus largement autonomes vis-à-vis du Saint Empire. Cette habitude de la décentralisation va se retrouver sur le plan religieux, d’autant que la longue rivalité entre l’empereur et le pape au cours du Moyen Àge a laissé des traces.

C’est dans ce contexte qu’officie le théologien Martin Luther à Wittemberg. Scandalisé par le commerce des indulgences qui consiste à racheter ses fautes par de l’argent pour échapper au purgatoire, il commence à diffuser ses thèses en 1517 qui remettent en cause la légitimité du clergé à accorder le Salut de Dieu. Elles vont se diffuser rapidement grâce à la généralisation de l’imprimerie qui met la Bible à la portée de tous ceux qui savent lire.

La Loi et la Grâce, Lucas Cranach l'Ancien, 1529, Galerie nationale de Prague. Considérée comme l'une des oeuvres majeures du peintre, elle représente l'allégorie décrivant les principes fondamentaux de la Réforme protestante entreprise par Martin Luther.

Or il se trouve qu’en 1520, le titre impérial revient au roi d’Espagne Charles Quint, pétri par l’idéal de l’unité catholique face à l’islam et aux autres religions. Martin Luther est banni de l’Empire et excommunié par le pape en 1521, ce qui ne fait que lui donner davantage de visibilité. De nombreux princes allemands adoptent sa Réforme de l’Eglise, et le roi d’Angleterre Henri VIII en profite pour rejeter l’autorité du pape en 1534 et se poser comme le chef de l’Eglise anglicane qui adopte peu à peu les thèses protestantes.

Le Concile de Trente en 1545 et 1563, fresque de Pasquale Cati, 1588-1589, Rome, basilique Sainte-Marie-du-Trastevere. Agrandissement : Le Concile de Trente, Bartolomeo Bossi, 1776, Slovénie, église Krkavče.En 1545, le clergé catholique tente d’enrayer l’hémorragie en convoquant le concile de Trente qui finira par déboucher sur ce qu’on appelle la Contre-Réforme. Mais pendant ce temps-là, les tensions en Allemagne se transforment en un conflit ouvert avec les troupes impériales en 1546. Il s’achève neuf ans plus tard avec la Paix d’Augsbourg qui laisse à chaque prince la liberté d’imposer la confession catholique ou protestante au sein de son état. Cet échec de Charles Quint le pousse à abdiquer peu après au profit de son frère et de son fils.

Tandis que les tensions s’apaisent en Allemagne, elles augmentent rapidement en France. Le protestantisme y est en progression rapide sous l’influence des écrits du théologien Jean Calvin rédigés en français. Or un compromis à l’allemande n’est pas envisageable dans ce pays marqué par le triomphe de la centralisation aux dépens de l’ancien système féodal. Sous le règne du roi Henri II, la répression s’inscrit encore dans la lutte habituelle contre les hérésies. Mais sa mort accidentelle en 1559 place au pouvoir des catholiques partisans de la méthode forte : l’héritier François II n’ayant que quinze ans, les frères Charles de Lorraine et François de Guise obtiennent le rôle de régents.

Leur politique d’austérité destinée à renflouer les caisses vidées par les guerres d’Italie, combinée à leur répression à l’égard des protestants, finit par entraîner des émeutes un peu partout sur le territoire. Rapidement, les forces protestantes s’organisent sous l’influence des frères Louis de Condé et Antoine de Bourbon.

François II meurt de maladie en novembre, ce qui renforce encore la faiblesse du pouvoir royal. Tandis que son frère Charles IX monte sur le trône à l’âge de dix ans, sa mère Catherine de Médicis prend seule les rênes du pouvoir en écartant les frères Guise devenus trop impopulaires.

Elle tente de restaurer la paix en autorisant la liberté de culte pour les protestants en 1562, mais mécontente certains catholiques tels que François de Guise. Le 1er mars, dans le village de Wassy, sa tentative d’empêcher un rassemblement protestant se transforme en massacre. Il s’ensuit une insurrection du prince de Condé qui marque le début des guerres de religion.

Massacre de Wassy, 1er mars 1562, gravure de Tortorel et Perrissin. Agrandissement : Massacre de Vassy 1562 imprimé par Hogenberg au XVIe siècle (version colorisée).

La première phase du conflit ne dure qu’un an et s’achève par la confirmation de la liberté de culte des protestants. Mais en 1567, le prince de Condé tente de s’emparer du roi, ce qui remet le feu aux poudres. Cette fois, le conflit va durer 13 années avec de courtes trêves.

Les nouveaux chefs de file sont le duc Henri de Guise du côté catholique et l’amiral Gaspard de Coligny du côté protestant. Le paroxysme de la guerre est atteint en 1572 lorsque Charles IX et sa mère ordonnent l’assassinat des leaders protestants rassemblés à Paris : c’est le massacre de la Saint Barthélémy qui s’étend rapidement sur tout le territoire et provoque près de 10000 morts.

A la mort de Charles IX en 1574, son frère Henri III lui succède et poursuit la politique intransigeante envers les protestants. Une trêve plus durable est établie en 1580, mais la Ligue catholique menée par Henri de Guise acquiert un pouvoir qui menace de plus en plus l’autorité royale. En 1588, Henri III fait assassiner le duc de Guise, ce qui provoque un soulèvement de la Ligue. Quelques mois plus tard, le roi est assassiné par un moine.

Comme il n’a pas d’enfant, ce décès signe la fin de la branche des Valois. Il faut remonter très haut, jusqu’à Saint Louis, avant de trouver une descendance mâle des Capétiens. Cela correspond à la branche des Bourbon incarnée par le roi de Navarre qui récupère le trône sous le nom de Henri IV. Cet avènement d’un protestant sur le trône de France exacerbe encore l’insurrection de la Ligue catholique. Pour mettre un terme à la guerre civile, Henri IV n’a d’autre choix que de se convertir au catholicisme en 1593.

Procession de la Ligue sur la place de Grève, Anonyme, vers 1590, Paris, musée Carnavalet.

Pour réduire les catholiques extrémistes qui poursuivent la lutte, il utilise ensuite la manière forte : en 1595, il déclare la guerre à l’Espagne devenue leur principal soutien financier. D’abord débordées en Picardie et en Bretagne, les troupes royales parviennent à reprendre la main. La paix est finalement signée en 1598, en même temps que l’édit de Nantes qui garantit la liberté de culte aux protestants dans les villes où ils sont fortement implantés telles que La Rochelle ou Montpellier. Cette paix marque la fin des guerres de religion.

Le pays sort ruiné et exsangue de ces 36 années de conflits religieux. Pourtant ces temps troublés n’auront pas empêché le développement des arts, notamment en littérature : après François Rabelais contemporain des guerres d’Italie, cette époque aura été celle de Montaigne et de Ronsard. La France a tous les atouts pour retrouver des couleurs au siècle à venir, celui de Louis XIV.

Vincent Boqueho

Épisode suivant Voir la suite
• 18 octobre 1685 : révocation de l'Édit de Nantes
Publié ou mis à jour le : 2023-11-26 05:53:29

Aucune réaction disponible

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net